À 16 kilomètres du Maroc, Marbella est devenue le terrain de jeu de plus de 100 gangs
Plus de 100 groupes criminels opèrent sur la Costa del Sol, devenue une plateforme du trafic international de drogue. Sa proximité avec le Maroc, Gibraltar et le port d’Algésiras facilite les affaires, mais aussi les règlements de comptes entre réseaux concurrents.
Trois fusillades ont secoué ces dernières semaines la province de Malaga, dont deux à Marbella. Ces violences en plein jour illustrent la concentration exceptionnelle de réseaux criminels internationaux sur cette partie du littoral espagnol, située à seulement 16 kilomètres des côtes marocaines.
Plus de 100 groupes de plusieurs dizaines de nationalités seraient aujourd’hui présents sur la Costa del Sol, selon les experts interrogés par The Sun. Britanniques, Néerlandais, Marocains, Albanais, Italiens, Français et Espagnols peuvent s’y retrouver pour organiser des importations de drogue, blanchir de l’argent ou recruter des équipes chargées de la logistique et des violences.
Marbella offre presque tout ce que recherchent ces organisations : des résidences luxueuses permettant de se fondre parmi une population internationale fortunée, un marché immobilier propice au blanchiment et une position stratégique entre plusieurs grandes routes du narcotrafic.
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Le Maroc se trouve juste de l’autre côté du détroit, Algésiras constitue l’un des principaux ports européens et Gibraltar offre un accès immédiat aux routes maritimes internationales. La région sert ainsi de point de rencontre entre les réseaux acheminant le cannabis depuis l’Afrique du Nord et ceux important la cocaïne d’Amérique latine.
Chris Dalby, spécialiste du crime organisé et responsable du renseignement au sein de la société Dyami, décrit notamment un environnement dans lequel un trafiquant britannique peut rencontrer un intermédiaire néerlando-marocain, un fournisseur albanais de cocaïne et une équipe logistique espagnole. La concentration de ces compétences criminelles alimente à son tour l’implantation de nouveaux réseaux.
Les chefs partent à Dubaï, les exécutants restent à Marbella
La situation évolue cependant. Une partie des grands chefs criminels a quitté la Costa del Sol pour Dubaï, la Turquie ou d’autres pays où les extraditions et la coopération judiciaire internationale peuvent être plus difficiles.
Les échelons inférieurs restent en revanche indispensables sur place pour réceptionner les marchandises, les stocker, les transporter et récupérer l’argent. Ce déplacement des chefs aurait contribué à rendre les réseaux installés autour de Marbella plus instables et plus violents.
Les alliances changent au gré des cargaisons et des intérêts. Deux organisations peuvent coopérer sur une importation, puis s’affronter après la disparition de drogue, le non-paiement d’une dette ou un partage contesté. Les enlèvements, tortures et assassinats interviennent lorsque ces groupes ne parviennent plus à régler leurs différends autrement.
La présence de réseaux liés au Maroc sur la Costa del Sol est déjà bien documentée. Les autorités espagnoles ont notamment mené plusieurs opérations contre des groupes associés à la Mocro Maffia installés autour de Marbella. Des ressortissants marocains ont également été arrêtés dans des affaires récentes de fusillade et de trafic de cocaïne.
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La police espagnole a renforcé sa présence dans la région avec un plan spécifique contre le crime organisé. Cette pression complique désormais la vie des grands trafiquants, sans supprimer les infrastructures criminelles constituées depuis plusieurs décennies.
Une partie des réseaux pourrait ainsi déplacer ses activités vers Alicante, Murcie, Valence ou Ibiza. Mais Marbella conserve un avantage difficile à reproduire ailleurs : une concentration exceptionnelle de logisticiens, blanchisseurs, trafiquants et hommes de main capables d’organiser toutes les étapes d’une opération criminelle internationale.