Un Marocain transforme une insulte raciste en bière à succès
Imaginée par un Nivellois d’origine marocaine, la bière triple « Marlouf » transforme un terme péjoratif en succès brassicole. Écoulée à 30 000 litres par an, cette boisson s’exporte massivement à l’étranger, s’imposant bien au-delà de son marché belge d’origine.
Arrivé en Belgique en 1998 pour y étudier l’architecture, Yassine Kouysse cherchait à créer un pont entre sa terre d’accueil et ses racines marocaine. Après deux années de tests dans son garage, il commercialise en septembre 2021 une bière triple aux subtiles notes d’épices orientales. Son nom ? La « Marlouf », une insulte bien connue sur le sol belge, mais qui ne signifie absolument rien au Maroc. Aujourd’hui consultant pour l’entreprise Fluxys, le créateur assume pleinement cette démarche. « Je l’ai volontairement voulu provocateur », explique-t-il, désireux de déclencher un débat salutaire dans lequel la qualité du produit finit par éclipser le cliché raciste.
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Si le secteur brassicole national s’avère particulièrement difficile d’accès, la bouteille a tout de même réussi à se faire une place dans les rayons de Carrefour ou d’Ekivrac. C’est toutefois à l’international que l’engouement est le plus spectaculaire. Comme le souligne un reportage de DHnet, le brasseur s’amuse d’une situation paradoxale : « Je suis plus bu à Barcelone qu’à Nivelles », sa propre commune. Le Maroc s’est d’ailleurs imposé comme le premier pays importateur de la marque. Pour soutenir cette cadence, la production a quitté la région gantoise pour la brasserie Kluiz, située au pied du Mont-de-l’Enclus.
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Fort de cette dynamique, l’artisan multiplie désormais les projets et lance la « Babouche », une déclinaison plus légère titrant à 5,5 % d’alcool. Une récente collaboration lors d’un festival à La Ciotat a également donné naissance à « La Fraîche du Panier », une bière de soif qui pourrait prochainement être proposée en canette. S’il cherche encore les fonds nécessaires pour développer un gin aux saveurs de bleuets et de fleurs d’oranger, Yassine Kouysse doit dans le même temps protéger son entreprise. Une action en justice a été intentée contre une contrefaçon baptisée « La Berbère », apparue récemment sur le marché pour surfer sur son concept original.