Les Marocains frappés par le durcissement de la politique migratoire française

- 00h44 - France - Ecrit par : L.A

Rafik Abchir, scolarisé à l’école primaire, a dû, le 27 juin dernier, est bien surpris. Plus d’une cinquantaine de personnes s’étaient rassemblées devant son école de Toulouse (sud-est de la France) pour manifester leur soutien à sa mère et lui-même, menacés d’expulsion. La mère, Zakia Abchir, est arrivée du Maroc avec Rafik en 2002 pour rejoindre le père, un chauffeur vivant à Toulouse depuis 20 ans et titulaire d’une carte de séjour. La famille Abchir compte deux autres enfants plus jeunes nés en France. Pourtant sa demande de regroupement familial a été rejetée.

De tels cas se sont multipliés dès lors que Nicolas Sarkozy a émis une circulaire demandant aux préfectures d’expulser les étrangers en situation irrégulière. Ce sont les expulsions d’enfants qui ont le plus choqué l’opinion publique française : le Réseau Education Sans Frontière (RESF) s’est constitué pour veiller à empêcher les expulsions d’enfants, manifestant devant les écoles et préfectures, gardant les enfants en cas d’arrestation des parents. Avec succès : le 31 octobre 2005, Nicolas Sarkozy est contraint de publier une autre circulaire, dans laquelle il accorde un sursis aux parents d’enfants scolarisés, le temps de finir l’année scolaire. Un sursis qui a pris fin le 30 juin, date où les expulsions ont repris de plus belle. Un lycéen marocain de 19 ans, Abdallah Boujraf, installé en France depuis l’âge de 14 ans, a été renvoyé vendredi 7 juillet au Maroc malgré la mobilisation du Réseau Education Sans Frontières. Abdallah avait rejoint en France son père qui y travaillait depuis 26 ans avec une carte de résident. Mais il n’entrait pas dans les catégories établies par la circulaire : l’arrivée en France avant l’âge de 13 ans ou l’absence de lien avec le pays dont il a la nationalité.

Mohamed Boudabouz, un père de famille marocain, dont les quatre enfants sont scolarisés dans le Gard (sud), a été expulsé le 15 décembre par avion au départ de Casablanca. Arrivé en France en 1982, avait fini de purger une peine de près de 13 ans de prison pour trafic de stupéfiants fin novembre. A sa sortie de détention, il avait été arrêté par la police Aux frontières, ses papiers n’ont pas été renouvelés et il a été expulsé, a raconté sa femme, également marocaine et vivant en France depuis 30 ans. Leurs quatre enfants, deux filles et deux garçons âgés de 13, 12, 6 et 3 ans, sont scolarisés à Bagnol-sur-Cèze dans le Gard, a précisé le Réseau Education Sans Frontières.

"Mon mari a passé 12 ans et 9 mois en prison, il a payé et on le refait payer une deuxième fois, et nous avec...mes enfants sont désespérés, a déploré Fatia Boudabouz. Son aîné qui a eu 13 ans en septembre vient d’acquérir la nationalité française, a-t-elle précisé. Le cas de Fatéma Charbi, jeune lycéenne, expulsée en novembre dernier à 6 mois du bac, est devenu célèbre. Fatéma est arrivée en 2000 en France, pour rejoindre son père. En 2006, accédant à la majorité, Fatéma a fait une demande de carte de séjour. Celle-ci lui a été refusée, au motif que son père, dont l’unique revenu est une pension d’invalidité, ne peut plus prendre en charge sa fille.

Recevant en juin un arrêté de reconduite à la frontière, elle a décidé de passer outre et effectue sa rentrée en septembre 2006, normalement. Mais le 26 octobre, pendant les vacances de la Toussaint, elle est convoquée au commissariat. Elle s’est alors retrouvée jetée menottée dans un avion pour Casablanca, sans même avoir pu alerter qui que ce soit.

LIbération - Antony Drugeon

  • France : Expulsion d'un père de famille marocain

    Un père de famille marocain, dont les quatre enfants sont scolarisés dans le Gard, a été expulsé vendredi du territoire français.

  • Marseille : Expulsion d'un Marocain victime d'une double peine

    Un père de famille marocain, dont les quatre enfants sont scolarisés dans le Gard, a été expulsé vendredi par avion au départ de Marseille-Provence à Marignane et à destination de Casablanca.

  • Fatima Charbi : Une autre victime de Sarkozy

    « Je n'espère qu'une chose dans ma vie : que le cauchemar que je suis en train de vivre finisse pour que je puisse rentrer en France continuer mes études. » À travers ce cri du cœur, Fatima Charbi, les larmes aux yeux, garde espoir malgré tout. « C'est impossible que la France, pays des Droits de l'Homme, puisse ainsi gâcher ma vie », pense-t-elle à haute voix.

  • Montluçon : laissez Fatima passer son Bac !

    « Au secours ! Ne m'oubliez pas ! J'ai toujours besoin d'aide ». Voici en vrac le message essentiel que veut faire passer Fatima Charbi à tous ceux qui peuvent l'aider ou contribuer à résoudre sa crise.

  • France : +55% de titres de séjour délivrés en 2006

    L'Agence nationale des étrangers et des migrations a souligné que le nombre de titres de séjour délivrés en 2006 en France pour des liens personnels et familiaux a augmenté de 55 pc par rapport à 2005 et concerne 22.041 personnes.

  • Toulouse : chaîne humaine contre l'expulsion d'une marocaine

    Quelque 250 parents, enfants et enseignants ont symboliquement formé une chaîne humaine autour d'une école primaire de Toulouse (Sud-Ouest de la France), mardi matin, pour dénoncer l'expulsion programmée d'une mère d'élève d'origine marocaine.

  • Elèves sans papiers : le « coup » de la circulaire Sarkozy

    C'est la radiographie d'une « triste farce » que livre aujourd'hui la Cimade (service oecuménique d'entraide, qui se consacre à l'accompagnement des étrangers). Le titre du rapport qu'elle consacre à « la circulaire du 13 juin 2006 relative à la régularisation des familles étrangères d'enfants scolarisés » est éloquent : « De la loterie à la tromperie ».

  • Un marocain expulsé, autorisé à rentrer en France pour être régularisé

    Un Marocain sans-papiers de 42 ans, expulsé en février 2006, a finalement pu rentrer en France dimanche grâce à un visa de court séjour accordé par le consulat français à Rabat sur ordre du ministère des Affaires étrangères, afin qu'il régularise sa situation.

  • France : Les papiers de vos parents, s'il vous plaît !

    Lorsque Nicolas Sarkozy relie identité nationale et immigration, lorsque les discours s'emballent et la méfiance affleure, plusieurs millions de Français pensent sans doute à l'histoire tourmentée de leur famille. Selon Guy Desplanques, chef du département de la démographie de l'Insee, environ 10 % des personnes qui naissent chaque année en France ont deux parents nés à l'étranger. Depuis les années 1960, ce chiffre a parfois varié - il atteignait 12 % à la fin des années 1970, il est tombé à 9 % en 2003 -, mais il permet de saisir l'ampleur de cette France venue d'ailleurs.

  • France : Ils empêchent d'expulser les écoliers Sans-papiers

    Partout en France, des citoyens refusent de fermer les yeux sur la reconduite de familles entières. Un mouvement qui va compliquer la tâche du candidat Sarkozy. « Nous allons installer des tentes devant le tribunal administratif ! » Catherine Tourier, de Réseau Éducation sans frontières à Lyon, ne plaisante même plus.