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Maroc, le tournant économique

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27 mars 2007 - 00h06 - Economie

Pour cette enquête dédiée au tournant économique qui caractérise le Maroc aujourd’hui, La Nouvelle Tribune a délibérément choisi de privilégier les témoignages, analyses et points de vue des grands opérateurs, décideurs et analystes qui sont témoins et acteurs de ce hénomène. À côté donc de l’analyse et des commentataires strictement journalistiques, l’enquête en question accorde une très large place aux entretiens, afin de transcrire au plus près cette réalité économique nouvelle et positive.

La Nouvelle Tribune publie aujourd’hui un supplément au numéro 540 sous le thème : « Maroc, le tournant économique ». Cette enquête, exhaustive et dense, est partie d’un constat, celui des performances historiques de la Bourse des Valeurs de Casablanca en 2006 et du bas niveau des taux d’intérêts. Notre intention première était donc de réaliser une retrospective du marché des capitaux, mais il est vite apparu que l’analyse était faussée par la persistance d’excédents de liquidités structurels. Dans la quête des solutions pour la résorption de ces excédents, nous avons pu constater qu’en réalité un tel processus était déjà largement enclenché dans le cadre de l’économie nationale dont le moteur actuel est bel et bien l’investissement. Ce salut, car il convient parfaitement de le qualifier comme tel, vient de l’Etat, devenu investisseur et facilitateur de l’investissement.

Le Maroc va bien mieux en ce début de 2007, au terme de douze mois d’une croissance économique quasiment inégalée jusque-là et qui aura eu des impacts positifs en maints domaines. Le mouvement des réformes structurelles, les grands chantiers et les projets d’aménagement urbains, touristiques, hôteliers, ont en effet lancé la croissance, alors que le taux de chômage enregistrait une décrue très nette, que les exportations réalisaient des performances inégalées et que les recettes fiscales connaissaient une hausse induite par le dynamisme des entreprises publiques et privées.

Ces constats ne sont pas ceux d’une seule publication, aussi sérieuse soit-elle. Ils sont le fait du Gouvernement, des analystes étrangers, des banques d’affaires locales et occidentales, des institutions internationales, des investisseurs nationaux et étrangers, des organismes d’évaluation du risque pays, (Voir encadré), etc.

Ainsi, la Commission Européenne, tout dernièrement, conduisait avec le Ministère marocain des Affaires Étrangères un séminaire à Barcelone sur l’adoption pour le Maroc du statut de « Partenaire Avancé » de l’Union Européenne du fait de la qualité et de l’ampleur des progrès accomplis dans le champ des réformes politiques, économiques et sociales ces cinq dernières années. Elle propose donc, dans le cadre de la Politique européenne de Voisinage, une enveloppe financière de 654 millions d’euros sur la période 2007-2010 pour aider le Royaume dans sa politique de développement multisectoriel, ses réformes, sa mise à niveau en matière d’éducation, de santé, de respect de l’environnement.

Cette image d’un Maroc dynamique, qui va résolument de l’avant dans la voie de la démocratisation, de l’approfondissement de la réforme institutionnelle, du respect des droit de l’homme, est désormais inséparable de celle d’une croissance qui se pérennise et qui s’autonomise par rapport au PIB agricole ou aux recettes de privatisation. Les chantiers ouverts, aussi nombreux qu’importants, les nouvelles niches de développement, les investissements éloquents dans le tourisme, l’habitat social, l’aménagement urbain et territorial, les grandes infrastructures, prouvent que les bases d’une nouvelle économie sont aujourd’hui en place, nouvelle économie qui s’affirme de plus en plus.

Les composantes de la reprise économique en 2006

Quelques chiffres contribueront à étayer ce constat qui se nourrit d’abord d’un taux de croissance du PIB de 8,1 % en 2006, d’une relative maîtrise de l’inflation avec un taux de 3,3%, (Voir encadré sur l’inflation),) et d’une baisse du taux de chômage qui se situe désormais en deçà du seuil de 10% de la population active.
En effet, selon le nouveau système de la comptabilité nationale, le taux de croissance du PIB était de 7,6 % au terme des onze premiers mois de 2006 et de 8,1 % pour l’année entière, selon les dernières données officielles. (Voir encadré sur le nouveau mode de calcul du PIB et ses incidences).

Cette croissance est le résultat des bonnes performances du secteur primaire, du BTP, des industries manufacturières, des télécommunications et du tourisme. Et les dernières estimations du Ministère de l’Agriculture indiquent une production céréalière de 93 millions de quintaux en 2006.

