Ces Occidentaux qui embrassent l’Islam

- 00h01 - Maroc - Ecrit par : L.A

Chaque année, des milliers d’Occidentaux adoptent par conviction la religion islamique. Parmi eux, certains résident au Maroc. Qu’est-ce qui motive les nouveaux convertis ?

Fabrice, jeune ingénieur industriel français de 28 ans, a choisi de suivre sa dulcinée, Abla, 26 ans, cadre dans l’agroalimentaire, quand celle-ci a obtenu sa mutation de Strasbourg à Casablanca, où elle a été nommée chef de zone. Dans son pays natal, Abla, sans être issue d’une famille particulièrement conservatrice, a tenu à célébrer ses noces à la marocaine. Et, plus tard, à élever ses enfants comme elle l’a été. Fabrice, Alsacien de souche, a bien été baptisé à l’église et suivi des cours de catéchisme dans son enfance, mais ni lui ni sa famille ne sont vraiment des catholiques pratiquants. Le jeune Français ne voulait pas d’une adhésion à l’Islam purement formelle. Avant la cérémonie de mariage au Maroc, il s’est rendu chez un Fqih en compagnie de son beau-père et de l’oncle de Abla comme témoins, pour prononcer sa profession de foi, la chahada (« j’atteste qu’il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et que Mohammed est son messager »). Son certificat de nouveau musulman en main, document utile pour un éventuel futur pèlerinage à la Mecque, Fabrice a tenu aussi à se faire circoncire, bien que, fortement recommandée, cette pratique ne soit pas obligatoire pour les convertis. Il a aussi changé de prénom, devenant Farid. Mais, conformément aux préceptes de l’Islam, il a conservé son nom de famille, celui de son père biologique. Deux ans après son mariage, Fabrice jeûne pendant le mois de ramadan et commémore avec sa belle-famille les fêtes religieuses musulmanes. « A aucun moment je n’ai senti une quelconque violence dans cette conversion. J’apprécie ma nouvelle religion, que je trouve très pragmatique, tolérante, souple et humaine. L’Islam m’apporte de la sérénité et un équilibre spirituel dans ma vie quotidienne. Et puis, il m’a appris à mieux connaître les us et les coutumes de ce pays car l’Islam est, avant tout, je pense, une philosophie de vie personnelle et sociale, plus qu’une simple communauté ethnique », confie Fabrice.

Fabrice fait partie des 60.000 convertis français à l’Islam, sur une communauté musulmane de près de 5 millions de personnes dans tout l’Hexagone. Au Maroc, il n’existe pas de statistiques à ce sujet. Ceci dit, dans la plupart des cas, le changement de foi se fait dans le cadre de mariages mixtes avec des Marocaines, condition sine qua non exigée des non-musulmans désirant épouser une Marocaine musulmane.

Néanmoins, contrairement à Fabrice, nombre de conjoints occidentaux se convertissent juste pour la loi et question aussi « d’avoir la paix » dans une société qui n’admet pas facilement que ses filles se lient à des « nasaras » (chrétiens). D’autres nouveaux adhérents à la religion de Mohammad le font en revanche avec conviction, pour des motivations spirituelles. Ce sont généralement des gens issus d’une certaine bourgeoisie socio-intellectuelle, voire de la haute société occidentale, chrétienne pratiquante, mollement anti-cléricale ou franchement athée. En quête de sens à leur vie sur Terre et dans l’Au-delà, ils trouvent dans l’Islam certaines réponses à leurs interrogations et se convertissent généralement après avoir longuement côtoyé des musulmans. René et son épouse Marie, un couple de septuagénaires américains résidant à Marrakech depuis leur retraite, ont ainsi adopté l’Islam voilà deux années « pour vivre leur marocanité jusqu’au bout ».

Les convertis ont tous des histoires différentes mais, généralement, ce qui les attire vers l’Islam, au-delà de l’appartenance à une même Umma, ce sont les préceptes universels et intemporels et les règles de vie individuelles et communautaire, claires et élémentaires, proposés par la religion musulmane au quotidien. Une religion basée par ailleurs sur un système de croyance simple (un seul Créateur, pas d’intermédiaire) et où l’intérêt collectif prime sur celui de l’individu.

Certains parmi les nouveaux convertis se laissent séduire pour leur part par la branche mystique de l’Islam, le soufisme. Tous les ans, des centaines de nouveaux convertis viennent ainsi grossir les rangs des quelque 60.000 adeptes de la tariqa Kadiria Boutchichia en pèlerinage à Madagh, bourgade à une dizaine de kilomètres de Berkane. Jaïme, un trentenaire espagnol soufi, directeur financier d’une unité textile au quartier Moulay Rachid, à Casablanca, est encore bouleversé par sa récente bénédiction des mains du maître spirituel octogénaire de la confrérie au Maroc, Cheikh Hamza, au lendemain de Aïd El Mawlid.

