L’éducation sexuelle à la Marocaine !

- 02h37 - Maroc - Ecrit par :

De la naissance à la pré-adolescence, l’enfant découvre son corps, subit des pulsions, bien souvent dans le silence le plus total ou, plus grave encore, dans l’interdit. À grand renfort de " h’chouma " et de tabous, l’éducation sexuelle marocaine déforme plus qu’autre chose le futur adulte. Constat en collaboration avec Soumaya Naamane Guessous, sociologue et écrivain.

Encore aujourd’hui, dans la plupart des esprits, éducation sexuelle rime avec liberté sexuelle. Eh oui ! Lorsqu’on parle de sexe, cela ne peut forcément qu’être pervers. Donc, à partir de là, motus et bouche cousue. Et pourtant, si l’enfant recevait le plus naturellement possible une éducation sexuelle intégrée normalement dans son éducation, sans que cela ait l’air d’être quelque chose à part, cela éviterait bien des déboires.

Mais au fait, en quoi consiste cette éducation qui dérange tant ? L’éducation sexuelle est le fait d’informer l’enfant sur les différentes étapes de l’évolution de son corps. Cela peut aller de l’hygiène à la protection, en passant également par le respect de son corps. L’éducation sexuelle vise, en fait, à permettre à l’enfant d’assumer l’évolution et l’éveil que va subir son corps, afin de pouvoir mieux le protéger et ainsi de vivre en harmonie avec l’esprit. Car ne vous y trompez pas, s’il n’y a pas d’harmonie entre corps et esprit, il ne peut y avoir épanouissement de la personne. De plus, aucune éducation ne peut être réussie si elle n’inclut l’éducation sexuelle.

Qu’en est-il dans les familles marocaines ?

L’éducation sexuelle existe bien dans les familles, mais elle n’atteint pas du tout ses objectifs, selon Soumaya Naamane-Guessous, sociologue. En effet, l’éducation sexuelle constructive ne concerne qu’une infime partie de la population marocaine qui, si elle devait être chiffrée, ne représenterait quasiment rien. Ce dont nous parlerons, c’est de la très grande majorité des familles qui donnent une éducation négative.

Ici, il va falloir différencier l’éducation que l’on donne aux filles de celle que l’on donne aux garçons.

En ce qui concerne les filles, c’est une éducation qui s’exprime par des interdits et rien que des interdits : ne pas faire ceci, ne pas toucher, ne pas montrer, ne pas écouter son corps, l’étouffer au maximum afin de sauvegarder sa virginité. Par ailleurs, si elle a le malheur de ressentir la moindre sensation, cela n’est pas normal et elle est automatiquement traitée de vicieuse. De cette éducation, qui est transmise d’abord par les mères et ensuite par le discours ambiant (qui est très fort), la jeune fille retient que son corps est source de souillure, de problèmes... Et il peut être source de déshonneur. Cette éducation sexuelle la marque à tel point qu’elle n’arrive pas à assumer son corps et, par conséquent, à s’épanouir.

À la puberté, (qui équivaut à une grande crise chez la jeune fille), on lui dit que désormais elle va devoir faire encore plus attention car maintenant, elle peut procréer.

À l’école, pour celles qui ont la chance d’y aller, ce n’est guère mieux. Les cours de sciences ne commencent qu’au deuxième cycle, bien après l’âge de la puberté. Il est vrai qu’on y parle un peu des transformations du corps, mais cela reste toujours très théorique, toujours empreint de " h’chouma " et de pudeur. Tout cela fait que les élèves assistent plus à un cours de science-fiction qu’à autre chose. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a beaucoup de blocages, nécessitant la présence d’un professeur femme pour des élèves exclusivement filles. Le message aura plus de chance de passer même si, dans beaucoup de cas, les jeunes filles vont s’auto-censurer. Pour les garçons, cela est encore plus dramatique selon Soumaya Naamane-Guessous, parce qu’il n’y a pas d’interdits (sauf ceux, implicites, de ne pas toucher aux sœurs et aux cousines lorsqu’elles habitent le même foyer). Le discours des mères -les pères sont complètements absents- pousse énormément à la sexualité, le mythe de la virilité étant très présent. Alors, d’un côté les garçons sont implicitement encouragés à avoir des rapports sexuels, et de l’autre, les filles en sont complètement privées. Le garçon est du reste lui-même éduqué pour être le gardien du corps de ses sœurs.

Toujours selon notre spécialiste, la puberté, à cause de l’hypocrisie qui accompagne l’éducation sexuelle que l’on donne aux garçons est dans la grande majorité des cas, très mal vécue, encore plus que chez les filles. En effet, pour les filles, la puberté est mal vécue, mais le milieu féminin dans lequel elles vivent les aide énormément. Les femmes parlent, et même si la jeune fille ne reçoit pas d’explications directes, elle entend ce qui se dit autour d’elle et donc s’informe.

