Le roi à ses ministres : "Vous êtes des incompétents ..."

- 14h54 - Maroc - Ecrit par :

La colère contenue du Roi était plapable depuis longue date. Les derniers discours avaient donné le ton. "Vous êtes des incompétents ...à l’exception de quelques ministres". Ce serait en substance les propos tenus par le Roi Mohammed VI lors du conseil des ministres du jeudi 22 avril.

Une semaine plus tard, la foudre royale laissait place à l’humiliation : les ministres convoqués au Palais se verront renvoyer, le Roi ayant décidé in extremis d’annuler la réunion du conseil. La colère royale est un signe : elle pourrait traduire l’impatience du Monarque face à l’incapacité de ses troupes de donner corps aux grandes orientations dictées par le Palais. Mais en ont-ils seulement les moyens ?

La colère contenue du Roi était plapable depuis longue date. Les derniers discours avaient donné le ton. Menacé, régulièrement accusé ("Nous tenons à rappeler la mise en garde, déclarait le Roi lors de la dernière rentrée parlementaire, que Nous lançons contre l’irresponsabilité et la mauvaise gestion même de la part d’un élu ayant obtenu une forte majorité"), le corps politique n’en baissait pas moins la tête à chaque sermon, laissant passer l’orage. Résultat, en a conclu le Souverain lors du dernier conseil des ministres : "Les promesses faites ne sont pas tenues". Mais la faille réside justement là et dépasse de loin la question de la compétence gouvernementale. Le mode de gouvernance de la nouvelle ère n’a pas su libérer ni même impulser d’energies créatrices. Le problème, c’est qu’aujourd’hui elle les tétanise.

La gestion de la catastrophe d’Al Hoceïma l’a illustré. Durant trois jours, aucun membre du gouvernement ne s’est rendu sur place. On pourrait leur en jeter la pierre. Mais l’annonce par un conseiller, quelques heures après le drame, du déplacement du Roi sur les lieux a fait comprendre aux membres du gouvernement que personne, ni même le Premier ministre, ne pouvait le précéder. Dans l’architecture du pouvoir marocain aujourd’hui, qui oserait prendre une initiative ? Là est la vraie question.

Et l’iniative n’est pas seulement tactique, elle est aussi stratégique. Le Roi exprime sa volonté. Au gouvernement ou conseillers d’alimenter sa réflexion en termes de faisabilité, comme de suivi des dossiers. Si du doigt les problèmes ont été pointés (justice, habitat), les réponses apportées ne sont pas adéquates. Et pourtant, elles sont validées. L’urbanisme en est l’exemple le plus frappant. Où réside le problème de la crise de logements et donc de la prolifération de l’habitat anarchique, considéré à juste titre comme un facteur de désintégration du tissu social marocain ? Est-ce le non respect de la réglementation, en particulier anti-sismique (comme le laisse supposer la récente loi), ou l’archaïque réglementation héritée du Protectorat français et qui paralyse le développement des villes, entraînant une spéculation où beaucoup trouvent leur compte, ou encore l’héritage de la gestion locale version Basri et les forces conservatrices qui en découlent ? Le ministère de l’Habitat n’a pas les compétences pour s’atteler convenablement à une question qui continue à se gérer dans les coulisses du ministère de l’intérieur, un ministère pétri de réflexes conservateurs. Y a-t-il seulement quelqu’un au pouvoir aujourd’hui pour évoquer cela ?

Si le Roi doit régner et gouverner, les passerelles tissées avec l’ensemble de la composante du pouvoir doivent être solides.
Aujourd’hui, seuls les ministres de souveraineté ont un accès direct au Roi. Pour les autres, Driss Jettou devrait être le pont. Or celui-ci a été rompu : il est de notoriété publique que le Premier ministre n’a plus l’écoute du Roi. De plus, les conseillers politiques, qui par le passé consultaient régulièrement les ministres ,permettant ainsi de faire des rapports détaillés, ont été mis de côté. Et la jeune génération n’ a pas créé sa propre classe politique.

D’autant que le mépris à l’égard des politiques marocains affiché par les hommes du Roi risque de finir par coûter cher au Palais. Leur instrumentalisation grossière lors des élections communales (avec le jeu des alliances improbables), le départ par la petite porte de A. Youssoufi, la condamnation régulière et publique des partis poliques ont fini par les décrédébiliser. Mais, finalement, cette stratégie a fait perdre au pouvoir des alliés de poids. D’ailleurs, aujourd’hui dans les couloirs du Parlement, les politiques, amers parce que méprisés, attendent de voir. Or c’est eux , par le biais de leurs ministres justement, qui doivent être dans cette forme de gouvernance, le relais vers les bases, des impulsions royales. Mais ils doivent surtout être les intermédiaires attentifs entre les aspirations d’un peuple que plus personne n’écoute et le haut de la pyramide. Qui d’autre sinon ? Car, finalement, il n’existe aucune structure parallèle capable de donner corps à la volonté royale. S’en prenant aux ministres, c’est finalement révéler au grand jour l’incapacité de ce fameux gouvernement de l’ombre à prendre le relais.

Le Journal Hebdomadaire

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