Moudawana contre codes civils étrangers

- 20h55 - Maroc - Ecrit par :

LES changements introduits par le code de la famille a permis de répondre en partie à des situations parfois ubuesques que vivaient les Marocains résidents à l’étranger (MRE). Malika Hafid, vice-présidente au tribunal de première instance de Casablanca, division Droit de la famille, souligne d’incontestables acquis même si le texte reste améliorable. « Le législateur s’est préoccupé de trouver des solutions aux nombreux problèmes que vit cette population que ce soit au niveau du pays d’accueil ou de retour au Maroc ».

Souvent, les MRE doivent faire face à des situations alambiquées dues aux incompatibilités des systèmes juridiques de leur pays de résidence avec celui de leur pays d’origine. Un des cas à l’origine des situations les plus ubuesques et qui cristallisaient les critiques est le mariage civil contracté en pays d’accueil. Qu’elle soit mixte ou pas, cette union tout à fait légale et reconnue à l’étranger, est, selon les anciens textes, à la limite de l’illégalité et les enfants pouvant en résulter étaient, au regard de la loi marocaine, « illégitimes ».
D’où un tas de problèmes pour les « époux » une fois de retour au pays. Difficile ainsi par exemple de divorcer puisqu’il fallait d’abord prouver l’authenticité du mariage. Celui-ci manquait en effet de deux conditions majeures, à savoir la présence de deux témoins et celle de la dot qui posait problème puisque les autorités européennes y voyaient une sorte de « prix » à payer pour avoir l’accord de la femme. Ce à quoi le législateur a apporté une réponse dans la nouvelle Moudawana en introduisant de nouvelles dispositions empreintes de beaucoup de souplesse. Le mariage civil est désormais reconnu (article 14). « Il est tout à fait légal dans la mesure où l’union s’est faite en présence de deux témoins « musulmans », explique Malika Hafid. Idem pour la dot, condition sine qua non pour la validité du mariage.
Le législateur fermerait désormais les yeux sur son absence à condition toutefois qu’elle ne fasse pas l’objet d’une mention écrite stipulant un accord préalable entre les deux parties. Deux conditions plutôt formelles, reconnaît le magistrat, « puisque le législateur ne va pas jusqu’à s’assurer que les deux témoins sont effectivement musulmans ». De même pour la dot, du moment qu’il n’y a pas de mention expresse trahissant un accord préalable de passer outre, le législateur ne voit aucun inconvénient à ce qu’elle ne figure pas sur l’acte de mariage.
Autre nouveauté : l’acte adoulaire de mariage qui doit désormais être signé par les deux conjoints (article 167). L’absence de signature (de la femme notamment) posait un problème dans les pays d’accueil. « C’est notamment le cas aux Pays-Bas où les autorités soupçonnaient des mariages forcés, voire complaisants en l’absence de signatures des deux conjoints », indique Malika Hafid. Mais des efforts doivent être encore déployés pour sensibiliser sur cet aspect. En effet, cette disposition est encore mal appliquée, des adouls n’en mesurant pas pleinement l’importance rechignent à l’appliquer.
Des avancées sont donc bel et bien réalisées avec la nouvelle Moudawana mais elles ne doivent pas cacher des « lacunes » ni des dispositions contraignantes pour des Marocains qui vivent hors de leur pays, soulignent des juristes. L’application du code pour cette partie de la population n’est pas toujours évidente. Un questionnaire a été lancé justement par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération pour en rendre compte. Ses résultats ne sont pas encore disponibles.
Il n’empêche, selon différentes sources, les premiers échos qui parviennent laissent entrevoir de grands problèmes d’application notamment pour la procédure de divorce. C’est la nouvelle disposition relative à la réconciliation qui fait de la comparution des deux parties devant le juge une condition incontournable, qui est la plus décriée. « Comment en effet convaincre une personne dont la situation n’est même pas encore régularisée de rentrer au pays pour appliquer cette procédure », se demande Malika Hafid. Auparavant, indique-t-on auprès des Affaires étrangères, le procès-verbal de non conciliation établi par des autorités consulaires marocaines à l’étranger constituait une pièce maîtresse que les deux parties pouvaient faire valoir pour appuyer leur demande de séparation. De plus, jadis, les conjoints n’avaient pas à rentrer au pays puisqu’ils pouvaient donner procuration à l’un de leurs parents pour s’acquitter à leur place des formalités de divorce. Ce divorce par « procuration » a été aboli dans la nouvelle législation. Les deux parties doivent impérativement se présenter en personne devant le juge. Sans parler des difficultés d’informer l’une ou l’autre partie de la décision du tribunal, cela peut prendre 6 à 7 mois.

L’information négligée

DANS beaucoup de cas, les problèmes rencontrés par les Marocains résidents à l’étranger sont dus à une sous-information sur les dispositions du nouveau code de la famille. De l’avis de différents responsables, le manque d’information est en effet flagrant. Hormis des actions de sensibilisation ponctuelles, quelques cycles de sensibilisation destinés aux magistrats et la distribution de périodiques et circulaires, les efforts d’information sont quasi absents.

