Un sans-papier marocain témoigne : "Je ne veux plus vivre caché"

- 18h09 - France - Ecrit par : L.A

Bras croisés, regard fier, assis le dos calé et bien droit sur le dossier de sa chaise, Mohammed El Haouhay observe et écoute. Autour de lui, les membres du réseau Éducation sans frontières, épris de libertés, expriment leur refus des carcans et des frontières et leur volonté de l’aider. Mohammed, stoïque, assiste à la conférence de presse. Déterminé.

Une obligation de quitter le territoire

L’homme joue gros ce soir. Sans-papier depuis cinq ans, il a décidé de sortir de l’ombre et compte sur le réseau pour l’aider à obtenir les autorisations de séjour qui lui font défaut. « Il a choisi la voie légale », souligne une militante de RESF. Mohammed prend le risque que son visage soit connu et reconnu, qu’il soit contrôlé et arrêté. Il connaît la suite de l’histoire : les centres de rétention administrative et la reconduite au Maroc, son pays d’origine.

« Mes parents sont décédés. Mon frère et ma soeur sont mariés. Ma vie est ici. Rien ne m’attend au Maroc », confie Mohammed. « Rien, si ce n’est la solitude », tranche une militante.

Mohammed est arrivé en France en 2002 avec un visa saisonnier de quatre mois. Il était ouvrier agricole au Maroc. Dans la région de Laragne, il apprend la taille des arbres fruitiers et choisit de rester en France. Durant ces années, il vit de la solidarité de ses amis. La communauté maghrébine l’aide. « C’est un homme très discret, qui n’a jamais causé aucun problème », indique Auguste Truphème, maire de Laragne.

"Du jour au lendemain, plus de papier, plus rien. Mais sa vie continue !"

Courant 2008, il demande sa régularisation. Mais son dossier est refusé. « Il ne remplissait aucun des critères », indique-t-on à la préfecture. Le refus de séjour lui est signifié en juillet, confirmé en août. Une dernière tentative a lieu. Mohammed El Haouhay présente des promesses d’embauche. Problème : l’offre d’emploi ne correspond pas à un secteur où la main d’oeuvre est rare dans le département. Le 6 février dernier, il reçoit une obligation de quitter le territoire français.

Dès lors, Mohammed El Haouhay est passible d’expulsion. « Les recours administratifs sont épuisés », lâche un militant. Le réseau Education sans frontières lance une campagne de soutien. Des pétitions circulent. Un courrier a été adressé à la préfète. Le maire de Laragne a également rédigé un courrier pour appuyer sa demande de régularisation.

Le réseau Education sans frontières déterminé

« La politique d’immigration consiste à faire du chiffre. Nous sommes de notre côté attentifs à tout le monde. On fait cela dans la clarté, mais on ira jusqu’au bout pour défendre Mohammed », avance Nicolas, un des porte-parole de RESF.

« Il est rentré avec un visa. Il a travaillé. Et du jour au lendemain, plus de papier, plus rien. Mais sa vie continue ! », s’insurge une militante.

« Je suis resté caché pendant cinq ans. Maintenant, c’est terminé. »

Mohammed dit qu’il veut rester et travailler en France. Au nom du droit à choisir la terre sur laquelle il veut vivre.

Sur son site internet, le réseau Education sans frontières a mis en ligne une pétition de soutien au sans-papier marocain.

Source : Le Dauphine Libéré - Lionel Arce-Menso

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