Tourisme : De records en records

- 12h29 - Maroc - Ecrit par : L.A

Les attentats suicides de Casablanca n’empêcheront pas les affaires. De nombreux professionnels s’accordent à le dire. Hôteliers, tour-opérateurs et voyagistes estiment, pour la plupart, que le contexte est fondamentalement différent de mai 2003 et ne s’attardent pas sur les conséquences immédiates des derniers événements sur l’activité touristique.

« Un coup dur a été évité aussi bien pour le tourisme que pour l’activité économique globale », déclare Abderrahim Oummani, président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH). Marc Thépot, président directeur général d’Accor Maroc, abonde dans le même sens.

Rien à craindre donc, du moins pour le moment, pour ce qui est du climat qui prévaut à la veille de l’ouverture des Assises internationales du tourisme ces 28 et 29 avril à Fès. Michael Frenzen, le président de l’un des plus gros tour-opérateurs mondiaux, TUI, fera le déplacement accompagné d’une mégadélégation composée notamment de ses plus importants membres du directoires, tel Christophe Muller. Naji Boutros Head, responsable de la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord de Colony Capital (aménageur de la station de Taghazout) et Samih Sawiris, président d’Orascom Hôtels et Developpement (Chbika resorts) seront aussi de la partie.

Les PDG de Fadesa et de Satocan figurent également parmi les invités de marque.

Et pour faire bonne figure, même les querelles intestines à la profession ont été réglées... quelques jours avant les Assises. Le projet d’externalisation de la Fédération nationale du tourisme (FNT), principale pomme de discorde, est écarté et de nouvelles élections devraient être organisées très prochainement.

C’est dans cette atmosphère donc que les Assises internationales du tourisme réuniront professionnels nationaux et étrangers. Une semaine déjà avant l’événement, les préparatifs étaient pratiquement bouclés. Fès s’apprête à accueillir près de 1.000 invités. En marge des rencontres, les professionnels de la ville veulent réaliser un beau coup de promo pour la cité. Mégadîners de gala sous les chapiteaux et visites guidées dans les dédales de l’ancienne médina sont donc prévus. Mais ce ne sera certainement pas le plus important. Les rencontres à l’ordre du jour devraient l’être davantage. Pour cette septième édition, tout le monde du tourisme affirme vouloir « du concret ». En d’autres termes, la réalisation d’affaires concrètes.

C’est pour cette raison que les thèmes retenus la journée du samedi 28 avril tournent autour des « opportunités d’affaires ». Opportunités pour les tour-opérateurs, pour les investisseurs ainsi que pour les gestionnaires hôteliers et les compagnies aériennes : on ratisse le plus large possible pour tenter d’obtenir le meilleur. Le bilan de l’activité touristique, exposé en principe lors de la cérémonie d’ouverture, ne devrait accaparer le programme tout au plus que 20 minutes. A l’instar des années précédentes, il sera question de stations balnéaires, tourisme de niche, tourisme rural, des zones qui restent à commercialiser, de l’Open-Sky qui n’est toujours pas entré en vigueur ou encore du repositionnement de l’offre des transporteurs... tout, ou presque, devrait être passé en revue.

En tout cas, 2007 n’est pas une année « comme les autres », considère-t-on dans les coulisses. D’abord et surtout parce qu’il s’agit d’une année charnière. Plus que trois ans avant l’échéance 2010. Sommes-nous sur la bonne voie ? Le manque de capacités sur certaines destinations, le surbooking observé sur quelques villes et le dysfonctionnement dans quelques stations du Plan Azur permettront-ils d’atteindre les objectifs ?

Ensuite parce que l’ensemble des stations du Plan Azur est aujourd’hui concédé. Reste alors leur commercialisation et dans les temps. C’est une nouvelle étape qui commence. Le plus dur serait donc derrière nous. Enfin, parce que les résultats des urnes de septembre prochain risquent de peser lourd sur le devenir du secteur touristique ou ne pas peser du tout. Le politique est une donne capitale pour l’activité.

Performances supérieures à la moyenne normale

Et même si les professionnels marocains n’y font pas allusion, le facteur est à ne pas négliger.

