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La condamnation de 14 jeunes accusés de « satanisme » suscite une vive controverse

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9 mars 2003 - 17h44 - Maroc

La condamnation par le tribunal de Casablanca (100km au sud de Rabat) de 14 jeunes amateurs de musique « heavy metal » à des peines de prison ferme pour « atteinte à la religion musulmane » suscitait vendredi de vives réactions dans la presse et la société marocaine

Poursuivis pour « dégradation des moeurs, incitation à la débauche et actes attentatoires à la religion musulmane », les 14 jeunes gens, âgés de 22 à 35 ans, ont été condamné jeudi soir par le tribunal de Casablanca à des peines de un mois à un an de prison ferme.

Présentés par l’accusation comme « adorateurs de Satan », les inculpés, qui encouraient jusqu’à trois ans de prison ferme, fréquentaient le café « l’Egyptien » de Casablanca et ont en commun d’être amateurs ou musiciens de musique « heavy metal ».

A l’audience, le procureur du roi avait tenté de justifier leur placement en détention depuis le 14 février en raison de certains objets saisis au domicile des prévenus et présentés comme « pièce à conviction » : des tee-shirts noirs, un serpent en plâtre, des représentation de têtes de morts, une guitare ou encore un cerveau en latex.

« On reproche simplement à mes clients le fait d’écouter de la musique et de porter des tee-shirts noirs », avait déploré à l’audience Me Mahfoud Billah, avocat de la défense, qualifiant cette procédure « d’inique ».

Alors que le jugement a été accueilli par des cris et des larmes des familles des jeunes prévenus, tous sans antécédents judiciaires, la presse marocaine a dénoncé un jugement « absurde » et « liberticide ».

« Un verdict satanique », titre « Aujourd’hui le Maroc », qui y voit « une atteinte à la liberté d’expression », « Scandaleux » titre à la une « L’Economiste » qui estime que « l’opinion publique est choquée ».

Depuis l’arrestation des jeunes gens dans cette rocambolesque procédure, de nombreux intellectuels ont dénoncé dans les journaux marocains « un dangereux dérapage sécuritaire » qui serait une concession aux nombreux appels à la censure contre les « actes attentatoires à l’Islam » lancés par la puissante mouvance islamiste dont le Parti de la justice et du développement (PJD) qui a fait une percée au Parlement lors des élections législatives de septembre 2002.

« La liberté est en danger, la privation de la liberté de ces jeunes gens, leur devenir et la détresse de leurs parents sont les nôtres » réagi ainsi vendredi, dans les colonnes de « L’Economiste » l’écrivain à succès Rida Lamrini.

« Les inquisiteurs vous traquent », estime pour sa part l’hebdomadaire « Tel Quel », qui estime que l’Etat marocain fait « de la surenchère idéologique » pour tenter de répondre à la pression des islamistes. « Le système devient fou », conclut l’hebdomadaire connu pour ses positions progressistes

source : AFP

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