Le Maroc vit une mutation historique dans la façon de divorcer
Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) vient de publier son rapport 2024 sur les divorces au Maroc. Le document révèle que près de 97 % des divorces se font à l’amiable, signe d’une profonde évolution des mentalités et des pratiques sociales dans le royaume.
Au Maroc, il y a de moins en moins de dissolution judiciaire du mariage (taṭlîq) que d’affaires de divorce (ṭalâq) par consentement mutuel. En 2024, les tribunaux marocains ont enregistré 40 214 affaires de divorce, contre 40 028 l’année précédente, en hausse de 0,5 %, selon le rapport du CSPJ. Dans le même temps, le nombre de jugements rendus a baissé de 4,2 %, passant de 42 546 à 40 771. Les dossiers revenus après tentative de conciliation ont également reculé de 5,7 %.
À lire : Divorce au Maroc : pourquoi tant de femmes repartent sans rien
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 96,83 % des divorces enregistrés en 2024 sont des divorces par consentement mutuel, soit 38 858 cas sur 40 214. Pour les autres formes de divorce, on compte 1 217 divorces avant consommation du mariage (+12,9 %), 45 divorces révocables (– 37 %). Ces données montrent que les couples marocains optent de plus en plus pour un divorce à l’amiable, avec l’accompagnement de la justice.
À lire : Maroc : appel à renforcer le mariage et à réduire les divorces
En 2024, 107 681 dossiers de dissolution judiciaire du mariage (taṭlîq) ont été enregistrés, contre 111 140 en 2023, soit une baisse de 3,1 %. Le taṭlîq pour discorde (chiqâq) représente à lui seul 97,4 % de ces affaires. Au total, en additionnant divorces et taṭlîq, le Maroc a enregistré 147 895 affaires de rupture conjugale en 2024, contre 151 168 en 2023, dont 73 % de taṭlîq, soit trois fois plus que le divorce classique qui ne représente que 27,2 % des dossiers.
À lire : Divorces au Maroc : Une tendance inquiétante à la hausse
Malgré cette préférence au règlement amiable, certaines difficultés persistent, note le CSPJ, relevant des obstacles liés aux procédures de notification et de comparution, particulièrement dans les cas de taṭlîq pour absence ou refus de reprise de vie commune. Ces problèmes procéduraux rallongent les délais de jugement, même si la digitalisation de l’administration judiciaire est en cours. Selon le Conseil, la tendance au règlement amiable va se poursuivre, portée par le développement de la conciliation et de la médiation dans la justice familiale marocaine.