Par ailleurs, on constate une sérieuse amélioration de l’emploi : + de 550 000 emplois créés au troisième trimestre 2006 profitant aux secteurs des services (63%), de l’agriculture (14%), du BTP(11%) et de l’industrie (10%).

Cette donnée a pour corollaire une baisse de 3,8 points de la population active en chômage et un recul du taux de chômage de 0,9 point : 10 % au troisième trimestre 2006 contre 10,9% un an auparavant.
Comme l’indiquent donc les dernières données conjoncturelles, la reprise de l’économie nationale paraît solide et se généralise à un grand nombre de secteurs, réduisant le poids du secteur agricole dans la croissance du PIB. En 2006, l’activité économique a enregistré des performances satisfaisantes, affichant une progression de 8,1% du PIB contre 2,4 % en 2005. Ce résultat a été possible grâce à la contribution de tous les secteurs de l’activité économique :

• La bonne pluviométrie enregistrée a permis au PIB agricole de bénéficier d’une excellente campagne céréalière, affichant un taux de croissance de 30,6 %. Sa contribution à la croissance du PIB se situerait à 3,8 points après avoir été négative en 2005 (-2,7 points).
• Le PIB hors agriculture fait apparaître une tendance haussière de l’ensemble des activités (+5%) à l’exception des secteurs miniers et de raffinage du pétrole.

En effet, le repli de la production de phosphate de 1,5 % à la fin septembre 2006, conjugué au recul de l’activité de raffinage à la fin août de 9,2 % affecté par la flambée des cours, a légèrement pesé sur la croissance du pays. Toutefois, l’activité industrielle s’est redressée grâce à une demande soutenue des entreprises, le secteur des bâtiments et travaux publics a poursuivi son dynamisme comme l’indiquent le rebond des crédits accordés par les banques à l’immobilier (+26,3 %) et la progression des ventes de ciment (+8,7 %).

Le secteur tertiaire a bénéficié des actions menées par les pouvoirs publics dans le cadre de la vision 2010, visant le renforcement de l’infrastructure touristique et la promotion du produit national à l’étranger. Les arrivées de touristes étrangers se sont ainsi affichées en progression de 15% par rapport à 2005.

Le secteur des télécommunications a emprunté la même tendance haussière en 2006 tirant profit du cadre légal et réglementaire mis en place par les pouvoirs publics pour assurer le développement du secteur. Les résultats publiés par l’ANRT font état d’une progression du parc des abonnés « mobile » de 24,2 % à la fin septembre pour s’établir à 14,9 millions.

La demande intérieure a également contribué à soutenir la croissance nationale, car en dépit de l’augmentation des prix à la consommation, (+3,2 %), les ménages ont vu leur pouvoir d’achat se raffermir grâce à la montée des revenus en milieu rural (du fait d’une bonne année agricole) et à la forte création d’emploi.

Le taux de chômage s’est nettement amélioré et a franchi à la baisse la barre des 10% pour s’établir à 9.9% au troisième trimestre 2006.
Tous ces facteurs ont concouru à améliorer l’attractivité de la destination Maroc et de facto les investissements directs étrangers, comme en témoigne le niveau des investissements qui totalisaient 21,7 milliards de dirhams à la fin octobre 2006 et plus de 30 milliards à la fin de l’année dernière.

Quand l’Etat y met du sien

Cette embellie économique a d’ailleurs trouvé son expression au niveau des Finances Publiques comme en attestent les indications fournies par le Ministère des Finances et de la Privatisation sur les onze premiers mois de l’année 2006.

On assiste, en effet, à la poursuite du bon comportement des finances publiques au terme des onze premiers mois. Celui-ci s’exprime notamment par les indicateurs suivants :

• Net accroissement des recettes fiscales : + 11,4MM.DH ou +12,6 %, (IS +27 %, TVA +19,4%)
• Stabilisation de la masse salariale
• Progression soutenue des dépenses d’investissement : +3,3 MM.DH ou 20,2 %
• Alourdissement des charges de compensation (11 MM.DH) : +2 MM.DH
• Déficit budgétaire : -2,4 Milliards de DH

Au terme de toute l’année : Le déficit budgétaire ne devrait pas excéder 3 % du PIB

Au niveau de la dette publique également, on note la poursuite de l’allégement du poids de la dette extérieure et la maîtrise du recours du Trésor au marché des adjudications :

• Baisse de l’encours de la dette extérieure : 65,6 MM.DH contre 69 MM.DH à fin 2005
• Progression maîtrisée de la dette intérieure (+7,9 MM.DH contre +31,5 MM.DH en 2005) et amélioration de son profil : répartie à hauteur de 64,7 % à long terme et de 30,2 % à moyen terme.

