Nichane : des peines de prison et l’interdiction de l’hebdomadaire

- 13h46 - Maroc - Ecrit par : L.A

Le procureur du roi a requis, le 8 janvier 2007, une peine de trois à cinq ans de prison ainsi que l’interdiction d’exercer et une amende à l’encontre de Driss Ksikes, directeur de publication de l’hebdomadaire arabophone "Nichane", et de la journaliste Sanaa Elaji. Il a également réclamé la fermeture définitive du journal.

"Nous sommes consternés par ce réquisitoire insensé. Nous ne voulons pas envisager que le tribunal reprenne à son compte les positions archaïques et ultrarépressives du procureur. La justice marocaine avait déjà pris une décision moyenâgeuse en interdisant au journaliste Ali Lmrabet d’écrire pendant dix ans. Nous n’osons pas imaginer que ce scénario puisse se répéter avec "Nichane". Il y a manifestement un gouffre entre les déclarations des autorités, qui vantent un Maroc moderne et démocratique, et la réalité à laquelle sont confrontés les journalistes. Une réalité marquée par des procès expéditifs et de lourdes condamnations qui mettent chaque jour un peu plus à mal la presse indépendante", a déclaré Reporters sans frontières.

Joint par l’organisation, Driss Ksikes s’est dit surpris par la sévérité du réquisitoire. "Alors que nous sommes jugés selon le code de la presse, le procureur a requis l’interdiction d’exercer qui n’est prévue que dans le code pénal", a ajouté le directeur de Nichane.

Driss Ksikes et Sanaa Elaji sont poursuivis pour "atteinte à la religion islamique" et "publication et distribution d’écrits contraires à la morale et aux moeurs" suite à la publication, dans l’édition du 9-15 décembre 2006, d’un dossier intitulé "Blagues : comment les Marocains rient de la religion, du sexe et de la politique". Le 21 décembre, le Premier ministre Driss Jettou avait interdit la diffusion de l’hebdomadaire et ordonné son retrait des kiosques.

L’amende requise par le procureur de Casablanca pourrait s’élever jusqu’à 100 000 dirhams (environ 8 950 euros).

Le jugement a été mis en délibéré jusqu’au 15 janvier.

Reporters sans Frontières

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