Si le soufisme « recrute », pour ainsi dire, ses Occidentaux convertis parmi les plus érudits (et, partant, nantis) et autres chercheurs d’extase ésotérique des contrées froides, il en va tout autrement de l’islamisme radical. Ceux parmi les convertis qui succombent aux sirènes de l’intégrisme répondent à un profil plus ou moins similaire : famille éclatée ou en difficulté, milieu social modeste, chômage ou précarité socio-professionnelle, désarroi affectif, crise identitaire, etc. Les Occidentaux de souche enrôlés dans les milieux terroristes sont majoritairement issus de banlieues urbaines défavorisées, où ils ont grandi aux côtés de jeunes musulmans en proie aux mêmes problèmes de discrimination et d’insertion sociale. Ils s’identifient ainsi à l’Islam de leurs potes de quartier comme une religion d’opprimés, de révoltés contre « l’arrogance impérialiste ». De la même façon qu’ils auraient, voilà trente ans, rejoint des camarades marxistes-léninistes. C’est aussi pour eux une manière de couper les ponts avec un passé douloureux pour mieux se jeter dans les bras rassurants et protecteurs de leur nouvelle “famille”. Mais la plupart des nouveaux convertis à l’Islam vivent leur religion de manière tranquille et discrète.

Quel que soit le sérieux des nouveaux convertis, les analystes s’accordent sur un fait : c’est au lendemain du 11 septembre 2001 qu’a été enregistré le plus grand nombre de conversions à l’Islam parmi les Occidentaux. Le plus grand nombre aussi de pamphlets anti-islamiques dans les tribunes des médias européens et américains. Entre répulsion, amalgame et fascination, c’est dire si l’Islam n’a pas fini d’intriguer les Roumis.

Maroc Hebdo - Mouna Izddine

  • « Mon mari était plus croyant que moi »

    Les couples interconfessionnels et mixtes sont en hausse... A l'heure du choix d'une religion pour les enfants, c'est souvent le plus croyant qui l'emporte.

  • Le dialogue toujours possible entre l'Islam et l'Occident

    Un sondage, publié lundi par la BBC, a montré que la majorité des habitants de 27 pays, notamment occidentaux, estime que le dialogue est toujours possible entre l'Islam et l'Occident, rejetant ainsi l'hypothèse selon laquelle un conflit entre les deux camps était inévitable.

  • Mariages mixtes : Les tracas avant de se dire « oui »

    Nadia la Marocaine et Christian le Français veulent se dire « oui ». Les mariages mixtes, il y en a de plus en plus. Et sous tous les cieux. La France passe pour être la « championne européenne » du « mixage matrimonial ». En 1999, 30.000 mariages mixtes- entre français et étrangers- y étaient célébrés. Soit un mariage sur dix.

  • One Man Show : Les femmes contre-attaquent

    L'association Dynamique Diversité organise chaque mois un One man Show écrit par Dounia Bouzar (anthropologue, spécialiste du fait religieux) à la Fnac Forum des Halles.

  • Religion : les Marocains sont-ils intolérants ?

    Une table ronde a été organisée par La Vie éco, regroupant des intellectuels et militants associatifs, surla religion et la tolérance. Conclusion : un grand nombre de Marocains sont intolérants aussi bien à l'égard des autres religions que des musulmans non pratiquants. Système scolaire, médias, arabisation qui a conduit à une théologisation de la pensée..., entre autres, sont au banc des accusés. L'intolérance n'est pas une fatalité. Ce que proposent les participants pour faire changer les choses.

  • Décès de l'écrivain marocain Driss Chraibi

    Figure de la littérature marocaine, il est décédé à l'âge de 80 ans dans le sud-ouest de la France.

  • Mariage : le boom de l'Internet

    Le mariage par Internet est de plus en plus fréquent au Maroc. Beaucoup de jeunes rêvent de se marier via ce moyen de communication. Témoignages. Lassée d'attendre le prince charmant qui tardait à se manifester, Karima, gérante d'un cybercafé à Casablanca, se jette à l'eau. Pourquoi pas « un mari virtuel » ? . A l'instar de plusieurs jeunes de son âge, Karima, la trentaine souriante, commence à chatter et décide de dénicher son âme sœur même aux confins de la Chine.

  • Dounia Bouzar

    Dounia Bouzar est une Française d'origines algérienne, marocaine, italienne et corse, née en 1964 à Grenoble en France.

  • Documentaire RTBF : Où est passé l'amour dans la palmeraie ?

    Jérôme a fait le choix de quitter l'Europe et s'est installé depuis deux ans avec sa femme et ses deux filles dans une palmeraie isolée du sud du Maroc. Il y fait l'expérience de vivre dans un pays étranger et s'immerge dans une culture qui n'est pas la sienne.

  • "Nichane" interdit pour atteinte à l'Islam

    La justice marocaine a décidé de poursuivre pour "atteinte à la religion islamique" l'hebdomadaire en arabe, "Nichane", pour un article sur les blagues qui circulent dans le pays concernant la religion. Le procureur du roi près le tribunal de première instance de Casablanca a ordonné à la police judiciaire de diligenter une enquête au sujet de l'article publié par l'hebdomadaire Nichane, du 9 au 15 décembre 2006, intitulé "Blagues : comment les Marocains rient de la religion, du sexe et de la politique".