Les quadras du business : la génération Mohammed VI

- 10h27 - Maroc - Ecrit par :

On l’appelle « la génération Mohammed VI ». A l’instar de leur jeune souverain, ces brillants entrepreneurs et dirigeants de 35 à 45 ans incarnent le nouveau Maroc, résolument tourné vers l’avenir.

A son retour des Etats-Unis, au début de l’été dernier, Toufik Ibrahimi, 43 ans, n’a pas eu le temps de souffler. Il avait à peine bouclé son master à la John F. Kennedy School of Government, à Harvard, que le roi Mohammed VI lui confiait la barre de la Comanav, la compagnie publique de transport maritime. Mission : remettre à flot cette entreprise qui prend l’eau, avant de la préparer à une future privatisation.

« L’entreprise marocaine est en train de se mettre en ordre de bataille pour la mise à niveau »

C’était le 2 août 2001. Le même jour, quatre autres jeunes et brillants sujets ont été propulsés à la tête d’entreprises ou d’institutions publiques : Dounia Taarji, 37 ans, seule femme en lice, ancienne de l’Ecole supérieure de commerce de Paris, au Conseil déontologique des valeurs mobilières ; Mustapha Bakouri, 37 ans, ingénieur des Ponts, à la Caisse de dépôt et de gestion, clone de la Caisse des dépôts et consignations ; son camarade de promotion Karim Ghellab, 35 ans, le benjamin, à l’Office national des chemins de fer ; Majid Kaissar El Ghaib, 43 ans, diplômé de Centrale Lyon et titulaire d’un doctorat du Massachusetts Institute of Technology, à l’Office national des pêches. Commentaire du quotidien L’Economiste du lendemain : « L’entreprise marocaine est en train de se mettre en ordre de bataille pour la mise à niveau. » Avec, dans la ligne de mire, la date fatidique de 2010 et la levée des barrières douanières qui entravent encore les échanges du Maroc avec l’Union européenne - à l’exception des produits agricoles et des services. « Les jeunes sont un contrepoids à l’immobilisme politique du gouvernement, analyse Nabil Bayahya, directeur de l’activité conseil du cabinet Masnaoui Mazars, à Casablanca. Les réformes qui s’imposent dans les entreprises publiques et les administrations nécessitent la maîtrise des nouveaux concepts de management, qui croisent organisation, systèmes d’information et e-business. »

Dernier coup de jeune en date, la nomination par le roi, le mois dernier, de Bassim Jaï Hokimi, X-Télécoms de 42 ans, à la tête de l’Omnium nord-africain (ONA), le premier groupe privé marocain. Une décision qui a fait grincer bien des dents. « Mourad Chérif, son prédécesseur, est peut-être quinquagénaire, mais il faisait de l’excellent travail, tempête un observateur (quadragénaire). Gare au jeunisme ! Et gare à l’effet désastreux que produit l’intervention du palais dans la conduite des affaires privées, même si la famille royale est l’actionnaire de référence de l’ONA ! »

Quoi qu’il en soit, une nouvelle génération s’installe aux manettes du pouvoir économique, dans le secteur public comme dans les entreprises privées. C’est la génération Mohammed VI, leur jeune roi, en qui ils placent tant d’espoirs. Rejetons de familles aisées ou enfants de hauts fonctionnaires pour la plupart, boursiers pour certains, ils ont entre 35 et 45 ans et des curriculum vitae dorés sur tranche. Ils ont fréquenté les lycées français du Maroc, souvent, puis les grandes écoles françaises ou les universités canadiennes, avant, parfois, de peaufiner leur formation aux Etats-Unis. « Nous ne sommes pas représentatifs du Maroc », s’excuse presque Karim Zaz, 36 ans, X-Télécoms. Non, bien sûr. Mais ils en sont les meilleurs atouts économiques.

