Ormuz menace les engrais mondiaux : le Maroc détient un atout devenu stratégique

- 11h00 - Maroc - Ecrit par : Said A.

Les perturbations dans le détroit d’Ormuz fragilisent l’approvisionnement mondial en engrais azotés et font grimper leurs coûts. Dans ce marché sous tension, les immenses réserves de phosphate du Maroc prennent une importance nouvelle, sans toutefois pouvoir remplacer l’azote.

Environ un tiers des engrais azotés utilisés dans le monde transiterait par le détroit d’Ormuz. La guerre au Moyen-Orient et les menaces pesant sur cette route maritime exposent donc directement l’agriculture mondiale à des pénuries et à une nouvelle hausse des prix.

Dans une analyse publiée ce samedi 19 septembre, La Vanguardia souligne que la crise renforce indirectement la position du Maroc. Le royaume dispose d’une ressource qui ne dépend pas du détroit : le phosphate, indispensable à la fabrication d’une autre grande famille d’engrais.

Le risque ne vient pas uniquement des volumes transitant par Ormuz. La production d’engrais azotés dépend fortement du gaz naturel, dont le prix a augmenté avec les tensions au Moyen-Orient. À cette hausse s’ajoutent désormais le coût du transport maritime et celui des assurances.

Les conséquences pourraient se faire sentir lors des prochaines campagnes agricoles. Des engrais plus chers renchérissent les coûts de production des céréales et d’autres cultures, avec un possible effet différé sur les prix alimentaires.

Sur Bladi.net : Avec le phosphate, le Maroc est devenu « gardien de l’approvisionnement alimentaire mondial »

Cette situation remet au premier plan les pays capables de sécuriser une partie de l’approvisionnement mondial. Le Maroc occupe une position particulière : les estimations internationales lui attribuent environ 70 % des réserves mondiales connues de roche phosphatée. Le royaume dispose ainsi d’un avantage difficilement reproductible par ses concurrents, comme Bladi l’avait détaillé dans un article consacré à la domination marocaine sur les réserves mondiales de phosphate.

Le phosphate marocain ne remplace pas l’azote

Cet avantage doit toutefois être correctement interprété. Les engrais phosphatés ne peuvent pas remplacer les engrais azotés menacés par la crise d’Ormuz. L’azote favorise principalement la croissance des plantes, tandis que le phosphore intervient notamment dans le développement des racines et la reproduction. Les deux éléments sont complémentaires.

La crise ne permet donc pas au Maroc de compenser à lui seul une éventuelle pénurie mondiale d’engrais azotés. Elle augmente en revanche la valeur stratégique d’un approvisionnement régulier en phosphates, au moment où les États cherchent à réduire leur dépendance aux routes maritimes les plus exposées.

Washington a déjà tiré les conséquences de cette fragilité. Fin juin, les États-Unis ont suspendu temporairement certains droits appliqués aux engrais phosphatés marocains. La Maison-Blanche avait directement justifié cette décision par les perturbations provoquées par la guerre avec l’Iran et par les risques pesant sur le détroit d’Ormuz, rapportait alors Reuters.

Cette suspension, prévue pour huit mois au maximum, devait permettre aux agriculteurs américains d’accéder plus facilement aux engrais marocains. Elle illustre la rapidité avec laquelle la sécurité alimentaire peut modifier les politiques commerciales lorsque les approvisionnements deviennent incertains.

Sur Bladi.net : Vers un répit pour les engrais marocains aux États-Unis ?

Pour le Maroc et l’OCP, l’enjeu dépasse désormais les seules exportations. Le phosphate devient un instrument de sécurité agricole pour des pays confrontés à la hausse des coûts énergétiques, aux guerres commerciales et à la vulnérabilité des grandes voies maritimes.

Ormuz ne transforme pas les phosphates marocains en substitut aux engrais azotés. La crise rappelle en revanche qu’une ressource concentrée au Maroc peut devenir décisive pour maintenir l’équilibre mondial des fertilisants et, avec lui, une partie de la production alimentaire.