L’avocat marocain, ce « Ferrari » qui fait trembler les producteurs espagnols
Pendant des décennies, l’Espagne a régné sans partage sur le marché européen de l’avocat. Mais aujourd’hui, la puissance agricole du Maroc bouscule cette hégémonie. Avec des coûts de production imbattables et des exploitations géantes, le royaume s’impose comme le nouveau géant de l’« or vert » face à son voisin ibérique.
Le constat est sans appel pour les agriculteurs espagnols : le leadership européen, historiquement ancré à Malaga et Grenade, vacille. Bien que l’Espagne concentre encore 77 % de la production de l’Union européenne, elle fait face à une montée en puissance fulgurante du Maroc. Pepe Cuadrado, ingénieur technique et créateur d’Iberian Avocados, ne mâche pas ses mots dans le podcast Agrolife : « Le Maroc est une Ferrari au niveau de la production. Leurs exploitations sont spectaculaires. »
Sur Bladi.net : Pastèques, avocats : le Maroc bouscule les producteurs espagnols, et ça ne plaît pas à tout le monde
Le fossé entre les deux pays se creuse sur le terrain de la compétitivité. Alors qu’en Espagne, une exploitation de 5 à 10 hectares est jugée importante, le Maroc déploie des domaines s’étendant sur 200 hectares. Ces vastes plaines bénéficient d’un climat idéal et d’un sol sablonneux, rendant la culture aussi efficace qu’un système hydroponique à grande échelle. Cette force de frappe industrielle permet au Maroc de surpasser largement les volumes espagnols.
L’aspect financier constitue l’autre avantage majeur du royaume maghrébin. La main-d’œuvre y est nettement moins onéreuse, avec des salaires journaliers oscillant entre 7 et 10 euros par travailleur. Face à de tels chiffres, les producteurs espagnols admettent une « impossibilité de rivaliser ». Selon Agrolife, la surface dédiée à l’avocat au Maroc a explosé de plus de 150 % entre 2018 et 2023.
Les chiffres de la dernière campagne confirment cette tendance lourde. Le Maroc a clôturé la saison 2024/2025 avec une production record de 120 000 tonnes, se plaçant bien au-dessus des niveaux de récolte de l’Espagne. Cette dynamique inquiète les agriculteurs andalous et valenciens qui voient les parts de marché européennes glisser progressivement vers le Sud, d’autant que l’Union européenne semble privilégier les importations en provenance de pays tiers pour répondre à la demande.
Pourtant, malgré cette pression, les spécialistes espagnols veulent croire en la loi de l’offre et de la demande. L’intérêt pour l’avocat, porté par ses vertus nutritionnelles, ne cesse de croître plus vite que la production mondiale. Pour résister, l’Espagne mise sur la qualité premium. Un avocat national, affichant un taux de graisse de 30 %, reste perçu par le consommateur européen comme une « délicatesse » pour laquelle il est prêt à payer le prix fort.
Sur Bladi.net : « Le Maroc est une Ferrari » : L’Espagne s’avoue vaincue face à la puissance de l’avocat marocain
L’incertitude plane toutefois sur l’avenir des exploitations ibériques face à ce voisin ultra-compétitif. Si l’avocat espagnol conserve une image de produit de luxe, le Maroc transforme ses terres en un véritable verger subtropical pour le vieux continent. La bataille de l’« or vert » ne fait que commencer, mais la vitesse de développement du secteur marocain redéfinit déjà les équilibres agricoles en Méditerranée.