Certains ont retrouvé le Maroc dès la fin de leurs études, comme Chakib Benmoussa, 42 ans, X-Ponts et titulaire d’un master of science, aujourd’hui membre du comité exécutif de l’ONA et responsable du pôle boisson du conglomérat. « J’avais le sentiment de pouvoir apporter quelque chose à mon pays, qui fourmillait de projets de développement très stimulants. Et puis, à l’époque, les jeunes diplômés étaient moins courtisés que maintenant... » D’autres ont préféré faire leurs premières armes à l’étranger. Mais tous, un jour ou l’autre, ont cédé aux sirènes de leur terre natale - et aux pressions familiales. « Après avoir acquis une première expérience, arrive le moment du choix. Du choix de carrière et du choix de vie », résume le banquier Adil Douiri, 38 ans. L’envie d’être chez soi a été la plus forte, disent-ils. De renouer avec le soleil et la douceur de vivre de leur adolescence. D’apporter leur pierre à l’édifice du développement économique de leur patrie, également. « Et puis, on peut accéder plus rapidement à un niveau de responsabilité plus élevé », admet volontiers Toufik Ibrahimi. Même analyse du côté des créateurs d’entreprise. « Sur un marché comme la France, on a moins de chances qu’au Maroc d’être parmi ceux qui comptent », juge lucidement Saïd Rkaibi, patron de la société de distribution de logiciels Omnidata. Ce centralien de 40 ans, véritable serial entrepreneur, a déjà épinglé cinq créations et trois rachats d’entreprise sur son tableau de chasse.

Quelques-uns ont mis de longues années à retraverser la Méditerranée. Parti pour la France à 18 ans, Karim Radi Benjelloun, 42 ans, PDG de Distrisoft, y a passé... dix-huit ans. Docteur en biochimie et diplômé de gestion, il a travaillé dans l’industrie pharmaceutique, puis dans des sociétés de services informatiques, avant que l’américain Microsoft lui propose la direction de sa filiale marocaine. Il a craqué. « J’avais l’impression que j’allais faire bouger les choses, que je pouvais participer au changement. Au milieu des années 1990, les décideurs marocains n’avaient même pas de PC sur leur bureau et connaissaient à peine Microsoft ! »

« Depuis le départ de Driss Basri, l’ancien ministre de l’Intérieur, la vie associative explose », note Saïd Sekkat. A la frontière de l’engagement politique, parfois. C’est le cas de l’association Transparency, lancée en 1996 par Brahim Rachdi, un chef d’entreprise de 42 ans, pour lutter contre la corruption. Un fléau dans lequel 93% des chefs d’entreprise marocains voient un frein au développement, selon un sondage réalisé l’an passé. « La société civile, ces dernières années, s’est efforcée d’apporter des bribes de réponse aux préoccupations des citoyens, en agissant sur le terrain ou en interpellant le gouvernement, décrypte Brahim Rachdi. Mais ça ne peut pas être une alternative à l’action politique. »

Les jeunes dirigeants et entrepreneurs marocains, dans leur grande majorité, sont allergiques aux partis politiques. Même l’Alliance des libertés, le nouveau parti politique lancé par l’un des leurs, Ali Belhadj, fondateur de Maroc 2020, ne les séduit guère. Ils préfèrent miser sur l’action économique. « L’autre façon de militer, c’est de faire avancer son entreprise, d’agir sur son environnement et de développer les compétences de ses salariés », assure Saïd Rkaibi. Ahmed Rahhou, 43 ans, X-Télécoms, directeur général adjoint du Crédit du Maroc, a du mal à s’en convaincre. « On se sent impuissant et en situation d’échec face à trois enjeux majeurs pour le pays : l’éducation, la justice et la santé », regrette-t-il. Alors, pour se donner du cœur, pour ne pas céder au découragement et au doute qui, parfois, les assaillent, les quadras du business marocains répètent leur mantra favori : « Ça bouge, ça bouge... »

Source : http://www.lexpress.fr

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