"Le FIS de la haine" ou comment les intégristes prennent en otage une société

- 12h13 - Maroc - Ecrit par :

La société algérienne a besoin d’une sorte de psychanalyse sociale qui aille jusqu’au bout d’elle-même, vérifie ses paramètres, corrige ses hypocrisies, développe sa rationalité, en un mot émerge du chaos mental pour mieux maîtriser le monde du soi et le monde de l’autre. Il n’y a pas mille chemins pour cela mais un seul : dire et se dire la vérité, en finir avec les faux-semblants, les faux-fuyants, les mutismes névrotiques.

Cette perversion sociale est le vrai chancre car elle a tout brouillé : l’économie, la culture, les moeurs et la vie, tout court. Longtemps et encore aujourd’hui certains intellectuels maghrébins pensaient et pensent que la folie est une maladie occidentale et que la psychiatrie est inutile dans ce type de société ! Idéalisme naïf et puéril de gens qui souffrent toujours de ce complexe du colonisé, à rebours. Car dans une telle attitude, il y a non seulement le mépris de l’Occident d’une manière intégriste, mais le refus de l’esprit scientifique tout court qui exige que toutes les causes aient toujours les mêmes effets. Vérité simple pourtant et si difficile à cristalliser dans le mental maghrébin. Ces intellectuels sont fascinés par l’intégrisme musulman. Ils éprouvent une haine globalisante et stupide de l’Occident et aspirent à s’en démarquer culturellement et politiquement. Mais l’Occident n’est pas un tout. C’est un ensemble d’éléments dans lequel nous pouvons puiser le meilleur et y laisser le pire.Certaines Algériennes, par exemple, portent le hidjab tout en combattant violemment l’intégrisme. Il s’agit là d’une contradiction, certes secondaire, mais d’une contradiction quand même. Car si l’Occident n’est pas un tout mais un ensemble, la modernité ne se subdivise pas. Elle est à prendre entièrement ou à laisser entièrement. La modernité, c’est-à-dire une forme d’intelligibilité qui permet la lecture du réel dans sa complexité, qui permet de maîtriser et soi-même et le monde.

Certes l’Occident est haïssable par certains de ses côtés, mais il est formidable par certains de ses aspects, aussi. C’est lui qui actuellement maîtrise merveilleusement bien la grande aventure de la science, de l’art et de la connaissance dont nous profitons. Ne pas rendre hommage à ces chercheurs, à ces savants et à ces artistes occidentaux de haut niveau et de grande qualité, c’est être chauvin et posséder un esprit étriqué et chagrin. Donc ces femmes qui veulent porter le voile pour ne pas singer les Occidentales manquent quelque part de perspicacité et de sincérité. Ce complexe du colonisé que nous portons comme un boulet doit être relativisé et remis sereinement en cause.

Se décomplexer est un acte essentiel pour y voir clair. Si l’Occident a été un pourvoyeur de colonialismes, de guerres, de rapines et de génocides, nous l’avons été, aussi ! C’est peut être à ce prix que progresse l’humanité ; qu’elle se mélange et qu’elle se métisse. Les Maghrébins le savent bien qui ont conquis l’Andalousie, l’ont fécondée et l’ont enrichie d’une civilisation hors du commun. Cela n’excuse en rien les grandes blessures de l’histoire, mais chaque attitude passéiste est un pas en arrière, une régression ou une stagnation des damnés de la terre que nous sommes. Il est vrai que le mépris de l’Occident pour ce qui n’est pas lui-même est une vérité criarde. Mais de quel Occident s’agit-il là ? Pas de l’Occident du fric et de l’exploitation, de la bêtise etde la presse à sensation, de la vulgarité et de la pornographie. Ce que nous revendiquons comme un patrimoine de l’humanité tout entière, c’est cet Occident de l’intelligence et du bon goût, de la créativité et du vrai humanisme non entaché celui-là de supputations politicardes et de : mises en scène rocambolesques. Nous revendiquons l’Occident savant, raffiné et lettré. L’Occident juste et honnête. Cet Occident-là est le nôtre sans complexe. Comme il revendique notre orientalité. A l’image de Goethe, de Nerval et de Proust qui considéraient tous les trois que Les Mille et Une Nuits constituaient le premier vrai roman de l’humanité. A l’image de Matisse, de Klee et de Van Dongen, fascinés par l’Afrique du Nord qui leur a permis de révolutionner la peinture européenne A l’image de Le Corbusier qui prit dans l’architecture arabe et berbère (Mozabite, surtout) des leçons dans l’art de construire.

L’Occident n’a pas inventé le racisme. C’est I’humanité tout entière qui l’a sécrété. Nous aussi nous sommes racistes ! Parfois envers nos propres compatriotes noirs du Sahara. Parfois avec nous-mêmes. Souvent avec les juifs.

Libération ( Casablanca)

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