Écoles françaises au Maroc : La colère monte face à l’explosion des frais de scolarité
Une crise de confiance secoue le réseau d’enseignement français au Maroc, où une augmentation continue des frais de scolarité et la gestion opaque de projets immobiliers provoquent la colère des familles, confrontées à une mutation profonde du modèle éducatif.
Loin d’être une simple correction inflationniste, la hausse des tarifs dans les établissements en gestion directe du pôle Rabat-Kénitra s’inscrit dans une stratégie financière de long terme. Selon des documents internes consultés par Challenge, les frais ont bondi de près de 30 % depuis 2017 et devraient continuer de croître mécaniquement de 4 % par an jusqu’en 2029. Cette trajectoire, qualifiée de « structurelle, continue et assumée » par l’administration, marque un tournant pour un système qui semble délaisser sa vocation de service public diplomatique pour une logique de rentabilité, faisant peser l’essentiel du risque financier sur les parents d’élèves.
Sur Bladi.net : Écoles françaises au Maroc : la hausse des frais explose dès la prochaine rentrée
La fronde des familles se cristallise particulièrement autour du projet de reconstruction du collège Saint-Exupéry à Rabat, dont le budget a explosé de manière spectaculaire. Initialement estimé à 65 millions de dirhams, le coût du chantier a triplé pour atteindre 18 millions d’euros, soit un ratio au mètre carré inédit pour le secteur. Alors que près de 10 millions d’euros ont déjà été collectés via les hausses tarifaires successives, aucun permis de construire n’a encore été délivré à ce jour, alimentant un sentiment d’opacité et l’impression pour les usagers de financer « un projet qui n’existe pas encore ».
Sur Bladi.net : Écoles françaises au Maroc : la rentrée de la colère face à l’explosion des tarifs
Ce durcissement tarifaire passe d’autant plus mal qu’il s’accompagne, selon les témoignages, d’une dégradation perceptible de la qualité de l’enseignement. Les parents pointent du doigt un absentéisme croissant, des non-remplacements et la suppression d’options, créant un effet de ciseau insoutenable entre le coût et le service rendu. De plus, le transfert du financement des retraites des personnels détachés vers les familles locales est perçu comme une rupture du contrat moral, transformant l’éducation en une source d’anxiété où « chaque rentrée est vécue comme une épreuve » pour les foyers, contraints à des arbitrages financiers douloureux.
Face à cette dynamique, l’enseignement français, jadis loué pour son excellence et sa relative mixité sociale, risque de devenir un système sélectif par l’argent. La grogne actuelle dépasse la simple revendication comptable pour interroger la pérennité d’un modèle où l’école est désormais gérée comme un centre de profit devant sécuriser ses flux de trésorerie, au risque de rompre le lien de confiance historique qui l’unissait aux familles marocaines et étrangères.