Compte tenu de ces évolutions, le ratio de la dette devrait baisser de plus de 4 points du PIB au terme de l’année 2006.

Comme le Premier Ministre, M. Driss Jettou, le soulignait devant la presse, la performance de 100 milliards de dirhams d’exportations à la fin de 2006 et la contribution de tourisme et des rapatriements de nos compatriotes résidant à l’étranger, respectivement 6 milliards de dollars et 5 milliards de dollars, une note d’optimisme caractérise désormais les évaluations et les perspectives de l’économie marocaine.

La forte croissance du PIB en 2006 révèle, en effet, une demande interne particulièrement dynamique, alors que la demande extérieure, notamment celle des principaux pays partenaires, continue de s’améliorer. Les exportations globales affichent une augmentation de 13,1% à la fin novembre 2006.

L’investissement poursuit également son évolution favorable reflétée par la hausse continue des importations des biens d’équipement (+13,4 %) et des crédits bancaires à l’équipement (+13,1%) ainsi que par l’accroissement de 26 % du nombre des certificats négatifs délivrés au terme des onze premiers mois de 2006, selon les données émanant de l’OMPIC.

Au niveau de l’offre, les données au terme des onze premiers mois de l’année dégagent des tendances globalement positives de l’ensemble des activités sectorielles.

Le secteur touristique continue d’afficher de bonnes performances comme en témoigne le taux d’occupation dans les hôtels classés qui a atteint 50 %, en amélioration de trois points par rapport aux onze premiers mois de 2005. Ce taux s’élève à 69 % à Marrakech et à 65 % à Agadir.

Cette évolution favorable du tourisme s’est traduite par une importante augmentation des recettes voyages qui, conjuguée à la nette progression des transferts des MRE, continue de compenser le déficit de la balance commerciale et permettre au compte courant de dégager un solde positif. Le taux de couverture s’est amélioré, se situant à 53,8 % contre 52,4 % un an auparavant. Cette évolution résulte d’une progression des importations de 10,1% et des exportations de 13,1%.
Au niveau des finances publiques, l’exécution de la loi des finances au terme des onze premiers mois de 2006 s’est soldée par un déficit budgétaire de 2,4 milliards de DH. Cette évolution recouvre une hausse de 9,3 % des recettes ordinaires et une progression maîtrisée de 1,6 % des dépenses globales.

Cette amélioration des recettes a concerné les recettes hors privatisation qui ont affiché une progression de près de 15 Milliards de DH ou 14,4% tirée par les recettes fiscales (+11,4 MM.DH ou +12,6 %) compte tenu des performances enregistrées aussi bien par celles tirées de l’IS (+4,5 MM.DH ou +27 %) et de la TVA intérieure (+2,5 MM.DH ou +28,6 %) et à l’importation (+1,7 MM.DH ou +13,1 %). Les recettes non fiscales hors privatisation s’inscrivent également en hausse de 4,7 Milliards de DH ou 47,9 %. Les recettes tirées des privatisations ont porté sur 2,3 Milliards de DH contre 6,9 Milliards de DH à la fin novembre 2005.

2007, de la même veine que 2006 ?

Ces performances remarquables de l’économie marocaine en 2006 ont clairement confirmé l’impression qui s’est installée ces derniers mois, celle d’un démarrage conséquent de la croissance et l’espoir que ce trend se poursuive et, surtout, se pérennise. En effet, malgré une pluviométrie plus chiche durant l’automne 2006 et les premiers mois de l’année en cours, les prévisions de croissance des pouvoirs publics sont néanmoins optimistes et tablent sur un taux autour de 5 % du PIB. Cette appréciation anticipative se base sur la poursuite des grands efforts d’investissements, notamment dans les secteurs du tourisme, de l’habitat et des grands travaux d’infrastructure. Elle comptera également sur la continuation du succès dont bénéficie le Royaume de la part des marchés européens émetteurs de touristes, mais aussi les performances exportatrices de l’économie nationale, notamment grâce aux nouvelles niches, (Zone Franche de Tanger, offshoring, industrie aéronautique) et la mise en route des premières installations de Tanger Med.

De même, les grands projets, (Centrale de Cap Ghir, SAMIR, Programme ONEP, ONCF, aménagement du Bou Regreg, etc), dont les financements peuvent atteindre plusieurs milliards de dollars chacun, continueront d’avoir un effet positif sur le tissu de la PME-PMI nationale. Dans cette évaluation prospective, un point noir cependant, celui de la ressource humaine alors que les premières tensions commencent à s’exprimer sur le marché de l’emploi où les lacunes de la formation sont de plus en plus perçues, notamment dans le secteur touristique, l’offshoring ou les NTIC.
Quoi qu’il en soit, la nouvelle économie marocaine existe bel et bien. Les articles, analyses et entretiens réalisés dans le cadre de » ce numéro spécial en attestent éloquemment.

