220 dirhams sur les chantiers, jusqu’à 400 dans les champs : le Maroc manque d’ouvriers

- 00h00 - Maroc - Ecrit par : Farid Laamoudi

La pénurie de main-d’œuvre s’aggrave au Maroc. Dans le bâtiment, le salaire journalier moyen atteint désormais 220 dirhams. Dans l’agriculture, certains exploitants disent débourser jusqu’à 400 dirhams pour environ cinq heures de travail.

La crise touche simultanément la construction, l’agriculture et les usines de câblage automobile du nord du pays. Selon les professionnels interrogés par Hespress, les entreprises de ce dernier secteur font face à un départ continu de salariés.

Dans le bâtiment, la Fédération nationale des promoteurs immobiliers constate surtout une pénurie d’ouvriers qualifiés. Son président estime que la raréfaction de la main-d’œuvre a fait doubler le salaire journalier, qui atteint en moyenne 220 dirhams selon les régions.

Sur Bladi.net : Paradoxe au Maroc : beaucoup de chômage et un manque de main-d’œuvre

La distinction entre le simple manœuvre et le « maâlem » tend même à disparaître. Faute de candidats, certains promoteurs doivent confier à des ouvriers peu qualifiés des tâches normalement réservées aux professionnels expérimentés. Cette hausse des rémunérations, ajoutée au renchérissement des matériaux, risque de se répercuter sur les prix des logements. Les salaires du BTP avaient déjà fortement augmenté au Maroc.

Jusqu’à 400 dirhams pour cinq heures

La situation est également tendue dans les exploitations agricoles. Le président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural relie cette pénurie aux longues années de sécheresse. Privés d’activité, de nombreux habitants des campagnes ont quitté les zones rurales pour chercher du travail en ville.

Le travail agricole à la tâche s’est depuis généralisé. Il concernerait environ 80 % des ouvriers et les journées ne dépasseraient souvent plus cinq à six heures. Une fois le rendement pris en compte, les agriculteurs disent payer entre 300 et 400 dirhams pour une journée d’environ cinq heures, soit trois à quatre fois le salaire minimum agricole fixé à 97,44 dirhams par jour en 2026.

La pression pourrait encore augmenter en novembre et décembre. La récolte des olives et des agrumes coïncidera alors avec les labours et les semis de céréales. Des accords ont été conclus avec plusieurs ministères et organismes publics afin de faciliter le déplacement des travailleurs entre les régions, mais leur mise en œuvre n’a pas encore réglé le problème.

Sur Bladi.net : Dans les champs marocains, les migrants subsahariens deviennent indispensables

Cette pénurie contraste avec un taux de chômage strict de 9,5 % au deuxième trimestre 2026. Un indicateur plus large du HCP atteint toutefois 18,9 % lorsqu’il intègre le sous-emploi et les personnes disponibles sans rechercher activement un poste.

La contradiction n’est donc qu’apparente. Les chômeurs sont majoritairement des jeunes citadins et des diplômés, tandis que les besoins concernent des métiers manuels, pénibles, saisonniers ou éloignés de leur domicile. Pour rapprocher les deux, les professionnels réclament davantage de formation, mais aussi des emplois plus attractifs, avec transport, logement, protection sociale et perspectives d’évolution.

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