Khadija EL HASSANI - L’Economiste

  • Les MRE et le Code de la famille : Une Moudawana plus réaliste

    Mixte ou pas, le mariage d'un Marocain expatrié est tout sauf une simple formalité. Capacité, acte adoulaire, transcription du mariage (sur les registres consulaires du pays d'accueil quand le mariage a été célébré à l'étranger)…

  • MRE retraités : L'appel du bercail

    Beaucoup de Marocains résidant à l'étranger souhaitent rentrer au bercail pour y passer leurs vieux jours, selon une récente enquête menée par la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger.

  • Procédures douanières pour les Marocains du Monde

    Dans le million des MRE qui reviennent au Maroc chaque été, beaucoup de personnes profitent de l'occasion de ramener quelques effets à vendre pour se constituer un peu d'argent de poche. En témoigne, la noria des souks qui prospèrent durant cette période.

  • Un an après la 'moudawana' demeure peu appliquée

    Depuis un an, la femme marocaine peut choisir librement son époux, sans avoir besoin de l'autorisation d'un tuteur, qu'il soit père ou grand frère. L'âge légal du mariage pour les filles a été aligné sur celui des garçons, c'est-à-dire 18 ans, au lieu de 15. Les droits de la femme mariée ont également changé. Le code de la famille nouvelle version reconnaît la responsabilité partagée du père et de la mère au sein de la famille. Il est désormais possible d'établir un contrat de partage des biens acquis pendant le mariage. Surtout, la femme marocaine a obtenu le droit de demander le divorce sans perdre la garde de ses enfants ou être de facto expulsée du domicile conjugal.

  • Moudawana : Quelle application en Europe ?

    Faut-il espérer une bonne application de la Moudawana en Europe, alors que les juristes européens se plaignent de l'absence même d'une traduction officielle du nouveau code de la famille dans leurs tribunaux ? En attendant que les autorités marocaines se décident à leur en soumettre, les Marocains résident à l'étranger restent partagés entre deux systèmes juridiques complètement opposés.

  • Kounouz Biladi : Les MRE à L'honneur

    La nouvelle édition de Kounouz Biladi démarrera le 1er juillet et se prolongera jusqu'au 31 août 2005. Ciblant en particulier les Marocains Résidant à l'Etranger, elle s'adresse également aux touristes nationaux qui pourront ainsi bénéficier d'une offre avantageuse basée sur un mécanisme de tarif unique pour plusieurs catégories d'hôtels, maisons d'hôtes ou villages de vacances avec une légère différence de prix en fonction de la région et du mois choisis. L'originalité de l'offre pour l'été 2005 réside dans la prise en compte des disparités régionales en terme de taux d'occupation.

  • Moudawana : vers la fin de la polygamie ?

    Le nouveau code marocain de la famille s'est traduit, un an après son adoption, par un recul de 10% des nouveaux cas de polygamie, a annoncé le ministre marocain de la Justice, dans des propos rapportés mardi.

  • Seulement 79 naturalisations accordées en 2005

    Cinq cents quarante-deux personnes ont obtenu la nationalité marocaine entre 2003 et 2005. C'est ce qu'a annoncé, mercredi, le ministre de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ. Interpellés par les députés de la première Chambre au sujet de "la lenteur dans le traitement des dossiers d'obtention de la nationalité", le ministre a indiqué que le nombre des demandes présentées pour l'obtention de la nationalité marocaine a atteint 79, en 2005, contre 199 en 2004 et 211 en 2003, précisant que sur ce dernier nombre de demandes 207 personnes ont obtenu la nationalité marocaine. La première remarque qui s'impose ici est la chute d'année en année du nombre des demandeurs de la nationalité marocaine.

  • 65% des MRE comptent s'établir au Maroc

    Une enquête réalisée sous forme d'un sondage d'opinion, a révélé que 65% des Marocains résidant à l'étranger (MRE), affichent l'intention de vouloir s'établir au Maroc, une fois qu ils auront atteint l'âge de la retraite, contre 28% qui comptent rester dans le pays d'accueil et 7% indécis.

  • Mariage mixte en droit international privé marocain

    L'es mariages mixtes où est impliquée une partie musulmane soulèvent plusieurs difficultés. C'est ainsi qu'il est interdit à une musulmane de se marier avec un non musulman. Cette interdiction puise sa source dans les règles du droit musulman classique, qui véhiculent entre autres une vision patriarcale de la famille. Dans les relations transfrontières, cette règle institue une discrimination à l'égard de la femme. Celle-ci ne représente qu'un aspect parmi tant d'autres, en droit international privé marocain. La prohibition du mariage de la musulmane avec un non musulman est retenue par les législations de statut personnel de la plupart des pays musulmans.