Le paradoxe de l’enseignement français : Un réseau d’excellence qui survit en taxant les parents
Confrontés à l’explosion des frais de scolarité liée aux coupes budgétaires de l’État français, les parents d’élèves des lycées de Rabat et Tanger se mobilisent. Ils saisissent la justice pour dénoncer un système devenu financièrement hors de prix.
La grogne gagne les établissements scolaires du réseau français à l’étranger, et le Maroc se retrouve en première ligne de cette contestation. Face à des factures de plus en plus lourdes, des familles, se sentant traitées comme des « vaches à lait », ont décidé de réagir. Les associations de parents d’élèves de Rabat et de Tanger, aux côtés de collectifs de Bruxelles, Lisbonne ou Londres, ont officiellement saisi le tribunal administratif de Montreuil. Selon les informations du quotidien Le Parisien, ces requérants accusent l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) d’avoir instauré un impôt déguisé pour renflouer ses caisses, une décision qui relève normalement du seul pouvoir législatif.
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À l’origine de cette flambée tarifaire se trouve une situation financière critique de l’AEFE. Ayant anticipé un déficit de 59 millions d’euros fin 2025, l’institution a imposé un transfert massif de charges vers les lycées. Les établissements en gestion directe et conventionnés doivent désormais financer une grande partie des pensions de retraite des personnels détachés par l’Éducation nationale française. Cette contribution patronale pèsera à hauteur de 35 % sur les budgets des écoles dès 2026, avant de grimper à 50 % en 2027. Pour absorber ce choc financier, les structures n’ont d’autre choix que de répercuter ces coûts directement sur les familles.
L’impact de ces mesures se fait déjà durement sentir. À titre d’exemple, les tarifs au Portugal feront un bond de 11 % à la rentrée, propulsant le coût moyen d’une année de scolarité autour de 7 000 euros, et jusqu’à 9 000 euros en y ajoutant la cantine et l’étude. Cette dérive pousse la sénatrice Mélanie Vogel à fustiger un « système à deux vitesses, où seuls les plus aisés peuvent s’offrir une éducation française de qualité ». En parallèle, les enseignants s’inquiètent d’une dégradation des conditions d’apprentissage. À Rome, le personnel du lycée Chateaubriand s’est massivement mis en grève pour protester contre la suppression de dédoublements et l’annonce de classes surchargées à trente élèves.
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C’est aujourd’hui tout un modèle diplomatique et éducatif, vieux de trente-cinq ans, qui semble à bout de souffle. L’AEFE gère un réseau colossal de 612 établissements dans 138 pays, scolarisant 400 000 élèves, dont 120 000 Français. Face à l’urgence et à la colère grandissante des expatriés, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a chargé mi-janvier la sénatrice Samantha Cazebonne d’une mission temporaire. Elle a pour objectif de concevoir une « réforme profonde et systémique » de l’agence, avec des conclusions très attendues pour la mi-juin.