Par contre, le garçon est confronté à un silence total quant à l’évolution de son corps. Souvent, la mère ne sait pas expliquer, et un sentiment de honte bloque le dialogue. Le père, quant à lui, n’en parle jamais. Le garçon traverse donc une crise très forte dans la solitude et dans l’angoisse, sans que personne ne puisse répondre à ses questions. Le discours ambiant (celui de la rue, des copains...) devient alors la source d’information principale. Or, les hommes ne sont pas très sincères lorsqu’ils parlent de sexualité, et cela justement parce qu’ils sont victimes du mythe de la virilité. Face à ce qu’il entend, le jeune se retrouve donc en situation d’échec par rapport à son propre mécanisme sexuel. Il devra attendre d’avoir ses premiers rapports sexuels (qui généralement se passent avec des prostituées) pour savoir à quoi s’en tenir. Souvent, les premiers rapports se résument en des éjaculations précoces, tout simplement parce que l’adolescent n’est pas préparé, a peur et ne vit pas la relation dans un souci de qualité. Il n’y a que la quantité qui compte. Tout cela contribue à faire de l’homme quelqu’un de bestial pendant le rapport sexuel : ce n’est pas du tout l’affection qui est recherchée, ni la satisfaction de la partenaire, mais la performance et la crainte de ne pas pouvoir assumer la virilité dans laquelle il est enfermé.

Les conséquences de ce modèle d’éducation sexuelle

Soumiya Naamane-Guessous, après enquête, s’est rendu compte que beaucoup de femmes marocaines se plaignent du manque d’affection et du manque d’expression de l’amour chez l’homme.

Ainsi, cette éducation sexuelle fait que le garçon ne se sent presque jamais concerné par l’acte sexuel, ni par une éventuelle grossesse. Les mères n’apprennent pas à leur fils d’abord à se protéger contre les maladies sexuellement transmissibles (qui sont un véritable danger), ensuite que lors d’un rapport sexuel, il y a deux personnes : une fille et un garçon qui, au bout du compte, peuvent avoir un enfant. La preuve, quand une jeune fille se retrouve enceinte, combien de fois n’avons-nous pas entendu : " le pauvre, il s’est fait piéger par les effets maléfiques de la séduction féminine... " Du coup, la jeune fille se retrouve complètement abandonnée, vouée à elle-même. Et bien-sûr, la seule à être condamnée par la société. Exclue, elle tombe généralement dans la prostitution. Lui, pauvre victime, il bénéficie de toutes les circonstances atténuantes possibles.

Quand les tabous s’en mêlent...

La plupart des tabous sont des interdits non formulés, ce sont des sujets dont on ne parle pas, des choses qu’on ne fait pas. Comme par exemple, parler d’acte sexuel avant le mariage. Ce sont des rapports interdits par l’Islam, donc on n’est pas censé savoir que cela existe. Et si on en parle, c’est reconnaître leur existence et peut-être même les encourager.

Un autre tabou, qui fait des ravages également, c’est celui de la puberté. Que ce soit pour les filles ou pour les garçons, les dégâts sur le corps, l’esprit et l’équilibre des rapports entre hommes et femmes sont énormes. S’il y avait une éducation sexuelle qui permette aux filles et aux garçons de vivre sainement, tout en comprenant d’abord l’évolution de leur propre corps puis de celui de l’autre, bien des erreurs seraient évitées. Ces ravages se ressentent jusqu’à la période de la ménopause pour la femme et de l’andropause pour l’homme (diminution de la puissance sexuelle chez l’homme, accompagnée parfois de troubles hormonaux, pouvant affecter l’humeur et/ou le physique, et qui se manifeste vers 47-48 ans). En effet, on ne compte plus les femmes qui, à l’âge de la ménopause quittent la couche conjugale. Le couple se fissure et le mari, dans certains cas, cherche à se remarier. Pourquoi la majorité des Marocains ne vivent-ils pas en couple jusqu’à la vieillesse dans l’harmonie et la sérénité ? Encore une fois, selon notre spécialiste, une des principales raisons est que l’éducation sexuelle est de très mauvaise qualité. Elle détruit la perspective d’une entente dans le couple à long terme.

Enfin, en règle générale, tout ce qui a trait à la sexualité est tabou. Les hommes et les femmes refusent d’en parler.

État des lieux

Les blocages idéologiques sont très forts, ce qui fait que l’éducation des jeunes n’a pas beaucoup changé.

La lueur d’espoir, c’est qu’il y a de plus en plus de couples constitués de jeunes qui ont fait des études. Généralement, lorsque la mère est lettrée, même si elle n’arrive pas à parler ouvertement à ses enfants, elle fait beaucoup moins de dégâts sur leur devenir qu’à l’époque des générations précédentes.

Dans l’élite intellectuelle, on assiste à une communication indirecte, implicite. Le père, pour faire passer le message auprès de son fils, peut, par exemple, en regardant la télé, l’air de rien, dire : " ah oui ! C’est le sida, alors il faut vraiment se protéger ".

L’éducation sexuelle devrait, sans conteste, commencer à la maison ! Ne serait-ce que parce que dans ce domaine, l’information venant des parents est essentielle. Elle devrait passer par un dialogue constructif avec l’enfant ou l’adolescent, répondant à son besoin ou à son envie d’être informé. Aujourd’hui, on n’a plus le droit de faire comme si de rien n’était. Un tel échange est indispensable pour inciter et aider le ou la jeune à se protéger contre les risques ou les dangers auxquels il (elle) est exposé(e) : abus sexuel, grossesse non désirée, mais aussi maladies sexuellement transmissibles pouvant, dans certains cas, être mortelles, comme le sida par exemple.

L’école a également un rôle à jouer en éduquant les jeunes par le savoir. Les médias aussi devraient s’impliquer en véhiculant l’information, et pas seulement à l’occasion de la journée du sida.

Les chiffres sont là, 48 % de la population marocaine est rurale. Il reste encore beaucoup à faire !

Source : lamarocaine.com

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