Maroc : l’explosion du célibat

- 11h35 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

« Célibattants, célibattantes », comme disent les magazines, vous êtes de plus en plus nombreux et vous comptez de plus en plus dans le paysage marocain. C’est le HCP (Haut-Commissariat au Plan) qui le dit, selon le recensement 2004.

Par exemple, il y a trois fois plus de femmes qui finissent leur vie féconde célibataires qu’il y a dix ans !
Ce n’est un secret pour personne, on se marie de plus en plus tard : les filles à 27 ans et les garçons à 31. Plus impressionnant : chez les 15-34 ans, le taux de célibat a été multiplié par 2,6 en trente ans. Et chez les femmes, il a été multiplié par... 4,6 ! Ce sont des moyennes évidemment. Il existe encore des endroits, comme dans la région de Taounate, où la « norme » veut que l’on marie les filles à 15 ans, malgré les conditions restrictives de la Moudawana pour marier un mineur . Tout comme il y a apparemment de plus en plus de Marocains qui rechignent à se marier. Classique avec l’évolution des modes de vie, une urbanisation importante, et une tendance à l’individualisation des comportements (surtout dans les grandes villes). Aujourd’hui, 6.550.332 jeunes de 15-29 ans sont célibataires, soit 72% de l’ensemble des jeunes de cette tranche d’âge. Le spectre est large.

A 15 ans, normalement, on poursuit encore sa scolarité : 94% des 15-19 ans ne sont pas mariés, surtout les garçons (99%). Ce qui est tout à fait normal et rassurant même. Il y a quand même 12% des filles de 15-19 ans ayant déjà le statut d’épouse, soit 192.049 femmes, qui sont donc essentiellement des mineures : limite-limite avec la loi ! Le plus juste est de dire qu’elles sont des « non-célibataires » donc, soit elles sont mariées, soit fiancées (les fiançailles sont désormais reconnues par la loi), soit divorcées, soit veuves. Dans tous ces cas, elles sont passées (passent) par l’institution du mariage. Et la nouvelle Moudawana, entrée en vigueur depuis deux ans, n’y change pas grand-chose quand les familles s’entendent. D’ailleurs, c’est ce qu’ont dénoncé avec force les associations féminines .

Chez les 20-24 ans, 76,2% sont célibataires, soit près de 2.250.000 jeunes. Et chez les 25-29 ans, 54,1% le sont, soit environ 1.350.000 jeunes célibataires. Dans cette dernière tranche d’âge, 40,7% de filles : près de 530.000 Marocaines n’ont pas de conjoint ; et 68,7% de garçons pas de « douce moitié » : 817.500 hommes. Nous considérerons dans cette analyse plutôt la tranche des 25-29 ans, qui est normalement déjà dans la vie active, ou en fin d’études, et au début de sa vie d’adulte (donc consommateur, locataire, actif, etc.).

En ville, on a tendance à s’endurcir le cœur un peu plus qu’à la campagne, mais les proportions restent dans le même ordre de grandeur : respectivement 59,1% des 25-29 ans citadins et 47,5% des ruraux du même âge.
D’ailleurs, ce constat vaut même pour l’âge de mariage qui n’est pas très différent en ville que dans le monde rural (HCP 2004).

C’est donc une nouvelle tendance au Maroc. Tout comme pour la première fois de son histoire, il y a plus de citadins que de ruraux. Pour la première fois, dans le Royaume, se dessinent les contours d’une nouvelle force démographique qui ira en grandissant .

Casa, la capitale des célibataires

La région du Grand Casablanca concentre le plus fort taux de célibat chez les 25-29 ans de tout le Maroc : 63,1%, soit dix points en plus sur la moyenne nationale ! C’est-à-dire que 210.000 jeunes de la région n’ont pas encore choisi leur moitié, du moins officiellement : 78% chez les garçons et 49% chez les filles. On sait par l’enquête de L’Economiste sur le comportement des jeunes Marocains, qu’une toute petite tendance apparaît : la vie en couple sans forcément légaliser le lien.
A Rabat, 58% des jeunes de 25-29 ans sont célibataires. Ce sont surtout des garçons : 72. 842 solitaires ou réputés tels. Soit trois sur quatre dans cette tranche d’âge.
Chez les filles et toujours dans cette tranche d’âge, elles « ne sont qu’ » une sur deux (de 25-29 ans) à être célibataire, soit 47.441 demoiselles. Dans la commune d’Agdal-Ryad, 79% des garçons de 25-29 ans sont « libres », soit 2.394 jeunes hommes. Et 56% des filles de cette tranche d’âge le sont, soit 2.304 demoiselles.

Mineures mais déjà mariées !

