Berberollywood : Le Cinéma amazigh

- 09h32 - Maroc - Ecrit par :

Avec l’apparition du VCD, une mini-industrie du film berbère voit le jour dans les caves des quartiers casablancais.

A quelques encablures de la perception d’El Fida, une maison s’anime d’un va-et-vient incessant. Quelques ordinateurs dernier cri trônent sur une table et deux hommes à l’allure juvénile bricolent un micro. Nous sommes ici dans une boite de production spécialisée dans le film berbère. Dans ce studio, on monte à la chaîne des films qui seront distribués quelque fois jusqu’aux tréfonds du Souss, mais plus généralement à Paris et Bruxelles. Pour moins de 15 000 dirhams l’on produit des longs métrages tirés en moyenne à 10 000 exemplaires et gravés sous format VCD.

Des sénarios rudimentaires

Une bonne partie est écoulée chez des semi-grossistes à Derb Ghallef et tout cela en parfaite légalité. Les producteurs demandent, comme cela est prévu par la loi, une autorisation de tournage au CCM et livrent leur produit final à l’institution pour obtenir un visa d’exploitation. Tournés dans le sud du Maroc, ces films aux scénarios généralement rudimentaires rencontrent un succès sans précédent et consacrent définitivement le renouveau identitaire d’une culture berbère marginalisée dans notre pays. La production de films berbères n’est pas une nouveauté dans notre pays, des sociétés plutôt spécialisées dans la musique consacraient une part marginale de leur activité au cinéma. Le changement et l’explosion de ce genre relèvent avant tout de l’évolution technologique et de sa vulgarisation. Une cassette VHS vierge qui coûtait au bas mot jusqu’à 10 dirhams peut difficilement rivaliser avec un CD dont le prix de gros ne dépasse pas les 3 dirhams. Résultat : coût de production de « l’œuvre cinématographique » compris, le prix de revient du VCD prêt à la commercialisation ne dépasse pas les 5 dirhams. Autre facteur nodal dans cette explosion, la diminution des coûts de montage. Le logiciel dernier cri pour « fabriquer » un film « Final Cut » est disponible sur le marché informel pour moins de cinquante dirhams (le prix de la licence est de 70 000 dirhams). Il a en plus l’avantage de faciliter le montage en qualité et en célérité. De plus, les monteurs, ces ouvriers du cinéma, qui étaient une denrée rare jusqu’au début des années 90, sont formés actuellement à la chaîne par une foultitude d’instituts de communication.
Disponibles et payés au lance-pierre, ils assurent cette étape fondamentale du processus. Autres clients de ces boites de production, les raïss, ces chanteurs en goguette du Souss qui arrondissent leurs fins de mois en produisant leur propre spectacle. Sur la base du même principe, ils écoulent, pour les plus célèbres d’entre eux, des milliers de VCD au prix moyen de 20 dirhams. Des spectacles que s’arrachent les immigrés berbères dans les capitales occidentales. Ces mêmes raïss, on les retrouve aussi dans ces films cocotte-minute en guest stars souvent pour une chanson « susurrée » au détour d’un chemin ombragé.
Les tournages sont en effet en extérieurs, une manière de réduire considérablement les coûts, et les scénarios peuvent être classés en trois catégories distinctes. Les comédies « rurales » qui consacrent la confrontation du « maniéré » citadin en visite dans le douar face à la malice et l’esprit de débrouillardise du gars du cru. Les histoires d’amour sous fond de vengeance qui se terminent rarement sous de bons auspices. Des tranches de vie dans lesquelles le surnaturel a une part prépondérante. Des djinns qui « habitent » une source et causent bien des désagréments à la paisible vie du village ; heureusement, le fqih, armé de sa foi et de son art, désarme les esprits malfaisants. Quelques films plus engagés traitent de la félonie du caïd houspillé par une population longtemps silencieuse qui décide de faire entendre sa voix. Mais ils sont bien rares. Pour un des producteurs, la raison de cette mièvrerie sémantique est simple, « le spectateur du film (heureux propriétaires d’un lecteur DVD ou d’un ordinateur, ce qui le place dans une catégorie plutôt aisée) ne s’intéresse pratiquement pas au scénario, ce qui l’amuse c’est d’entendre sa langue, de visualiser les contes et légendes de son enfance... même dans les films dramatiques, la réaction courante du spectateur, c’est de s’esclaffer ». En somme, le spectateur consacre l’agrégation de la modernité sur une culture ignorée et qui retrouve un nouveau souffle par la seule volonté des Berbères. Une culture dont la diffusion médiatique est confinée à un télé-journal quotidien et à quelques films et pièces de théâtre (produits essentiellement par 2M), une culture brimée qui trouve sa place dans cet informel kitsh, bien pensant, mais qui ne tardera pas à se libérer de ses contingences commerciales. C’est notre underground en devenir, un espace propice à une certaine culture de la dissidence.

Younès Alami - Le Journal Hebdo

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