La Chine envoie au Maroc 30 000 tonnes d’un ingrédient essentiel à ses engrais
Un navire belge vient d’ouvrir une liaison directe entre Nankin et le Maroc, avec un passage par le cap de Bonne-Espérance. Cette expédition montre une dépendance de l’industrie marocaine : malgré ses immenses réserves de phosphate, le royaume doit importer certaines matières premières pour fabriquer ses engrais.
Plus de 10 000 milles nautiques à parcourir, avec 30 000 tonnes d’ammoniac liquide à bord. Le 13 octobre, le navire Arlon a quitté Nankin, dans l’est de la Chine, à destination du Maroc. Sa route passe par l’océan Indien et contourne l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, selon le fournisseur chinois Jiangsu Andefu.
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L’opération marque une première pour l’entreprise chinoise, qui approvisionne directement un client d’Afrique du Nord. Le chargement a mobilisé le terminal de Qingjiang Logistics et les installations de stockage d’Andefu. Deux jours ont suffi pour remplir les cuves du navire, indique le bureau des transports de Nankin.
Pourquoi le Maroc fait-il venir cette matière première de si loin ? Le royaume possède d’immenses réserves de phosphate, mais la fabrication de certains engrais nécessite également de l’ammoniac. Ce produit apporte l’azote indispensable aux fertilisants comme le DAP et le MAP, largement utilisés dans l’agriculture.
La dépendance est considérable. Selon les données de l’Institut géologique américain (USGS), le Maroc a importé environ 1,8 million de tonnes d’ammoniac en 2024. Le groupe OCP, géant mondial des engrais phosphatés, achète cette matière première sur les marchés internationaux.
Un navire qui fonctionne lui-même à l’ammoniac
Le transport présente une autre particularité. L’Arlon appartient à une nouvelle génération de navires capables d’utiliser l’ammoniac comme carburant. Construit en Corée du Sud pour l’armateur belge Exmar, il peut fonctionner avec ce produit ou avec des carburants maritimes classiques.
Avant son départ, le bâtiment a également été ravitaillé en ammoniac destiné à sa propulsion. Il est le navire jumeau de l’Antwerpen, présenté en juin par Exmar comme le premier transporteur océanique équipé de cette technologie.
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Cette nouvelle liaison arrive alors que le marché mondial des engrais subit des tensions sur les prix et les approvisionnements en matières premières. Pour les industriels marocains, multiplier les fournisseurs permet de réduire leur exposition aux perturbations qui touchent régulièrement les grandes routes commerciales.
Le royaume travaille parallèlement à produire de l’ammoniac vert sur son territoire. Le groupe OCP affiche un objectif de capacité de trois millions de tonnes par an, afin de réduire les achats d’ammoniac conventionnel à l’étranger.
Pour cette première expédition, Jiangsu Andefu désigne le destinataire comme un « client marocain ». L’entreprise n’a communiqué ni son identité ni le port d’arrivée. La cargaison a quitté la Chine le 13 octobre et poursuit sa traversée vers le Maroc.