Maroc : le gouvernement gèle les grandes réformes fiscales et cible des ajustements

- 13h00 - Maroc - Ecrit par : P. A

Après avoir revu la fiscalité des entreprises, la TVA et l’impôt sur le revenu au cours des trois dernières années, le gouvernement fait une pause. Le projet de loi de finances 2026 se concentre sur quelques ajustements techniques et ciblés, notamment dans les domaines du sport, de la fiscalité immobilière et du contrôle fiscal.

Après la baisse de l’impôt sur les sociétés en 2023, la suppression progressive des taux réduits de TVA en 2024 et un léger ajustement du barème de l’impôt sur le revenu en 2025, le projet de loi de finances 2026 opte pour la stabilité. « Le PLF-2026 privilégie la stabilité tout en introduisant quelques mesures ciblées », indique le magazine Challenge. Avec l’essor du football marocain, le gouvernement prévoit une série de mesures visant à structurer le secteur privé du sport. Les nouvelles sociétés sportives pourront ainsi bénéficier d’une exonération d’impôt pendant cinq ans dès leur première opération commerciale.

À lire : Maroc : du nouveau pour le paiement de certains impôts

Mieux, les dons que ces sociétés reçoivent seront déductibles fiscalement, dans la limite de 10 % du bénéfice net imposable et d’un plafond de 5 millions de dirhams. Jusqu’ici, cet avantage était uniquement réservé aux associations reconnues d’utilité publique. Les associations sportives qui décident de se transformer en sociétés pourront quant à elles transférer leurs actifs et passifs à leur valeur réelle, sans incidence fiscale. « Côté impôt sur le revenu, le PLF-2026 propose un abattement progressif pour les rémunérations des sportifs professionnels et des encadrants techniques », développe le magazine. Concrètement, les revenus des sportifs bénéficieront d’un abattement de 90 % en 2026, lequel diminuera progressivement à 60 % en 2029 en vue de la formalisation du secteur.

À lire : Maroc : du nouveau pour l’impôt sur les sociétés

Du côté de la TVA, les fédérations sportives reconnues d’utilité publique seront exonérées sans droit à déduction, à l’instar des associations à but non lucratif. Les sociétés sportives bénéficieront d’un traitement similaire, à titre transitoire jusqu’en 2030. « L’une des principales nouveautés du PLF-2026 concerne l’instauration d’une retenue à la source (RAS) sur les revenus locatifs », souligne la publication. Quand une entreprise ou une administration paie un loyer, elle devra désormais prélever 5 % du montant brut et le verser au Trésor. Cette retenue est un acompte sur l’impôt dû par le propriétaire qui devra déclarer ses revenus locatifs et bénéficiera de l’abattement de 40 %.

À lire : Trop d’impôts au Maroc ?

Ce faisant, l’État vise deux objectifs : améliorer la traçabilité des revenus immobiliers et faciliter le contrôle fiscal. La retenue à la source s’étend aussi à la TVA et progressivement au secteur privé. Parallèlement, un régime d’auto-liquidation obligatoire est mis en place pour les achats de déchets industriels et de matières de récupération, afin de limiter la fraude. Le projet de loi de finance 2026 prévoit aussi plusieurs mesures d’ordre technique. Les dividendes distribués par les organismes de placement collectif en capital (OPCC) seront désormais imposés comme revenus de capitaux mobiliers, sans toutefois être assimilés aux produits d’actions, précise-t-on.

À lire : Maroc : la réforme fiscale 2025 allège l’impôt sur les petits salaires

Les contribuables qui perçoivent des revenus à l’étranger sont tenus de les déclarer avant le 1ᵉʳ avril, avec une attestation fiscale du pays d’origine. Dans le secteur agricole, une exonération de TVA avec droit à déduction est prévue pour les matières fertilisantes et les supports de culture. En ce qui concerne la durée d’exonération de 36 mois pour les biens d’investissement, elle sera prolongée de deux années supplémentaires. Les marchés publics et contrats de l’État feront l’objet d’une contribution symbolique de 0,1 %. Enfin, un droit d’enregistrement additionnel de 2 % est instauré pour les transactions immobilières payées en cash plutôt que par chèque non endossable, virement ou paiement électronique. L’objectif étant de réduire les paiements non déclarés et de renforcer la transparence.

