L’industrie de la nuit en pleine effervescence

- 23h58 - Maroc - Ecrit par : L.A

Dans les rues de la métropole, danseuses orientales et cabarets cosy côtoient les bars à tapas et discothèques branchées, sans oublier les pianos bar aux ambiances jazzy. Casablanca n’a rien à envier à ses consoeurs du Maghreb. Bien au contraire, elle s’impose comme une des métropoles les plus branchées du continent. Avec l’ouverture du pays et le dynamisme de la vision 2010, l’industrie de la nuit n’en finit pas de prospérer, mais répondra-t-elle pour autant au besoin de ses habitants à majorité jeune et modeste, et surtout très hétéroclite ?

L’offre nocturne explose

« L’industrie de la nuit est fortement liée à la croissance du tourisme, là où on trouve des hôtels, on trouve des lieux de loisirs nocturnes », explique un expert. Une belle croissance en vue si l’on en croit les chiffres, la part du tourisme représentant 38% de l’investissement global dans la capitale cette année.

En 2007, une quinzaine d’unités hôtelières ont été construites à Casablanca, à côté desquelles vont s’implanter bars, boîtes et autres cabarets complétant l’offre des loisirs et des services touristiques.
Pour exemple, le boulevard Hassan Souktani est très représentatif de cet engouement. Idem sur la zone de Dar Bouazza et Tamaris avec la reprise des activités du Sidibad, le lancement de l’Aquaparc et le projet du Mégamall. En effet, la côte attire naturellement les promoteurs pour les projets de discothèques et boîtes de nuit. Toute la clientèle nocturne s’y concentre à partir de 23heures jusqu’au petit matin. Les quartiers Anfa ou Gauthier se sont transformés quant à eux en arrière-pays des unités hôtelières, avec la multiplication des bars, pubs et cabarets. « Il y a un intérêt certain de la part des investisseurs à développer autre chose que du tourisme d’affaire dans la capitale », souligne l’expert.
Sidi Maarouf concentre de plus en plus de cadres lassés des navettes. Ce quartier est identifié comme un nouveau vivier de croissance, les sorties nocturnes étant la plupart du temps des sorties de proximité.

De plus, la simplification des démarches pour les licences d’alcool a beaucoup joué dans cet engouement. « Il n’y pas si longtemps que ça, obtenir une licence pour la vente d’alcool relevait d’un parcours du combattant. Aujourd’hui, il y a juste à convenir à certains critères souvent implicites comme l’éloignement d’un lieu de culte et l’affaire est dans le sac », explique l’expert.

L’entreprenariat dans l’industrie nocturne est désormais « démocratisé », et elle rapporte gros. « L’affaire est rentable si la gestion est optimisée et l’hygiène irréprochable. Un restau-bar qui tourne bien sur Casablanca rapporte entre 25.000 et 45.000 DH par jour », explique le gérant du Picasso, un nouveau restaurant bar classé 1 fourchette. Cet ancien gérant de « l’Etoile » reconnaît que deux mondes de la nuit coexistent dans la même ville. D’un côté, des restaurants qui se sont transformés en bar et qui n’accordent plus aucune importance à la qualité de la nourriture et du service. On y consomme de l’alcool la plupart du temps coupé et on y paie le verre entre 15 et 25 DH. Généralement concentrés dans l’ancienne médina, ils inondent également les périphéries défavorisées de la métropole.

D’un autre côté, un autre monde, une autre clientèle. Un simple tour sur la corniche renseigne sur ces extrêmes. Les boîtes et bars très huppés se comptent sur le bout des doigts, l’entrée est y est minimum à 200 DH, et les consommations à l’intérieur descendent rarement en dessous de 100 DH, y compris pour les boissons non alcoolisées. « C’est un moyen pour nous de filtrer notre clientèle et de nous positionner en terme de marketing. Nos clients sont surtout des cadres qui veulent décompresser mais aussi des plus jeunes qui dépensent l’argent de leurs parents sans compter », explique ce gérant de discothèque de Aïn Diab.

Amstrong, Pulp, Angel… sans compter les nombreux cabarets bon chic bon genre où les faveurs d’une fille de joie coûtent aussi chers que les bouteilles. Qu’importe, l’argent coule à flot et ces lieux sont les meilleures vitrines pour le montrer.

