Ceuta : WhatsApp donnait l’heure, Facebook les cartes, TikTok l’envie de partir
Avant la tentative massive d’entrée à Ceuta, les réseaux sociaux n’ont pas tous joué le même rôle. TikTok attirait les candidats, Facebook regroupait les itinéraires, tandis que WhatsApp transformait l’envie de partir en rendez-vous concret.
Dans les semaines précédant les événements des 30 et 31 juillet, une spécialisation progressive des plateformes s’est dessinée. Les vidéos suscitaient l’envie, les groupes publics fournissaient des informations pratiques et les messageries servaient à coordonner les déplacements vers la frontière.
Sur Bladi.net : Ces numéros algériens qui guidaient les migrants jusqu’au Sebta
Ce fonctionnement ressort d’un rapport OSINT réalisé par l’analyste espagnol José María Gil Garre à partir de publications accessibles publiquement et de contenus surveillés entre le 15 juin et le 2 août 2026. Le document ne provient pas d’un service officiel espagnol et n’établit aucune responsabilité pénale ou politique.
La mobilisation aurait d’abord été alimentée par une interprétation déformée d’une décision rendue le 8 juillet par le Tribunal suprême espagnol sur le sort de migrants interceptés en mer. Des publications ont transformé cette décision en un message beaucoup plus simple : la frontière serait désormais « légalement ouverte » et les personnes atteignant Ceuta ne pourraient plus être renvoyées immédiatement.
TikTok a ensuite servi d’accélérateur. Des vidéos montraient des arrivées précédentes, des jeunes affirmant avoir atteint le territoire espagnol ou des portions de côte présentées comme moins surveillées. Leur objectif n’était pas d’organiser directement les départs, mais de présenter le passage comme possible et moins dangereux qu’il ne l’était réellement.
Instagram renforçait cette impression en diffusant des images de réussite et des témoignages de personnes disant avoir atteint Ceuta. Les internautes étaient encouragés à partager ces contenus, ce qui permettait de toucher rapidement de nouveaux candidats.
Des cartes pour 250 000 membres
Facebook jouait un rôle plus pratique. Le rapport identifie au moins cinq groupes liés aux passages vers Ceuta, réunissant ensemble plus de 250 000 membres. Des cartes, des itinéraires, des contacts téléphoniques et des conseils sur le matériel nécessaire y circulaient.
À partir du 25 juillet, les contenus deviennent plus opérationnels. Des cartes présentaient des parcours à la nage depuis la côte marocaine, avec des distances approximatives, des points de départ et des recommandations sur les équipements. Des annonces proposaient également des combinaisons, des palmes, des bouées ou l’achat collectif de kayaks.
WhatsApp intervenait à la dernière étape. Les personnes déjà convaincues y recevaient des horaires, des lieux de rassemblement et des informations sur la surveillance de la frontière. Des messages vocaux permettaient de répondre aux questions et de modifier les instructions selon la situation sur le terrain.
Les 29 et 30 juillet, toutes ces fonctions se sont rejointes. Des vidéos montraient des déplacements vers Fnideq, Facebook conservait les informations pratiques et les groupes de messagerie diffusaient des rendez-vous. L’activité numérique ne se limitait alors plus à encourager les départs : elle accompagnait directement les mouvements vers Ceuta.
Le rapport ne démontre toutefois ni l’existence d’un commandement unique ni celle d’une organisation contrôlant l’ensemble de la campagne. Il décrit un réseau décentralisé, composé de profils, de groupes et de plateformes aux fonctions complémentaires. Cette structure explique pourquoi la fermeture de quelques comptes n’a pas suffi à stopper la circulation des messages.