Compétitivité : le Maroc plombé par sa corruption

- 07h29 - Maroc - Ecrit par : L.A

Avec 9 places de perdues cette année dans l’index de compétitivité mondiale, le Maroc a du plomb dans l’aile. En effet, le Royaume est classé 73e sur 134 pays pour la période 2008-2009. En 2007-2008, le Maroc était au 64e rang.

Selon le rapport de compétitivité émanant du Forum économique mondial, cette régression est en phase avec la contre-performance générale enregistrée au niveau de l’Afrique du Nord. Dans le cas du Maroc, plusieurs indicateurs ont contribué à sa chute dans le classement de la compétitivité. Sont notamment pointées du doigt, la détérioration du système éducatif et la dégradation de l’environnement sécuritaire.

Cependant, le rapport n’est pas constitué que de critiques. L’environnement macroéconomique, qui est traditionnellement reconnu comme l’une des faiblesses du pays, s’est amélioré « grâce aux efforts entrepris pour diminuer l’inflation, contrôler les dépenses, et rationaliser le système de collecte d’impôts », peut-on lire dans le rapport. Le Maroc peut également s’enorgueillir d’un arsenal règlementaire propice à la création d’entreprise. En effet, le Royaume est classé respectivement 19e et 22e pour le nombre de procédures et le temps requis pour démarrer une activité commerciale. Le revers de la médaille est que le marché marocain du travail est classé au 128e rang, ce qui freine sérieusement la compétitivité du pays.

Parmi les facteurs qui entravent le plus le développement des affaires au Maroc, la corruption est en tête de liste, suivie par la règlementation fiscale, ainsi que la difficulté d’accès au financement. Le taux d’imposition arrive en quatrième position, suivi par la faiblesse des infrastructures ainsi que l’inefficacité de la bureaucratie. Autres indicateurs négatifs, le manque d’éthique dans le milieu du travail ainsi que la faiblesse du système de sécurité sociale.

Cependant, dans la région nord-africaine, le Maroc s’en tire mieux que certains de ses voisins. L’Algérie, à titre d’exemple, a chuté de 18 places pour atterrir à la 99e position. Ce qui en fait le canard boiteux de la région, et ce malgré des fondamentaux macroéconomiques relativement stables. Les professionnels affirment que le climat des affaires dans le pays s’est dégradé par rapport aux années précédentes, particulièrement concernant la capacité d’innovation. Par ailleurs, la confiance envers les politiciens s’amenuise, à mesure que les professionnels voient la structure institutionnelle déjà précaire se détériorer davantage. Pour améliorer sa position, le voisin algérien devra entreprendre des réformes au niveau du marché du travail, en créant des emplois pour les jeunes diplômés chômeurs. Une restructuration du système financier est également nécessaire, celui-ci étant considéré comme « inefficace et instable » par les rédacteurs du rapport.

De son côté, la Libye se place au 91e rang, ce qui ne lui fait que 3 places de perdues depuis le dernier classement. Le pays, qui a bénéficié d’exportations croissantes d’hydrocarbures, peut se vanter d’avoir un des environnements macroéconomiques les plus favorables au monde (6e place). Une situation due à la faiblesse de la dette extérieure de la Libye. Cependant, le spectre grandissant de l’inflation menace cette relative stabilité. En outre, le système éducatif a été classé parmi les plus faibles, à l’instar de l’infrastructure des transports.

La palme revient à la Tunisie, qui se place au top des pays de la région Nord-Afrique, c’est à dire à la 36e place. Ses institutions, favorablement évaluées depuis plusieurs années, sont ses atouts majeurs de compétitivité. Grâce notamment aux relations entre le gouvernement et la société civile, qualifiées de « transparentes et dignes de confiance » par le rapport. Ainsi, la confiance des citoyens tunisiens dans leurs politiciens est classée 16e. L’efficacité des dépenses gouvernementales au second rang, et la transparence des politiques au 15e rang. Les systèmes éducatifs et de sécurité sociale sont également encensés. La Tunisie devra, pour améliorer son classement, se focaliser notamment sur la rationalisation de son management macroéconomique.

Dans la jungle des indicateurs économiques d’un pays, difficile de déterminer ce qui caractérise sa compétitivité. Celle-ci a été définie par les rédacteurs du rapport comme « un ensemble d’institutions, de politiques stratégiques, et de facteurs déterminant le niveau de productivité d’un pays ». En d’autres termes, les économies les plus compétitives sont celles capables de procurer les plus hauts niveaux de revenus aux citoyens. La productivité détermine également les retours sur investissements. Partant, plus une économie est compétitive, plus sa croissance est « boostée » sur le moyen et le long termes.

De cette définition, 12 piliers d’évaluation ont émergé. « Ces derniers sont non seulement reliés entre eux, mais tendent également à se renforcer les uns les autres », peut-on lire dans le rapport. A titre d’exemple, l’innovation, douzième pilier, serait inexistante sans des institutions (premier pilier), qui garantiraient la propriété intellectuelle. Elle ne peut non plus être active dans un pays dont la main-d’œuvre est de formation insuffisante (5e pilier), et ne pourra jamais exister dans des environnements économiques sans une solide infrastructure (second pilier).

Source : L’Economiste - Adam Berrada

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