« En France, la laïcité exclut les femmes musulmanes »

- 20h00 - France - Ecrit par : S.A

En France, écolières, athlètes et féministes résistent à l’interdiction du port du voile dans les établissements scolaires et du hijab dans le sport dans un pays où la laïcité, semble-t-il, exclut les femmes musulmanes.

Les musulmanes sont excédées par les restrictions vestimentaires qui leur sont imposées au nom de la laïcité. De l’interdiction du hijab dans le sport à celle du port de l’abaya dans les établissements scolaires, elles se sentent victimes d’un système. Selon Loubna Reguig, présidente des Étudiants musulmans de France (EMF), qui soutient les étudiants de tous horizons à l’université et défend leurs intérêts, la laïcité a exclu les femmes musulmanes, rapporte Dazed. Pour étayer son argumentation, elle pointe les actions mises en œuvre par l’État français pour empêcher les femmes de porter le hijab et des vêtements pudiques perçus comme associés à l’Islam à « l’intersection complexe des héritages coloniaux, impliquant racisme, islamophobie », et la discrimination fondée sur le sexe ». Elle pointe ainsi un doigt accusateur vers la classe politique française, surtout l’extrême droite, qui prône une forme de laïcité moderne au détriment des musulmans.

À lire : France : le Conseil d’État confirme l’interdiction de l’abaya à l’école

En septembre, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, a interdit le port de l’abaya et du qamis à l’école peu avant la rentrée scolaire, face à des signalements en hausse dans les établissements. Une interdiction validée par le Conseil d’État. « Cette interdiction ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée, à la liberté de culte, au droit à l’éducation et au respect de l’intérêt supérieur de l’enfant ou au principe de non-discrimination », juge la plus haute juridiction administrative du pays dans sa décision, estimant que le port l’abaya ou du qamis « s’inscrit dans une logique d’affirmation religieuse », alors que la loi française interdit depuis 2004 le port de signes et tenues qui manifestent de manière ostensible une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. « La seule raison à cette interdiction, c’est que l’extrême droite aime ça », estime Sihem Zine, qui a fondé Action Droits des Musulmans (ADM) pour protéger les droits des citoyens musulmans.

À lire : Abaya : Antonio Guterres critique la France

Elle avait déposé un recours contre l’interdiction de l’abaya, mais le Conseil d’État a donné raison au ministre de l’Éducation nationale. Exprimant son dépit après la décision de la haute juridiction, Sihem a indiqué que « le concept de laïcité dans ce pays est erroné et a été transformé en une laïcité d’exclusion ». « Le principe général de la laïcité est la liberté de croire ou de ne pas croire, ce qui signifie que l’État et ses fonctionnaires doivent être neutres. Mais depuis plusieurs années, ce sont les individus en tant qu’usagers des services publics qui se voient neutralisés. La définition actuelle de la laïcité est si large qu’elle signifie que nous rouvrons éternellement le débat sur la place des minorités ethniques et des musulmans dans la société », déplore-t-elle.

À lire : Hijab et football féminin : Le Conseil d’État maintient l’interdiction

L’interdiction du hijab dans le sport passe mal. En juin 2023, le Conseil d’État a maintenu, en réponse à une requête du collectif des Hijabeuses, l’interdiction du hijab en compétition. Une décision qui avait été prise par la Fédération française de football. « Nous avons fait confiance à la justice, raconte Hawa Doucouré, étudiante en architecture au comité directeur des Hijabeuses. Nous pensions que nous allions gagner. Ce n’est pas une question d’opinion, c’est une question de faits et de droit. Aujourd’hui, nous commençons à penser que le système judiciaire profite à ceux qui détiennent le pouvoir. Même les avocats et les politiciens qui n’étaient pas de notre côté pensaient que nous gagnerions parce que nous avions raison face à la loi. Cette décision signifie que pour “protéger” les personnes opprimées, il faut les opprimer davantage. »

À lire : Voile : la leçon du Royaume-Uni à la France

Doucouré n’entend toutefois pas baisser les bras. « Nous allons encore nous battre, nous n’allons pas lâcher prise. Nous avons de plus en plus de filles qui nous rejoignent chaque jour. Ce n’est que le début. » Plus tard, le collectif des Hijabeuses ont porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’Homme.

  • France : le Conseil d'État confirme l'interdiction de l'abaya à l'école

    Le Conseil d'État français vient de rejeter un référé-suspension de la circulaire du ministère de l'Éducation nationale interdisant le port de l'abaya à l'école dès cette rentrée scolaire.

  • Élève exclue pour port d'abaya : un père en garde à vue

    Visé par une plainte, le père d'une élève en abaya du lycée Ambroise-Brugière à Clermont-Ferrand, a été arrêté puis placé en garde à vue.

  • Abaya : feuilleton de la rentrée scolaire en France

    Le port de l'abaya, une tenue ample féminine qui provoque la polémique en France, sera interdit dans les établissements scolaires dès la prochaine rentrée. Ainsi en a décidé Gabriel Attal, ministre de l'Éducation nationale.

  • France : la polémique abaya et qamis

    L'abaya, une tenue ample féminine qui provoque la polémique en France et le qamis, tunique portée par les hommes dans de nombreux pays musulmans, sont dans le viseur de Gabriel Attal, ministre de l'Éducation nationale. Celui-ci entend indiquer aux recteurs d'académie la conduite à tenir pour la prochaine rentrée scolaire en la matière.

  • Le CFCM persiste et signe : « L'abaya n'est pas un vêtement musulman »

    Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a réaffirmé sa position sur le port de « l'abaya » à l'école, martelant que ce vêtement n'est pas « religieux ».

  • Voile aux Jeux Olympiques : l'ONU tance la France

    L'ONU a réagi à l'interdiction faite aux athlètes françaises de porter le voile islamique aux Jeux Olympiques qui se tiendront du 26 juillet au 11 août 2024 à Paris, au nom de la laïcité.

  • Voile aux Jeux de Paris 2024 : plainte contre la France ?

    La décision de la France d'interdire à ses athlètes de porter le voile islamique lors des Jeux olympiques qui se tiendront du 26 juillet au 11 août 2024 à Paris continue de susciter des réactions. Un penseur et intellectuel marocain appelle les communautés musulmanes du monde entier à porter plainte devant les tribunaux compétents.

  • Gabriel Attal : « Je ne suis pas contre l'islam »

    Le ministre français de l'Éducation, Gabriel Attal, dit être un ardent défenseur de la laïcité à l'école et n'entend tolérer aucune violation de ce principe.

  • Et l'Abaya est aussi interdite au Maroc

    La décision du ministre français de l'Éducation nationale, Gabriel Attal relative à l'interdiction du port de l'abaya dans les écoles et les lycées qui suscite la polémique et divise la classe politique fait aussi l'objet de débat au Maroc. Le port de ce vêtement est-il aussi interdit dans les écoles de mission française ?

  • Fausse prière musulmane : Christian Estrosi épinglé pour diffusion de fake news à Nice

    À Nice, les prétendues prières musulmanes d'élèves n'en finissent pas. Le maire Christian Estrosi a encore diffusé une fake news relayée par plusieurs médias et refuse de faire un démenti public.