Le Maroc a « la police la plus puissante du Maghreb »
Tahar Ben Jelloun dit ne pas comprendre comment des dizaines de milliers de jeunes ont pu se diriger vers Ceuta sans être arrêtés plus tôt par les forces de l’ordre marocaines. Pour l’écrivain, la puissance de l’appareil sécuritaire rend précisément cet épisode difficile à expliquer.
Le soir du 30 juillet, l’auteur marocain sortait de la réception organisée à M’diq à l’occasion de la Fête du Trône lorsqu’il a vu des milliers de jeunes marcher dans l’obscurité depuis la région de Tétouan en direction de Ceuta, située une trentaine de kilomètres plus au nord.
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« Sur la route, j’ai vu que les agents les laissaient se diriger vers Ceuta », raconte Tahar Ben Jelloun dans un entretien accordé à El País. Il dit avoir été particulièrement surpris que les déplacements n’aient pas été stoppés dès Tétouan.
« Il a manqué de l’intelligence politique »
« Je ne comprends pas pourquoi ils ne les ont pas bloqués à Tétouan. Nous avons la police la plus puissante du Maghreb », affirme l’écrivain. Selon lui, les autorités auraient pu renvoyer les jeunes chez eux en leur expliquant qu’ils n’avaient rien à faire à Ceuta. « Il a manqué de l’intelligence politique », juge-t-il.
Ben Jelloun ne dit toutefois pas connaître les raisons ayant conduit les autorités à laisser progresser ces groupes. Interrogé sur l’hypothèse d’une réaction de Rabat au récent rapprochement entre Madrid et Alger, il dit en douter. Il ajoute que si le gouvernement marocain avait effectivement laissé passer des migrants pour sanctionner l’Espagne, « cela aurait été une erreur ».
L’écrivain voit surtout dans cet exode le signe d’un malaise parmi une partie de la jeunesse marocaine. Il évoque des jeunes fascinés par l’Europe et rappelle que certains ont quitté leur emploi pour tenter de franchir la frontière. Le Maroc, estime-t-il, sort de la tragédie de Ceuta avec une lourde atteinte à son image.
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Face aux images des jeunes marchant vers une frontière où plusieurs ont perdu la vie, Tahar Ben Jelloun dit avoir ressenti « tristesse et indignation ». Sa question reste entière : comment une mobilisation d’une telle ampleur a-t-elle pu progresser jusqu’à Ceuta dans un pays dont il souligne lui-même la puissance des forces de sécurité ?