L’enfer des migrants au Canada

- 14h00 - Monde - Ecrit par : P. A

Le nombre de migrants ou de demandeurs d’asile ne cesse d’augmenter au Canada. Ces personnes, dont des Marocains, sans statut, et en attente de régularisation, vivent dans des conditions précaires et la peur.

Selon un site du gouvernement canadien, le pays compte 500 000 migrants. Dans la réalité, leur nombre est estimé entre 100 000 et un million. Ils vivent dans la précarité, sous la menace d’arrestation, d’expulsion et d’exploitation. L’organisme de défense des migrants Solidarité sans frontières, fondé à Montréal il y a 22 ans, explique que certains d’entre eux arrivent avec un visa de visiteur, d’autres avec un permis d’études ou de travail temporaire, mais se retrouvent sans statut après l’expiration de leur document. D’autres ont vu leur demande d’asile refusée et se sont ainsi retrouvés dans l’irrégularité.« Le système est tellement compliqué que même ceux qui essaient de faire les choses légalement peuvent perdre leur statut pendant le traitement de leur dossier », explique à La Presse Mary Foster, de Solidarité sans frontières, dénonçant des lourdeurs administratives.

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« On vit ici. On travaille ici. Mais on n’existe pas », déclare Karim (nom d’emprunt), un Marocain de 55 ans, arrivé au Canada à l’été 2020. Sans papiers, il vit à Montréal où il travaille dans l’industrie automobile. Karim était venu avec un permis de travail d’un an et un contrat avec un employeur québécois. Mais à son arrivée à l’aéroport de Montréal, en pleine pandémie du Covid-19, il a été refoulé par un agent de l’Agence des services frontaliers. « L’agent m’a dit : “Tu dois rentrer chez toi.” J’ai signé des papiers. Mais je suis resté », détaille-t-il. Depuis cinq ans, sa situation n’a pas évolué. Mais le quinquagénaire, qui vit au quotidien dans la peur, envoie de l’argent à sa femme et à ses trois enfants au Maroc.

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Comme lui, Farid, un Algérien de 42 ans résidant dans la ville depuis 15 ans, vit dans la même précarité. Également sans papiers, il travaille dans une usine, fait du ménage, et aide en cuisine. L’homme vit aussi dans la peur permanente. « Quand quelqu’un frappe à la porte, la première chose qui me passe par la tête, c’est directement l’immigration », confie Farid qui confirme qu’il y a « de plus en plus de personnes dans cette situation. » « Après presque 18 années ici, je n’ai jamais fait une infraction. Je n’ai pas de dossier criminel. Mais je n’ai aucun droit », fulmine-t-il.

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Mamadou, un Guinéen de 61 ans, a vu sa demande d’asile refusée en 2002, un an après son arrivée de Guinée. Sa demande de résidence permanente pour motifs humanitaires, s’est aussi soldée par un échec. « Je ne suis pas retourné dans mon pays à cause de la persécution que je vivais là-bas. C’était un problème de religion. Je ne pouvais pas y retourner », explique ce sexagénaire sans papiers qui vit au Québec depuis 2005. « Les employeurs savent très bien qu’on n’a pas de papiers. Ils nous engagent quand même. Les sous-traitants, ceux qui nous trouvent du travail, connaissent notre situation. Des fois, même, ils refusent de nous payer. Et on n’a pas le droit de riposter », peste le Guinéen. Régulariser leur situation est un véritable parcours du combattant pour ces trois migrants.

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