Ismaïl Abou El Kanater, le Marocain d’Hollywood

- 09h45 - Maroc - Ecrit par : L.A

Vivant depuis trente ans aux Etats-Unis, Ismaïl Abou El Kanater s’est imposé sur les planches, avant de s’attaquer au petit et au grand écrans. Rencontre avec un homme qui est allé au bout de ses rêves.

Installé dans le salon de son appartement casablancais, Adil Fadili est suspendu aux lèvres de son invité du jour, un certain Ismaïl Abou El Kanater. Le jeune réalisateur, rejeton du célèbre humoriste et frère de la non moins fameuse comique, écoute religieusement l’acteur, peu connu du public marocain, qu’il souhaite diriger dans son prochain film.
Ce dernier, le visage grave, s’est lancé dans le récit de son parcours, celui d’un homme qui a réalisé son rêve : “J’ai toujours rêvé d’habiter Greenwich Village, de jouer du théâtre à Broadway et de faire du cinéma à Hollywood, explique-t-il. À force d’y croire, j’ai fini par y arriver”.

L’enfant de Hay Hassani

Né à Casablanca en 1957, Ismaïl Abou El Kanater attrape très jeune le virus de la scène, grâce à un grand-père “qui racontait à longueur de journée des histoires à faire rêver” et, surtout, un père menuisier, grand passionné de théâtre. “Avec des voisins, il avait monté une petite troupe amateur, qui se produisait régulièrement dans le quartier”, raconte l’enfant de Hay Hassani. Mais Abou El Kanater senior était aussi féru de cinéma : “Il m’y emmenait souvent et au retour, je prenais beaucoup de plaisir à rejouer ce que j’avais vu devant mes copains”.

Aux bancs de l’école, le jeune Ismaïl préfère les classes du Conservatoire de Casablanca, où il s’inscrit sans l’accord de ses parents et où il côtoie, entres autres, Saâdallah Aziz et Khadija Assad. L’établissement est alors dirigé par un Français, qui lui lance un jour : “Tu sais, c’est facile d’être un bel acteur, mais difficile d’être un bon acteur. Toi, tu es les deux”. Un compliment dont il garde toujours une grande fierté.

Diplômé au bout de quatre ans (au lieu de sept), Ismaïl Abou El Kanater découvre enfin la vie de comédien marocain et ses vicissitudes : les cachets misérables (“50 dirhams à tout casser”), les déplacements laborieux et les décors de fortune. “Une fois, pour jouer le rôle d’un noir, j’ai dû, faute de maquillage, m’enduire de boue, se souvient-il avec un sourire. Le soir, en rentrant chez moi, sans avoir pu me laver, j’ai été embarqué par une patrouille de police qui m’avait pris pour un cambrioleur”, raconte-t-il aujourd’hui, avec le sourire. Pas de quoi décourager Ismaïl pour autant. Le jeune homme persévère et commence même à se faire un nom dans le milieu.

Première petite consécration en 1973 : il est appelé à rejoindre la troupe de Taïeb Seddiki. “Saâdallah et Khadija, qui travaillaient déjà avec lui, lui avaient tellement parlé de moi qu’il a finalement décidé de me prendre”, explique-t-il. Avec le team Seddiki, il sillonne les salles du royaume et du monde arabe et a même le privilège de jouer à plusieurs reprises devant Hassan II. Et le comédien n’en est pas peu fier : “C’était un grand honneur de jouer au palais. C’est comme remporter un Golden Globe ou un Oscar”, lance-t-il.

À la conquête de l’Amérique

En 1977, pratiquement sur un coup de tête, le jeune homme décide de changer de vie : “Un matin, en me réveillant, je me suis dit que je devais partir à la poursuite de mon rêve”, tente-t-il d’expliquer. Le rêve américain, plus exactement. Ismaïl pose ses valises à Rhodes Island, devient Sam Kanater (“Vous imaginez un Américain prononcer correctement Ismaïl Abou El Kanater ?”) et s’inscrit à l’école d’art de la prestigieuse Brown University. Il finance ses études avec un salaire de vendeur en grande surface, avant de dispenser des cours dans la même école, ses années d’expérience (marocaine) lui servant de CV.