Mais que propose la ville de Casablanca à la majorité de sa clientèle jeune et beaucoup moins onéreuse ? Cette classe moyenne montante ne veut pas risquer sa santé dans les gargotes de la médina mais qui n’a pas les moyens de flamber sur la Corniche.

Mohamed Merhari, alias Momo, est l’une des figures les plus actives de la scène alternative actuelle. L’Boulevard lui a valu un prix culturel d’exception à Londres en 2006. Cet homme qui dit puiser son énergie dans la jeunesse marocaine, n’a eu de cesse depuis 1999 de se battre contre les autorités, les préjugés et autres freins à l’expression dite « underground » du pays. Pourtant, ce festival avec celui d’Essaouira est celui qui a le plus d’impact auprès des jeunes et le plus d’écho à l’étranger. Mais c’est aussi le plus petit budget de tous les festivals de ce pays. « C’est en survivant que nous excellons. Jusqu’à aujourd’hui nous avons toujours manqué de moyens, mais ce festival est si populaire auprès des jeunes que tout le monde y participe bénévolement. C’est grâce à eux et à leur demande croissante de s’afficher tels qu’ils sont que le Boulevard continue son aventure ».

Une aventure qui coûte chaque année quelques 4 millions de dirhams « sans compter le bénévolat que l’on estime entre 2 et 3 millions de dirhams », explique Momo.

Et malgré la popularité de l’événement, les autorités craignent toujours autant de s’afficher en tant que partenaire de ce qui passe aux yeux de certains milieux islamistes comme un encouragement d’ « une culture illicite ».

« Cela fait déjà 10 ans que le Boulevard anime la métropole. Ni la région ni la ville ne veulent subventionner. Pourtant nous attirons chaque année entre 120 et 160.000 spectateurs issus de toutes les classes sociales et aux goûts très hétéroclites », ajoute Momo qui remercie au passage les sponsors privés.

Mais la crainte des autorités demeure, rendant les aspirations de ces jeunes anachroniques. Trop tôt encore pour leur laisser plus de place, plus de visibilité. Mais le wali insiste. « Nous sommes pour la création, nous ne sommes pas contre le boulevard. Sinon nous l’aurions interdit ». Sûrement, le conservatisme demeure la règle dans les bureaux de l’administration. Les organisateurs le savent trop bien.

L’alternatif, nouveau filon commercial ?

« Nous suivons les jeunes. Par exemple, je ne suis pas fan de trans, mais d’un point de vue marketing je ne peux pas ignorer une si grosse demande », explique Rizk Housni, directeur de Maroc Party. Cette boîte d’événementiel a misé sur l’industrie de la nuit, pas pour organiser des soirées classiques dans des établissements déjà trop connus. Mais pour satisfaire un nouveau type de demande, « des jeunes qui ne veulent plus se cacher ni payer des fortunes pour écouter de la trans, du rap, ou du rock ».

Pour l’ensemble de la profession, le problème majeur reste le manque de subventions et d’autorisation, « nous manquons de moyens, d’espace, de barrières pour la sécurité. Si la ville acceptait de nous prêter des lieux, ou de nous construire au moins une salle de concert. On répondrait mieux à leurs exigences », explique Housni.

Ignorée pour le moment, cette demande ne cesse pourtant de croître avec les nouvelles générations, l’ouverture des ondes radios et surtout l’investissement croissant des sponsors qui ont repéré là une large cible de consommateurs.

L’Economiste - Najlae Naaoumi

  • Industrie de la nuit : un business qui rapporte gros !

    9% des Marocains sortent le soir et dépensent entre 200 et 500 DH par sortie et par personne. Les marges dans ce business peuvent aller jusqu'à 400%. L'essentiel des gains est réalisé dans les ventes d'alcool.

  • Après 40 jours de prohibition, l'alcool coule de nouveau à flots

    Voilà, on y est ! Après un mois et des poussières de prohibition ramadanesque, l'alcool recoule à flot. Et c'est à Marrakech que les premières bouteilles ont été légalement décapsulées, le mardi 16 octobre, un jour avant les autres villes. Ce qui n'a pas empêché des tenanciers téméraires de rouvrir les vannes éthyliques bien avant cette date. “La veille de l'Aïd, des établissements ont ouvert pour servir des fêtards, venus en masse d'autres villes”, confie un noctambule marrakchi.

