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Bloqués au Maroc depuis 2 mois, de nombreux Belges crient leur désespoir

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20 mai 2020 - 15h00 - Société

La Belgique fait tout doucement son retour à la vie normale, après plus de deux mois de confinement. Même si l’ambassade de la Belgique au Maroc a annoncé avoir pu rapatrier 2 000 Belges, ce n’est pas le cas pour Naziha et son mari Fouad, bloqués à Tanger depuis le 10 mars. Le couple s’inquiète pour son commerce laissé au pays et qui court à la faillite.

Parti de la chine, le coronavirus a très tôt touché l’Europe et le monde, contraignant les autorités à prendre des mesures drastiques, dont le confinement et les fermetures des frontières. C’est ainsi qu’au Maroc, la suspension des vols vers l’Europe a empêché le retour de nombreux Belges qui attendent depuis le 20 mars de rentrer chez eux, même si de nombreux autres sont toujours bloqués, espérant que les négociations entre les autorités belges et marocaines évolueront dans le bon sens.

Selon rtl.be, de nombreux Belges coincés ou restés sans nouvelles de leurs proches, essayent de donner signe de vie via internet. C’est le cas de Zineb qui s’inquiète de la situation de ses parents restés au Maroc. "Mes parents sont bloqués au Maroc depuis plus de 2 mois. Ma mère est gérante d’une boutique de prêt-à-porter pour homme. Si elle reste bloquée, elle risque de tout perdre". Naziha et Fouad étaient venus passer du bon temps à Tanger. Mais quelques jours après leur arrivée, les autorités marocaines suspendent les vols à destination et en provenance de l’Europe pour tenter d’endiguer la propagation du coronavirus.

De tous les vols organisés, les parents de Zineb n’ont pu se retrouver sur aucune liste d’enregistrement. "Des mesures très restrictives", selon le cabinet du ministre des Affaires Étrangères, Philippe Goffin, ont été mises en place sur le territoire marocain. "Ce qui fait qu’un grand nombre de Belges qui ont aussi la nationalité marocaine, se sont retrouvés coincés". En vertu du droit international, le Maroc estime que les personnes ayant la double nationalité belgo-marocaine, présentes sur le territoire, répondent aux lois du pays comme tout autre Marocain. Ils doivent par conséquent rester sur place, rapporte rtl.be.

Le 22 mars, la situation se complique davantage par la fermeture de l’espace aérien marocain, réduisant les chances de Naziha et Fouad de rentrer en Belgique. Pour pouvoir obtenir leur billet retour, les Belges doivent alors se manifester auprès de l’ambassade de Belgique au Maroc. Près de 6 100 demandes sont réceptionnées dont celle de Naziha et Fouad. Leur fille Zineb raconte qu’ " il fallait envoyer un mail pour signaler leur situation. Nom, prénom, date de naissance, numéro de registre national, motif de rapatriement…"

Après une longue attente, un mail leur est envoyé, ainsi qu’à des centaines de personnes. Une note qui se termine comme suit : "Nous sommes au regret de vous informer que vous n’avez pas été retenu·e. Soit vous ne répondez pas aux critères énoncés ci-haut, soit vous n’avez pas fourni de document justificatif probant". Selon le porte-parole du ministère des Affaires Étrangères, "les Belges pouvant prétendre à un rapatriement dit humanitaire sont triés sur le volet". 3 400 demandes dont 1 400, ont pu mettre en avant un justificatif pour un rapatriement humanitaire.

Grosse déception pour Naziha, Fouad et leur fille, Zineb. En Belgique, leur fille Zineb fait de son mieux pour venir en aide à ses parents. Mais la situation ne bouge pas et les dettes menacent de s’accumuler. "Le propriétaire réclame son loyer, ce qui est normal. C’est un effet boule de neige. Il va falloir régler tout ce qui est à payer quand on a un commerce ; et pour l’instant, il y zéro entrée d’argent. On est terrorisés. Elle est bloquée là-bas, mais jusqu’à quand ?", s’interroge la jeune fille.

La situation est très compliquée pour les Belges bloqués qui seraient des centaines, quand on s’en tient aux appels à l’aide et autres commentaires sur les réseaux sociaux. Mohsin Mouedden, un militant des droits de l’homme, a créé des groupes sur Facebook qui comptent environ 5 000 membres aujourd’hui. "Il y a de grosses souffrances, des gens totalement désemparés. Ils ne savaient pas à qui s’adresser ; les portes de l’ambassade de la Belgique comme celles du Maroc, étaient closes", justifie Mohsin.

Dépassé par le nombre important de demandes de rapatriement, le ministère n’aurait pas correctement analysé les dossiers. "On a des gens en très bonne santé qui sont rentrés, mais aussi des gens avec des pathologies, des bébés qui ont été refusés, malgré toutes les explications". Devant les plaintes et les critiques qui affluent sur les réseaux sociaux, le ministère des Affaires Étrangères appelle à la patience. "On est dans la phase de déconfinement. Il est certain que le Maroc l’entamera également. Cela se traduira par une reprise des vols commerciaux, de façon graduelle", tente difficilement de rassurer le cabinet du ministre des Affaires Étrangères.

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