Dans les champs marocains, les migrants subsahariens deviennent indispensables

- 18h00 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

Le Maroc se transforme en pays de destination. Face à la pénurie de travailleurs locaux, les migrants subsahariens deviennent indispensables pour l’agriculture. Beaucoup reportent leur départ vers l’Europe pour travailler dans les champs.

Dans la région de Souss-Massa, au sud d’Agadir, la plaine de Chtouka illustre cette dynamique. Avec 24 000 hectares de serres, la zone produit plus de 80 % des exportations marocaines de fruits et légumes. L’an dernier, ces ventes ont généré 4,5 milliards de dollars. Pour maintenir ce rythme, les agriculteurs embauchent massivement des travailleurs venus d’Afrique de l’Ouest.

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Ces étrangers comblent le vide laissé par les Marocains. Poussés par la sécheresse, les ruraux partent en ville pour travailler dans le bâtiment ou les services. Cette tendance va s’accélérer avec les 20 milliards de dollars d’investissements prévus pour la Coupe du monde 2030. Depuis 2000, l’agriculture a perdu 1,7 million d’emplois. Seul un quart des Marocains y travaille aujourd’hui, contre la moitié il y a vingt ans.

Les ouvriers locaux restants demandent des salaires élevés, jusqu’à 500 dirhams par jour au rendement. Les migrants gagnent beaucoup moins, autour de 100 dirhams. L’agence Reuters cite l’exemple d’Abdulfattah Aliou, un Togolais de 23 ans ramené dans le sud par les autorités après avoir tenté de rejoindre l’Espagne. Il confie que « travailler est mieux que de demander la charité dans les rues ».

Sans ces bras, les producteurs de cultures d’exportation seraient en grande difficulté. Abdelaziz El Maanaoui, responsable d’une association agricole locale, confirme que « sans la main-d’œuvre subsaharienne, un certain nombre d’exploitations auraient pu fermer ou être contraintes de réduire leur production ». Rachid Benali, chef de la confédération nationale, souligne une pénurie globale de travailleurs et avertit : « Le Maroc n’a plus l’avantage d’une main-d’œuvre bon marché ».

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Ces arrivées bouleversent la démographie des campagnes, notamment dans la commune rurale d’Ait Amira. En trente ans, la population a été multipliée par quatre pour atteindre 113 000 habitants. Si certains migrants dorment encore dehors en espérant rejoindre l’Europe, d’autres s’installent durablement. Le Sénégalais Alioun Dialou travaille sur ces exploitations depuis 2008 et a scolarisé sa fille, qui parle désormais l’arabe marocain et l’amazigh.