  • Marrakech : Un groupe allemand investit dans les loisirs

    Marrakech est certainement la seule ville du Royaume où les habitants et visiteurs ont l'embarras du choix en matière d'animation. En effet, dans ce domaine, les investissements pleuvent quasiment « comme des cordes ». Donnant à l'industrie des loisirs un dynamisme sans précédent.

  • Politique, associations, famille : 1.139 jeunes en parlent

    Les jeunes Marocains ne rêvent pas que d'émigrer, pour peu que l'on s'intéresse à eux. Loin de porter un regard défaitiste ou désespéré sur la réalité de leur société, ils s'inscrivent dans une démarche constructive et, au-delà des clichés sur le fait qu'ils dénigrent les institutions de leur pays, leur volonté d'adhésion et d'engagement dans cette réalité est patente. C'est l'une des conclusions d'une enquête menée conjointement par l'Unicef et le Fonds des Nations Unies pour la population (Fnuap), dans le cadre d'un projet intitulé « Jeunes en action », dont un rapport synthétique vient d'être finalisé et dont La Vie éco a pu obtenir copie en avant-première.

  • Les touristes moins nombreux à Marrakech

    Septembre noir pour l'activité touristique à Marrakech qui affiche une baisse plus importante que la tendance à l'échelle nationale, soit – 9 %. Après une croissance ininterrompue de 5 ans, la capitale du tourisme national enregistre en septembre un recul de 10 % en terme de nuitées et de 11% en matière des arrivées. Cette baisse est durement ressentie par les professionnels locaux, véritables baromètres de l'industrie touristique. Ces chiffres sont d'ailleurs confirmés aujourd'hui par les statistiques officielles du ministère du Tourisme.

  • Quatre tramways, un métro et un RER pour Casablanca

    Le tracé définitif du futur réseau de transport en commun en site propre (TCSP) pour Casablanca a été dévoilé, le jeudi 22 novembre, par le Conseil de la ville. Au total, six lignes de transport de masse sont retenues (4 lignes de tramway, 1 ligne de métro et 1 ligne de RER). Ce réseau à terme aurait un linéaire de 160 km à l'horizon 2030.

  • Tourisme : un léger essoufflement pour début 2008 ?

    Il y a comme un air d'essoufflement qui plane sur le secteur hôtelier. En général, il semble bien que le Maroc accuse une sérieuse baisse, notamment vis-à-vis de la France, son principal marché émetteur. Selon le l'association des voyagistes français, la Tunisie a progressé cet été (août-octobre) de 5,8% comparativement à la même période de l'année précédente, alors que le Maroc a chuté de 14,3%.

  • La mafia des proxénètes marocains

    Les métiers du sexe font recette et les travailleurs ont leurs codes et leurs règles. Dans ce milieu, entre Casablanca, Marrakech, Agadir et Tanger, plusieurs réseaux de proxénètes se sont organisés en syndicat du crime. La traite des blanches, le racket systématisé, l'organisation des passes, location des maisons, transports… et toute la logistique qui va avec le marché de la chair. Descente dans l'enfer du plaisir. Le monde de la nuit exige des règles strictes et une organisation pointilleuse. L'argent du sexe dicte aussi ses rites, entre violence et dérives urbaines.

  • Tanger séduit les investisseurs

    L'année 2007 a été fructueuse en matière d'investissements à Tanger. En effet, 184 dossiers d'investissements pour un montant total de 28 milliards de DH ont été réalisés. Ces chiffres sont communiqués par le Centre régional de l'Investissement (CRI). Soit une croissance de 9 % par rapport à 2006. Le nombre d'emplois à générer est 74.000 postes d'emploi permanents, selon le CRI.

  • Industrie automobile : Le Maroc veut sa part

    Et de quatre pour Tec'Auto, le salon méditerranéen des industries et des services automobiles. Il se tiendra du 21 au 25 novembre à la Foire internationale de Casablanca. Trois activités seront représentées : première monte, rechange et maintenance. Le salon est organisé par l'Association marocaine pour l'industrie et le commerce de l'automobile, Amica.