À Tanger, les ouvriers quittent les usines pour un travail plus rentable
Des ouvriers du textile à Tanger quittent les usines pour rejoindre des équipes payées à la tâche, jugées plus libres et plus rentables. Un système utilisé par les industriels pour absorber les commandes étrangères qui finit par aggraver leur manque de main-d’œuvre.
Selon des informations recueillies par Hespress, certains salariés abandonnent leur emploi classique pour intégrer des groupes fonctionnant selon le système de la « quinta » ou de « l’atacha », basé sur le travail à la pièce.
Pour eux, la formule apparaît plus flexible et plus rémunératrice qu’un contrat garantissant au moins le salaire minimum. Pour les industriels, elle permet de trouver rapidement des bras lorsqu’une grosse commande doit être livrée dans des délais serrés.
Le paradoxe est que cette solution contribue désormais à éloigner une partie des ouvriers des usines. Une difficulté qui intervient alors que le coût du travail dans le textile marocain est déjà nettement supérieur à celui de certains concurrents africains.
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Le président de la branche Nord de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) explique le phénomène par les fortes variations des carnets de commandes. Une usine peut multiplier ses lignes de production pendant une période de forte activité, puis devoir les réduire brutalement lorsque les commandes retombent.
Le textile de Tanger dépend directement des marchés étrangers, notamment européens. Quand les commandes repartent, les industriels doivent donc retrouver rapidement de la main-d’œuvre.
La solution des usines se retourne contre elles
C’est dans ces périodes que le travail à la pièce devient particulièrement utile. Des groupes d’ouvriers prennent temporairement en charge une partie de la production pour permettre aux usines de respecter les délais de leurs clients. Cette réactivité reste l’un des atouts qui permettent au « Made in Morocco » de résister face aux géants asiatiques sur le marché européen.
Mais certaines formes de cette activité échappent au cadre classique. Des intermédiaires peuvent recruter et payer directement les travailleurs, tandis que l’usine fixe seulement la quantité à produire et le délai. Le lien direct avec l’entreprise disparaît alors, avec des risques pour la déclaration des salariés, leur protection sociale et leurs droits.
Ces intermédiaires peuvent également conserver une partie de la somme versée par l’usine avant de rémunérer les ouvriers.
Le propriétaire d’une usine textile à Tanger reconnaît que le recours aux « atacha » reste répandu. Des industriels y voient une réponse rapide à la pression des commandes, mais ce fonctionnement complique selon lui la constitution d’équipes stables et fragilise à terme le secteur.
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Les usines de Tanger se retrouvent ainsi prises dans leur propre mécanisme : elles ont besoin de travailleurs à la pièce pour répondre rapidement aux commandes étrangères, mais ce mode de travail devient suffisamment attractif pour pousser certains salariés à quitter l’usine.
Une solution conçue pour pallier le manque de bras contribue donc désormais à l’entretenir.