À la fin de son cursus, qui aura duré trois ans, il monte sa première pièce de théâtre, une adaptation du Journal d’un fou, de Nicolas Gogol. Un succès d’estime qui lui vaut les éloges de la presse locale et de nombreuses propositions de travail émanant des théâtres locaux. Il en accepte quelques-unes et faillit même endosser la tenue d’enseignant permanent, avant de se raviser, rappelé à l’ordre par le triptyque “Greenwich Village, Broadway, Hollywood”, ces mots qui l’avaient poussé à traverser l’Atlantique. En 1984, avec quelques économies en poche, Ismaïl “monte” donc à New York. Il réalise un premier rêve, en dénichant un appartement à Greenwich Village, quartier mythique occupé en grande majorité par des artistes de tout bord. Appartement qu’il aménage à sa façon : “En rentrant chez moi, on avait l’impression d’être dans un backstage. Il y avait des costumes partout, des accessoires, des bouts de décors…”.

Il arrive aussi à décrocher un job à la Mama, salle de Broadway qui a vu défiler depuis sa création, dans les années 40, les grands noms du Premier art. Au fil de ses représentations, le Marocain se fait un nom parmi ses pairs et une réputation dans les médias spécialisés. Une fois cochés les cases “Greenwich Village” et “Broadway”, il ne reste plus à Sam que l’étape Hollywood. Il y passera grâce à un énième coup de pouce du destin.

Un Marocain à Hollywood

Celui-ci prend la forme d’une rencontre, au début des années 90. À la fin d’une représentation, toujours à la Mama, Sam Kanater se fait accoster par une productrice américaine, qui le presse de s’essayer au cinéma. L’homme ne se fait pas prier : “J’étais vraiment excité, je me voyais déjà gagner des millions, acheter une grande maison et boire du bon café. J’avais envie de rompre avec la vie de bohème que je menais depuis une trentaine d’années”. Nouveau déménagement donc, direction la Mecque du cinéma : Hollywood. Le changement est radical. Il quitte son minuscule appartement new-yorkais pour une résidence cossue dans la banlieue de Los Angles, avec sauna, piscine et salle de sport. Mais sur le plan professionnel, Sam doit se rendre à l’évidence : Hollywood est plus difficile à conquérir que Broadway : “Je n’avais pas encore d’agent et je n’avais pas envie de passer mes journées à courir les auditions. Et mon nom arabe ne facilitait pas les choses”. Les rôles se font attendre, pas les factures. Sam décide de revenir à ses premières amours, les planches, où il regagne rapidement en notoriété.

Mais ce n’est que partie remise. Quelques années plus tard, Sam revient à la charge. Il signe chez un agent connu de la place, envoie son book un peu partout et enchaîne les castings. “J’avais atteint la cinquantaine, mais je voulais toujours réaliser ce dernier rêve, explique-t-il. J’ai donc décidé de laisser mon orgueil de côté”. Bien lui en fit. À partir de 2004, Sam Kanater décroche des rôles dans des séries américaines à succès comme Alias, Sleeper Cell, Over There et même 24 heures Chrono. Et si, sur le tournage, il n’arrive pas à serrer la main de Jack Bauer (alias Kieffer Sutherland), il en repart avec un cachet de 6000 dollars pour quelques heures de tournage. En parallèle, le comédien double des voix dans de grandes productions américaines (dont Pirates des caraïbes et Babel). En 2006, de passage au Maroc, il fait une apparition dans La brigade, téléfilm de Adil Fadili diffusé sur la RTM. Depuis, celui qu’on surnomme le Marocain de Hollywood a un nouvelle ambition en tête : “Maintenant que ma carrière est lancée aux Etats-Unis, j’ai envie d’apporter mon expérience dans mon pays natal”.

Source : TelQuel - Mehdi Sekkouri Alaoui

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