A l’international en tout cas, le Maroc se porte bien. Les statistiques fournies par des organismes internationaux du tour-operating, comme ACNielsen, révèlent de véritables performances du pays. Pour la saison 2006/2007, le Royaume a augmenté sa part de 18% sur le marché britannique alors que ses principaux concurrents, l’Egypte, la Tunisie et la Turquie accusent des baisses qui peuvent atteindre les 41% pour la Turquie. « Même si certains de nos concurrents ont des capacités d’investissement supérieures aux nôtres, nous réalisons de meilleures progressions », déclarait à L’Economiste Abbas Azzouzi, directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT).

L’euphorie est donc de mise dans le monde du tourisme. Les progressions enregistrées pour les nuitées (+12% en 2006 par rapport à 2005) sont supérieures à la moyenne mondiale qui ne dépasse pas 4%. Côté image également, les efforts marketing et ceux menés dans les arcanes du monde politico-économique semblent porter leurs fruits. La destination, reléguée au second plan par les principaux TO internationaux il y a quelques années à peine, est devenue « prioritaire » aujourd’hui. Certains appellent toutefois à la vigilance. La situation politique dans la région est un facteur important qui pourrait fragiliser le Royaume. Il faudra donc maintenir les efforts et surtout donner aux divers intervenants les moyens de leurs ambitions.

Qui sont-ils ?

• TUI AG était au départ un groupe industriel métallurgique qui s’appelait Preussag. Dans les années 90, il décide de se réinventer dans le tourisme. Aujourd’hui, TUI est le plus grand groupe de tourisme dans le monde. Il dispose de 3.500 agences de voyages, 79 tour-opérateurs dans 18 pays, plus de 100 avions, 37 agences réceptives dans 31 pays, 12 groupes hôteliers dans 18 pays comprenant 285 hôtels et plus de 163.000 lits. Le groupe possède aussi des navires de croisière. Au Maroc, TUI est actionnaire de Jet4You et Holidays Services. Il pèse 19,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

• Colony Capital est une firme internationale de fonds d’investissement privés basée à Los Angeles. La compagnie, fondée en 1991, officie principalement dans le domaine immobilier et dans des opérations de joint-venture. Elle possède, entre autres, de nombreux casinos aux États-Unis, des chaînes hôtelières, la chaîne de restauration Bufallo Grill, et a racheté le Paris Saint-Germain avec Butler Capital Partners et Morgan Stanley à Canal+. Elle a pris également 9,1% du capital de Carrefour avec Groupe Arnault début 2007. Colony Capital est adjudicataire de la station Taghazout du Plan Azur.

• Orascom, avec plus de 20.000 employés et cinq compagnies principales menant les marchés des télécommunications, de la construction, du développement et du tourisme, est l’un des plus grands opérateurs du secteur touristique en Egypte. Il a signé, en janvier 2007, avec le gouvernement marocain un protocole d’accord pour l’aménagement d’une zone touristique à Tan-Tan. Le projet s’étale sur une superficie de près de 1.500 hectares.
La première phase concerne un programme d’hébergement d’une capacité minimale de 5.000 lits en établissements touristiques, 2.000 unités résidentielles et des équipements d’accompagnement et de loisirs.

• Fadesa a été racheté par le groupe Martinsa pour un montant d’environ 46,5 milliards de DH. Un des principaux objectifs du repreneur est d’en faire le premier groupe immobilier espagnol.
Le chiffre d’affaires 2006 a dépassé les 977 millions d’euros. Le groupe a renforcé ses projets au Maroc. Après Saïdia, City Center et Tamuda Bay, il vient d’être retenu pour l’aménagement de la station Plage Blanche.

• Satocan Lopesan est le leader incontesté du tourisme aux Iles Canaries. Le groupe est intégré verticalement : construction, hôtellerie, transport aérien (Air Binter) et tour-operating. Il contrôle environ 20.000 lits hôteliers aux Iles Canaries, en Espagne continentale et en République dominicaine. Au Maroc, il s’est associé à Colony Capital dans l’aménagement de la station Taghazout.

L’Economiste - Amale Daoud

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