Maroc : même l’État snobe le Médiateur

- 10h00 - Maroc - Ecrit par : Nadia El A.

Les Marocains sont toujours plus nombreux à solliciter le Médiateur du Royaume face à leurs difficultés avec les services publics. Mais une fois les dossiers transmis, certaines administrations tardent encore à répondre, au point de devoir être relancées plusieurs mois après leur première saisine.

Un citoyen conteste une décision, réclame un paiement ou attend l’exécution d’un jugement. Après avoir échoué à obtenir une réponse, il saisit le Médiateur du Royaume. Pourtant, le silence peut se poursuivre jusque devant cette institution chargée de défendre les usagers face à l’administration.

Sur Bladi.net : Les Marocains se plaignent moins, mais restent frustrés

En 2025, le Médiateur a adressé 1 304 lettres de rappel à des administrations qui n’avaient toujours pas répondu deux mois après avoir été sollicitées. Ce nombre progresse par rapport aux 1 158 rappels envoyés en 2024. Au total, 4 316 premières correspondances ont été adressées aux services concernés au cours de l’année.

Cette lenteur intervient alors que les Marocains n’ont jamais été aussi nombreux à chercher l’aide de l’institution. Le rapport annuel 2025 du Médiateur du Royaume recense 9 958 dossiers, contre 7 948 un an auparavant, soit une augmentation de 25,29 %.

Tous ces dossiers ne constituent toutefois pas des plaintes. Le total comprend 6 770 doléances relevant des compétences du Médiateur, 3 157 demandes d’orientation vers la procédure ou l’organisme compétent et 31 demandes de règlement amiable. Le nombre de doléances a plus que doublé depuis 2019, année durant laquelle 3 339 dossiers avaient été enregistrés.

Même le Médiateur doit relancer

Les problèmes d’argent arrivent en tête des motifs de contestation, avec 2 528 doléances. Ils sont suivis par les difficultés administratives, qui représentent 2 387 dossiers. Les conditions d’accès aux programmes sociaux ont généré 623 plaintes et les litiges fonciers 544 autres.

Le rapport recense également 337 doléances liées à la non-exécution ou au retard d’exécution de jugements rendus contre l’administration. Dans ces situations, le citoyen a parfois déjà obtenu gain de cause devant la justice, mais doit engager de nouvelles démarches pour que la décision soit effectivement appliquée.

Le ministère de l’Intérieur arrive en tête des secteurs concernés avec 1 918 dossiers. Il devance la Justice, avec 1 421 dossiers, et l’Économie et les Finances, avec 1 288. Les collectivités territoriales totalisent pour leur part 674 dossiers, devant la Transition énergétique, l’Éducation nationale, la Santé et plusieurs organismes publics.

Pour débloquer les situations les plus complexes, le Médiateur a programmé 767 séances de recherche et d’investigation, dont 690 ont effectivement été organisées. L’institution a également rendu 5 696 décisions en 2025.

Parmi les dossiers financiers examinés, 768 ont abouti à une décision de règlement. Dans les affaires administratives, 495 règlements ont été prononcés. Ces résultats montrent que l’intervention du Médiateur peut aboutir, mais également que de nombreux citoyens doivent parcourir un long chemin avant d’obtenir une réponse ou la régularisation de leur situation.

Sur Bladi.net : Le Maroc vit une mutation historique dans la façon de divorcer

La hausse des plaintes peut traduire une meilleure connaissance du rôle du Médiateur. Elle révèle aussi la persistance de blocages très concrets : décisions sans explication, sommes non versées, documents retardés, jugements non exécutés ou accès refusé à certains programmes sociaux. Plus inquiétant encore, l’institution chargée de rétablir le dialogue doit parfois elle-même attendre et relancer l’administration.