En cette année d’élections législatives, alors que le Royaume commence à percevoir les premiers fruits de la nouvelle ère, il paraît donc indispensable que le mouvement initié depuis 1999 sous l’égide de SM Mohammed VI soit poursuivi. Les citoyens électeurs sauront, sans nul doute, le prouver le 7 septembre 2007…

Le risque Maroc amélioré

La COFACE, l’assureur crédit français qui garantit notamment un certain nombre d’opérations entre les entreprises françaises et leurs homologues marocaines, a publié le 27 janvier dernier le panorama mondial 2007 des risques à l’exportation. Et, malgré un certain ralentissement de la croissance économique mondiale attendu cette année, la COFACE ne reconsidère pas de façon drastique ses évaluations de 2006. 154 pays ont ainsi été passés au crible par les experts français et seuls dix-huit ont bénéficié d’une nouvelle notation, positive ou négative. Parmi ceux dont le rating a été amélioré figure le Maroc, aux côtés de huit autres, dont la Slovénie, la Bulgarie, le Mexique, le Brésil, la Colombie, le Cap-Vert et la République dominicaine.

Le nouveau mode de calcul du PIB et ses incidences

Le Haut Commissariat au Plan a mis en place une nouvelle base qui a corrigé le calcul du PIB pour la série de 1998 à 2003 et, plus récemment, jusqu’à 2005. Celle-ci montre, entre autres, que le chiffre de la croissance économique entre 2001 et 2006, base 1998, a été en moyenne de 5,3 %.

Dans l’ancien mode, la croissance de 2005 était de 1,7 %. Or, dans le nouveau mode, elle est de 2,4 %. Ce qui est important de relever, c’est que la croissance du PIB non agricole, qui était de 2,4% l’an auparavant, est en réalité de plus de 4% l’an depuis trois ans. Qu’il pleuve ou non, le PIB non agricole a acquis son autonomie. Pour 2007, les prévisions tablent sur une croissance du PIB à un taux de 5% au moins, même en cas de déficit hydrique ! Certes, la pluie a une incidence sur la demande, sur le monde rural, mais la dynamique économique est là, ainsi que la diversification des sources de la croissance. Par ailleurs, la correction du PIB a eu deux incidences. Le Budget s’est enrichi de 60 milliards de dirhams qui ne ressortaient pas avec l’ancien mode de calcul, mais surtout, un certain nombre de secteurs ont été valorisés de façon beaucoup plus substantielle qu’auparavant. De plus, le pays dispose de nouvelles sources de croissance et de revenus comme la Zone Franche de Tanger avec 5 milliards de dirhams d’exportations, l’offshoring, les industries aéronautiques, etc. Ces nouvelles niches de productivité et de création de richesses permettent d’être optimiste quant au maintien d’un rythme de croissance relativement élevé du PIB non agricole, à la pérennisation d’un environnement macroéconomique positif, qui correspond également à la fin de la dépendance envers les recettes de privatisation et traduit également l’autonomisation de la croissance par rapport à la pluviométrie.

Inflation, un taux de 3,3 % en 2006

À première vue, le taux d’inflation enregistré en 2006, 3,3 %, pourrait traduire une situation alarmante, mais dans un contexte de forte croissance de l’économie marocaine (+8,1 %, selon les dernières estimations), le niveau enregistré par l’inflation n’a rien d’inquiétant. Au contraire, la corrélation entre les deux statistiques est signe de bonne santé pour l’économie. Cette inflation de "croissance" trouve son origine dans quatre facteurs :

• le réaménagement de la TVA de plusieurs denrées alimentaires,
• l’augmentation des prix de certains services (en particulier ceux de l’eau et des transports),
• le retour partiel au système d’indexation des prix des produits pétroliers sur les cours internationaux,
• l’importation des biens d’équipement (40 milliards de Dh à fin novembre 2006).

Selon Bank Al-Maghrib, la tendance inflationniste devrait connaître une légère baisse en 2007. Les dernières estimations du Centre Marocain de Conjoncture tablent sur un taux de 2,1%. Ce dernier compte sur la réduction des coûts salariaux, suite aux départs volontaires des administrations et sur les orientations prudentes de la politique monétaire afin d’atténuer le réchauffement des prix. Cependant, certains facteurs pourraient contrecarrer ces prévisions, notamment les rentrées de devises assurées par les MRE, les recettes du secteur du tourisme de plus en plus abondantes, les exportations à tendance haussière.

La Nouvelle Tribune - Fahd Yata

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