Après la publication officielle du bilan d’étape de l’impact de la Moudawana dans la vie des gens, bien des associations féminines (LDDF par exemple) ont dénoncé le contournement de cette loi pour le mariage des mineures. Dans sa propre enquête, la LDDF avait noté un taux élevé de mariages précoces en disant que sur 3.730 demandes de recours pour ce type de mariage, 3.603 auraient été validés par huit tribunaux. C’est-à-dire qu’il n’y a eu que 12% de rejets sur deux mois à Casablanca, seulement 2% à Marrakech et 5% à Rabat. Ce qui veut dire que la pratique de mariage précoce des filles demeure vivace, malgré les garde-fous légaux. On ne sait pas quelles étaient les raisons qui ont amené les juges à prononcer des dispenses.


Quelques zones de chasse

Anfa, au quartier le plus « huppé » de Casa, mais qui abrite aussi 3.000 pauvres, il y a 5.498 jeunes de 25-29 ans libres comme le vent. Presqu’autant de filles que de garçons (respectivement 2.575 et 2.923).
A Maârif, le quartier le plus commercial et l’un des moins pauvres de Casa, 10.700 jeunes dont la moitié de filles ont un cœur à prendre ou, plus exactement, réputé tel.Mais le bon coin, c’est El Fida, où les garçons de 25-29 ans sont célibataires à... 86% !

A Fès, les bons coins des célibataires sont dans les communes Agdal et Médina.
A Marrakech, si les jeunes célibataires sont dans la moyenne nationale, par contre, les garçons sont plus libres que les filles.

Mouna Kadira - L’économiste

  • Le mariage en perte de vitesse au Maroc

    Les hommes et femmes en quête d'un(e) conjoint(e) sont de plus en plus désespérés. Au Maroc, l'offre n'est décidément plus compatible avec la demande. Pourtant, ce n'est pas la volonté qui manque. Les femmes et hommes bons à marier existent, mais encore faut-il qu'ils esquissent le premier pas.

  • Mariages forcés des filles MRE : Des vacances qui se transforment en cauchemar

    Il n'existe pas d'étude exhaustive sur le sujet, simplement des histoires racontées par celles et ceux qui font remonter des réalités du terrain. Ces histoires sont celles de jeunes filles d'origine marocaine vivant en Europe victimes de mariages forcés. Au Maroc, en dépit de la réforme de la Moudouwana, cette pratique reste très courante dans plusieurs régions, surtout pendant la période estivale. Et pour de nombreuses jeunes filles, les vacances au pays se transforment souvent en cauchemar.

  • Mariage de plus en plus tardif au Maroc

    De nos jours, les Marocains se marient de plus en plus tard et quand ils le font, ils ne sont pas tout à fait jeunes. Ce célibat prolongé, plus perceptible chez les femmes que chez les hommes, est présenté par beaucoup, comme un choix plutôt qu'un destin.

  • Bnat rabat : les marocaines se mettent au rap

    Bnat Rbat, premier groupe de Rap de filles, marocain est constitué de deux lycéennes, Exibita et Olivia. L'idée du groupe est venue quand les deux jeunes filles découvrent Aoud Lile, avec leur fameux titre Raw Dow en 2003.

  • Politique : Les jeunes boudent les partis

    A la veille des prochaines élections, la dépolitisation des jeunes demeure un constat quasi inébranlable. Peu de jeunes, en effet, se sont inscrits sur les listes électorales entre le 26 mars et le 14 avril. La jeunesse marocaine ne s'intéresse plus à la politique.

  • Marocaines, elles ont décidé d'habiter seules

    De plus en plus de femmes célibataires et financièrement indépendantes font le choix d'habiter seules. Selon le recensement de 2004, 3,5 millions de femmes de 15 ans et plus et 530 000 femmes de 25 à 29 ans étaient célibataires. Un facteur qui a sans doute encouragé ce choix. Malgré l'évolution des mœurs, le regard porté sur ces femmes reste négatif.

  • Mre - Espagne : les clandestins plombent les transferts

    Les nouvelles destinations de l'immigration marocaine drainent de plus en plus de transferts. Elles risquent de détrôner les pays d'accueil traditionnels. L'Espagne, par exemple, où s'établit la deuxième communauté marocaine en Europe avec plus de 378.000 personnes, est devenue une source prépondérante de devises.

  • Relations sexuelles avant le mariage, les jeunes en parlent

    Avec le recul de l'âge du mariage et l'augmentation du nombre de célibataires, de plus en plus de jeunes passent à l'acte mais la relation reste déséquilibrée. A peine 50% des jeunes utilisent des moyens contraceptifs. Le logement économique a aidé les jeunes en leur donnant accès à la location de lieux sécurisants pour des rencontres amoureuses.

  • Moins d'un Marocain sur trois parle le berbère

    Malgré toute la visibilité politique acquise au cours de ces dernières années, les berbérophones, ne sont « que » 8,4 millions. Le chiffre, issu du recensement, va certainement provoquer une belle polémique : 28,4% « seulement » des Marocains ont pour première langue soit le tarifit, soit le tachelhit ou encore le tamazight). Et 21,3 millions des Marocains parlent seulement l'arabe marocain, c'est-à-dire la darija.

  • Maroc : La scolarisation des filles, un défi à relever

    Les filles marocaines ont 20% de chance moins que les garçons d'entrer à l'école surtout en milieu rural.