Ramadan : Et l’alcool coule à flots..

- 18h39 - Maroc - Ecrit par :

Lorsque survient ramadan, ce mois sacré marqué par l’abstinence et la dévotion, les propriétaires d’endroits de la nuit (boîtes, bars, cabarets) se retrouvent au chômage conjoncturel. Leur métier de base étant la commercialisation d’alcool, leur chiffre d’affaires périclite -c’est une lapalissade de le dire-.

Certains, parmi ces gérants des temples nocturnes casablancais, ont trouvé la parade. Leurs tripots sont pris d’assaut, même lors du ramadan, par les consommateurs. Assurément, l’alcool n’est pas de la partie, mais les esprits s’échauffent tout de même souvent dans pareils endroits. Soirée raï, danse orientale, chicha et haschich.

Le bar en face duquel je me trouve présentement (il est 21 heures 30 en ce lundi 11 novembre 2002) est un des endroits de perdition réputés de la capitale économique du Royaume, un bistrot de la pire espèce rempli, lorsque l’alcool y coule à flots, de soûlards agressifs, de prostituées défraîchies et en djellabas, de barmen et de serveurs pas très scrupuleux…

Au moins une centaine de personnes doit s’agglutiner dans ce bar poisseux et trop petit pour autant de monde. Je me dirige illico vers le zinc, commande un Coca que je m’envoie dans la gueule en moins de deux. Le barman qui m’a servi paraît sympathique. On parle un peu de tout et de rien et, soudain, sans que j’essaie de mener la discussion vers le sujet qui m’intéresse, il se met à parler (de son propre chef, donc) de son boulot, du bar et de son patron. “ Par rapport à la clientèle classique de ce bar, explique Nabil (le barman), celle qui vient durant le ramadan est plus jeune, moins argentée. Les clients viennent là pour écouter de la musique, faire la fête entre potes et draguer des ####s, à l’occasion ”.

Toute la soirée seront alternés des disques raï et des spectacles musicaux. Hormis un groupe de musique “ chaâbi ” très peu adroit, “ le clou du spectacle ” de cette soirée ramadanesque est, sans conteste, le numéro de la danseuse Hayat, une petite grosse de 80 kilos (à vue d’œil), assez moche de surcroît, dont le seul mérite est de savoir faire onduler sa gigantesque bedaine.

Cliché égyptien

Il y a une foule de filles de joie dans ce bar sordide ; de toutes les sortes. Et dire que ramadan est prétendument un mois où la communauté musulmane essaie de se réhabiliter vis-à-vis de la religion, de se faire absoudre ses pêchés par Allah. Non loin du comptoir où je me trouve toujours en compagnie du barman éloquent, attablés autour de deux limonades, un client et la fille qu’il a sélectionnée sont en train de faire un brin de conversation. Ils discutent “ niveau de rémunération ”, apparemment, et semblent être tombés d’accord sur un chiffre. Quelques instants passent et le client commande une “ chicha ”. Un des serveurs lui amène bientôt un narguilé qu’il remplit de tabac et auquel il adjoint deux bouts circulaires de charbons.

Dans les tables alentour, beaucoup de gens tirent inlassablement sur les tuyaux des narguilés. La “ chicha ” est en passe de devenir, au jour d’aujourd’hui, au Maroc, ce qu’elle a toujours été en Égypte, un produit de consommation “ phare ”. Selon Nabil, c’est d’abord grâce à la “ chicha ” que les gérants des bars s’en mettent plein les poches, durant le ramadan également. “ Ici, elle est commercialisée à 50 Dhs la dose et il nous arrive, régulièrement depuis le début du mois sacré, d’en vendre une centaine par nuit. C’est certes moins que ce que l’on fait en vendant de l’alcool, mais ce n’est pas rien, surtout que le prix de revient est très bas ”, indique-t-il.

Du cannabis pour oublier l’alcool

Dans ce bar du centre-ville, les ivrognes en manque d’alcool prennent leur mal en patience et se tournent vers d’autres substances enivrantes. Il est maintenant 23 heures 30 et le bar commence à se vider. Beaucoup de mâles empressés sont sortis en compagnie de filles légères pour finir la soirée dans des lieux autrement moins fréquentés et plus intimes.

Quand les clients épisodiques du bar le quittent, les “ habitués ” (ceux qui y font partie des meubles) prennent enfin leurs aises. Il n’y a guère plus qu’une vingtaine de personnes dans le bar, qui se transforme, inopinément, en “ coffee-shop ”. Les clients du bar roulent des joints pour oublier leur dépendance de l’alcool. A en croire Si Mohammed, un sexagénaire qui a passé le clair de son existence dans des bars du type de celui-ci, beaucoup d’alcooliques consomment du cannabis durant le ramadan.

“ Nous sommes habitués à ce que notre cerveau soit grisé. Alors, quand il nous faut quitter l’alcool pendant un long mois, nous nous tournons vers un produit de substitution. Vous savez, je connais plusieurs amis qui sont tellement accros à l’alcool qu’ils ne respectent même pas le ramadan et picolent comme des Polonais pendant ce mois-là. Je préfère encore taper des petits joints plutôt que de faire comme eux ”, précise-t-il.

Si quelques endroits de la nuit ferment durant le mois sacré et en profitent pour initier des travaux de rénovation ou pour changer de décoration, par exemple, la plupart des tripots se transforment, l’espace d’un mois, en bars sans alcool (mais avec des prostituées, de la drogue et tout le bataclan). En fait, Je ne veux pas servir de discours moralisateur (je ne suis pas du tout en position de jeter la première pierre !), mais sert-il vraiment à quelque chose de jeûner, de s’abstenir et de se priver toute la journée pour laisser libre cours, lorsque advient la nuit, à sa nature pécheresse ? N’est-ce pas un peu hypocrite ?

La Nouvelle Tribune

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