Les Européens déplorent l’éclatement du marché maghrébin

- 19h37 - Monde - Ecrit par :

« La fermeture des frontières terrestres entre deux pays aussi importants que l’Algérie et le Maroc est quelque chose d’insensé en 2003".

Le processus de l’intégration euroméditerranéenne bat de l’aile depuis son lancement en grande pompe à Barcelone en 1995. Un forum de ministres, de décideurs économiques et d’experts tente à Barcelone même de chercher ce qui, dans le Maghreb, retarde le décollage économique attendu. Premier constat, le marché uni du Maghreb est une urgence historique.

A entendre M. Philippe Colombani, de l’Institut français des relations extérieures, il y a, « par la force des choses », des raisons d’espérer dans un avenir de l’espace euro-maghrébin. Pour inaugurer les travaux d’un second Forum nord-africain des affaires et du développement au parterre fort relevé, tenu à Barcelone mardi et mercredi derniers, il a évoqué une récente étude de son institut, où le scénario d’un développement de la zone Europe, même élargi à l’Est, sans intégration de la zone Maghreb, verrait le poids de l’Europe, aujourd’hui proche des 30% du PIB mondial, descendre à 12% en 2050. Pourquoi ? En gros, à cause d’une courbe démographique défavorable.

Dans le même temps, l’économie des pays du Maghreb assurerait un taux de croissance légèrement supérieur mais largement insuffisant pour opérer un rattrapage du niveau de vie dans l’Union européenne à l’horizon 2050. « Nous avons travaillé sur un scénario où l’Europe pèserait encore 20% du PIB mondial en 2050 et nous avons étudié ce qu’il fallait faire pour cela » : il faudra pour cela, entre autres conditions, aider le Maghreb, future source de compensation de la dénatalité européenne, « à assurer une croissance forte en élevant énergiquement la productivité du travail de ses entreprises ».

Voilà les destins scellés entre les deux rives de la Méditerranée Ouest. Le Nord aura besoin de travailleurs et de dynamisme natal, le Sud de capitaux et de savoirs techniques. Il était important de l’entendre d’emblée, car la suite des interventions durant la première journée s’étendra bien plus sur « les ruines du processus de Barcelone », ce grand dessein d’intégration régional porté au monde ici, dans cette ville magnifique de Barcelone en 1995, et qui attend, huit ans plus tard, de pouvoir compter ses premiers succès.

Au coeur du problème, les accords d’association signés par chacun des pays du Maghreb central avec l’UE n’ont pas provoqué le rush attendu d’investissements directs étrangers (IDE), en particulier d’investissements européens. « En valeur absolue, les IDE ont doublé au Maghreb entre la première moitié des années 90 et la seconde, mais, déplore le professeur Lehmann, de l’Institut d’économie politique de Lausanne, la part mondiale des IDE que reçoivent les pays du Maghreb a elle, par contre, baissé de 1.4% à 0.7% ». Le Maghreb est une zone peu attractive des investissements étrangers.

La Chambre de commerce de Barcelone et l’Institut européen de la Méditerranée, basé dans la même ville, ont leur idée sur les raisons. Ils ont choisi, pour intituler ce second Forum nord-africain des affaires et du développement, « Accroître l’investissement privé : la clé pour accélérer la croissance au Maghreb ».

L’Algérien Karim Djoudi, ministre délégué à la Participation et à la Promotion des investissements, le Marocain Mustapha Mechahouri, ministre du Commerce extérieur, et le Tunisien Hamouda Hamdi, secrétaire d’Etat au Développement et à la Coopération internationale, trois membres de gouvernement de pays maghrébins, ont tenté - dès la première matinée et dans divers registres - de rappeler que leurs pays ont fait « loyalement » ce qui leur avait été demandé de faire en terme de réforme de marché : si les investissements étrangers demeurent aussi peu importants au Maghreb, ce n’est pas faute d’avoir essayé de les capter.

M. Théodore Ahlers, directeur du Maghreb à la Banque mondiale, a esquissé une explication à trois paramètres : les taux de change fixes qui ont comme conséquence de surévaluer la monnaie nationale, la faiblesse du système financier et la déficience de la gouvernance, notamment dans le respect des règles édictées. Un intervenant de la salle a fort judicieusement relevé que les investisseurs espagnols ont investi 30 fois plus en Argentine que dans le Maghreb ces dernières années, sans que l’on puisse dire que l’Argentine soit un exemple de bonne gouvernance ou de performance du secteur financier. La faiblesse des IDE au Maghreb restera donc un débat ouvert. Sauf si on venait à rappeler un peu de manière abrupte, comme l’a fait M. Jean-Louis Terrier, directeur du risque international en France, que le marché maghrébin, en l’état actuel de ses segments internes, est un petit marché. « Rendez-vous tout de même compte que la Tunisie, que nous vantons tant, équivaut en pouvoir d’achat au pôle Le Havre-Caen, pas plus ».

Le mot est donc lâché et les intervenants européens, PDG d’entreprises ou financiers institutionnels, n’ont pas cessé d’évoquer le manque à gagner provoqué par la panne historique de l’Union du Maghreb arabe (UMA). L’ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères espagnol, Miquel Nadal, a déclaré pour sa part, de son siège de président de séance, dans une session de l’après-midi, que « la fermeture des frontières terrestres entre deux pays aussi importants que l’Algérie et le Maroc était quelque chose d’insensé en 2003".

Cette taille critique de marché est aussi un obstacle au développement de l’investissement privé national dans les pays du Maghreb. Elle est loin d’être la seule. Une session du premier jour du forum a été consacrée aux architectures financières qui doivent accompagner le développement des PME dans les pays de la rive sud de la Méditerranée. Les intervenants ont relevé que les PME du Maghreb comptaient surtout sur leur fonds propres, « ce qui est une limitation à la croissance ». M. Hadj Nacer, ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, a sévèrement critiqué le MEDA, fonds de soutien financier à la mise à niveau des pays du Sud méditerranéen, selon lui « un plan Marshall à l’envers » parce qu’il sert à mettre les produits européens à la place de l’industrie de nos pays ». Il a proposé une architecture « sophistiquée » de l’encadrement financier des entreprises en fonction de besoins qui sont segmentés selon les pays et les activités. « Nous n’avons pas tant besoin d’argent que d’instrument afin de transformer l’argent qui existe déjà dans la région ».

Le Quotidien d’Oran

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