À lire : Impôt sur le revenu et TVA : ce qui change pour les Marocains en 2025

Aussi, le PLF-2026 prévoit-il deux mesures visant à renforcer le contrôle fiscal : la généralisation de la comptabilité électronique pour toutes les entreprises afin d’améliorer la traçabilité et la fiabilité des données, et l’obligation faite aux entreprises d’informer l’administration fiscale par voie électronique avant de déposer une demande de sauvegarde, de redressement ou de liquidation au tribunal de commerce. Ces mesures visent à rendre l’administration plus réactive et à protéger les intérêts du Trésor public.

  • Retenue à la source sur loyers : ce que les MRE doivent savoir

    Les Marocains résidant à l'étranger (MRE) percevant des revenus fonciers issus de biens immobiliers situés au Maroc sont soumis à l'impôt sur le revenu. Un élément central de ce régime fiscal, la retenue à la source sur les loyers, doit être correctement maîtrisé par les bailleurs pour assurer leur conformité.

  • Maroc : la retenue à la source bientôt élargie au secteur privé

    Le projet de loi de finances 2026 prévoit d'élargir le système de retenue à la source aux banques, assurances et entreprises réalisant plus de 50 millions de dirhams de chiffre d'affaires. Une réforme attendue, mais qui pourrait faire débat.

  • Fitch met en garde contre les risques budgétaires liés aux grands chantiers du Maroc

    L'agence de notation Fitch voit d'un bon œil la stabilité budgétaire affichée dans le projet de loi de finances 2026. Mais elle prévient que les nombreux projets d'infrastructures prévus dans le cadre des préparatifs pour la Coupe du monde 2030 pourraient entrainer des dépassements et fragiliser les finances publiques.

  • Location d'un bien au Maroc : ce que tout MRE doit savoir en 2025

    Les Marocains résidant à l'étranger qui perçoivent des revenus issus de la location d'un bien immobilier au Maroc sont soumis à l'impôt sur le revenu. Ce régime s'applique également lorsque le logement est mis gratuitement à la disposition de personnes autres que les parents ou les enfants.

  • Immobilier au Maroc : vous payez en cash ? ce sera plus cher !

    Le projet de loi de finances 2026 marque un tournant dans la stratégie de l'État marocain pour réduire la circulation des liquidités hors des circuits bancaires. Le gouvernement introduit des mesures fiscales coercitives, dont une surtaxe spécifique sur les transactions immobilières non tracées, afin de forcer la bancarisation de l'économie et de lutter contre l'informel.

  • Louer à une entreprise : ce que change la retenue à la source pour les MRE

    Les Marocains résidant à l'étranger qui perçoivent des revenus issus de la location d'un bien immobilier au Maroc sont soumis à l'impôt sur le revenu au titre des revenus fonciers. Lorsque le bien est loué à une entreprise ou à une personne morale, les règles fiscales qui s'appliquent diffèrent de celles concernant les locations à des particuliers.

  • Maroc : une TVA à 30 % sur les produits de luxe ?

    La députée du Parti de la Fédération de la gauche démocratique propose de porter à 30 % la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur tous les produits et services de luxe et à instaurer un impôt sur les cultures fortement consommatrices d'eau dans les zones arides.

  • Maroc : La nouvelle retenue à la source de la TVA arrive, ce qui va changer pour les entreprises

    La Direction générale des impôts (DGI) a annoncé la mise en œuvre progressive d'un mécanisme de retenue à la source de la TVA sur les prestations de services, conformément à la loi de finances 2026. Cette réforme vise à sécuriser les recettes fiscales en transférant la responsabilité de la collecte de la taxe vers les grandes entreprises et les institutions financières.

  • MRE : attention à qui vous laissez votre logement

    Un bien mis en location n'est pas toujours synonyme de revenus imposables. Du moins, pas selon les mêmes règles pour tous les occupants. Le Guide fiscal des MRE 2025 apporte une distinction claire : l'impôt sur le revenu au titre des revenus fonciers s'applique uniquement lorsque le bien est loué ou mis gratuitement à la disposition de personnes autres que les parents ou les enfants.

  • L'impôt frappe aussi les loyers gratuits : une réalité que les MRE ignorent souvent

    C'est une situation fréquente chez les Marocains résidant à l'étranger : un appartement ou une maison laissée à la disposition d'un frère, d'un cousin ou d'un ami, sans contrepartie financière. Une démarche familiale, spontanée, que beaucoup pensent exonérée d'impôt. Pourtant, selon le Guide fiscal MRE 2025, cette mise à disposition gratuite est bel et bien soumise à l'impôt sur le revenu.