L’eau dessalinisée au Maroc : une bombe à retardement financière ?
Le rapport 2024-2025 de la Cour des comptes révèle un décalage critique entre les coûts de production de l’eau dessalinisée et les tarifs de vente aux consommateurs. Malgré des prix de revient atteignant parfois plus de 23 dirhams le mètre cube, les tarifs pratiqués restent lourdement subventionnés par l’État ou des groupes publics pour garantir l’accès à la ressource.
La stratégie marocaine de recours aux eaux non conventionnelles se heurte à une réalité économique complexe, marquée par une hausse constante des coûts de production. Selon la Cour des comptes, cet écart est alimenté par des facteurs techniques comme la consommation énergétique et la qualité de l’eau, mais aussi par l’inflation et la fiscalité. À l’usine d’Agadir, le coût de l’eau potable a ainsi bondi à 10,29 dirhams par mètre cube en 2024, soit une augmentation de 16 % par rapport au modèle de référence, principalement en raison de l’absence d’exonérations fiscales et des répercussions de la crise sanitaire.
À lire : Le Maroc construit des barrages et des usines de dessalement, l’Espagne « ne fait rien »
La pérennité de ce modèle repose actuellement sur un système de compensation systématique. À Agadir, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) comble la différence entre le prix d’achat au partenaire privé et le tarif de revente. Un mécanisme similaire est observé pour les usines de Safi et d’El Jadida, où le Groupe OCP s’est engagé à couvrir un déficit d’exploitation d’environ 1,02 dirham par mètre cube pour soutenir ses projets de ressources hydriques. Pour le projet de Casablanca, le coût de 4,48 dirhams est jugé compétitif, bien que l’institution prévienne que les risques inflationnistes pourraient fragiliser cette prévision.
À lire : Maroc : on commence à voler ... de l’eau
Le rapport souligne des disparités frappantes dans certaines régions gérées directement par l’ONEE. Le cas de Laâyoune est le plus emblématique, avec un coût de production et de distribution s’élevant à 23,41 dirhams par mètre cube en 2023, alors que le tarif moyen de vente est maintenu à 5,06 dirhams. À Al Hoceïma, le constat est analogue avec un prix de revient de 16,66 dirhams pour un prix de vente de 6,24 dirhams. Ces chiffres montrent l’effort financier colossal consenti par l’État ou entreprises publiques pour absorber les coûts d’une technologie devenue indispensable face au stress hydrique, mais dont l’équilibre budgétaire reste précaire.