Les beurs en col blanc...

- 14h57 - Maroc - Ecrit par :

Même si l’intégration des immigrés et de leurs descendants laisse encore à désirer, ça commence à bouger dans les bureaux paysagers.

A la compta, à l’informatique, aux relations extérieures…, il est devenu banal de bosser avec Algérien ou un Marocain d’origine. Selon une étude menée récemment par le Haut Conseil à l’Intégration, 8.4% des immigrés sont cadres, contre 12.9% pour l’ensemble des Français.
(…)
Globalement, la situation semble s’arranger un peu partout : d’abord, grâce à l’informatique. C’est elle qui le plus massivement, a aidés les descendants d’immigrés, en tout cas ceux qui ont été jusqu’au bac et au delà, à trouver leur premier job. « Avec le boom des start up, il y a eu une vraie ouverture pour les jeunes, quelle que soit leur origine. Il fallait juste être motivé et ne pas compter ses heures. Ca a permis à certains des mes copains de sortir du discours « on ne voudra jamais de moi nulle part ». Plus on accumule les expériences, plus le côté « beur qui va revendiquer et mettre le souk partout où il passe » s’estompe dans la tête des gens. Au bout de deux ou trois boulots, franchement, je crois qu’il n’y a plus de soucis. On est normalisés. »
Certains secteurs font même dans le volontarisme ethnique : la télé, pourtant pas réputée pour son ouverture, a fait un effort particulier dans ce sens, comme LCI qui a mis plusieurs journalistes de couleur à l’antenne. Et dans les autres médias, surtout les autoproclamés « branchés », on voit pas mal de signatures exotiques, plutôt maghrébines, nettement sur-représentées part rapport aux autres communautés. « Parce qu’on a plein de nanas mignonnes et futées qui en veulent, sourit Samia.
Quand vous êtes beurette, vous intégrez vite qu’il va falloir développer tous vos atouts. Le sens de la démerde en est un. »
(…)
« Bien sûr , on finit toujours par être un peu l’Arabe de service, intervient Nouredine, journaliste pour plusieurs chaines de télé. L’idée, c’est de ne pas s’enfermer là dedans. De refuser d’aller tourner des sujets uniquement sur les banlieues parce qu’on est censé mieux passer auprès des jeunes. Même si j’étais content, évidemment, de trouver mes premiers boulots grâce à cette image dont j’ai sciemment joué. Il faut bien exploiter les rares avantages qu’on a. »
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Côté employeurs, on se récrie : plus personne ne fait de différence, on est bien trop évolué pour ça, surtout dans les secteurs « modernes », où tout le monde est diplômé. « Sauf qu’on sait parfaitement qu’il y a encore des boîtes où on ne veut pas d’Algériens, même ingénieurs, même expérimentés », reprend Nouredine. La grande majorité de ceux qui sont « arrivés » aujourd’hui ont dû avaler quelques couleuvres : les questions débiles, voire carrément illégales, sur la vie privée (« Votre mère porte le voile ?), ou sur les convictions religieuses (« vous faites le ramadan ? ») et très souvent le changement de patronyme, imposé ou pas.(…)

Classique aussi, les discussions pas toujours finaudes autour des conflits au Proche-Orient. "Dans ces moments là,je me sens tout d’un coup moins responsable de la com, et plus Algérienne, remarque Farida, qui oeuvre dans le textile. Parce qu’on me regarde d’un air vaguement gêné lorsque Arafat vient de faire une déclaration fracassante ou qu’un terroriste islamiste a été arrêté. Et on s’étonne quand je suis pas au courant des moindres détails de l’affaire, comme si je passais mes nuits à regarder El Jazira sur le câble. » Quant au ramadan, tout le monde est d’accord : c’est une affaire privée, le respecte qui veut, et ça ne doit empêcher personne de bosser. « Le jour où j’ai entendu un de mes potes se prendre en pleine tronche : « tu n’as pas réalisé tes objectifs, normal, en plein ramadan, tu n’étais pas vraiment dispo », jai compris ce que ressent ma copine Muriel quand on lui dit que, si elle a planté un budget, c’est parce qu’elle a trois enfants et que, forcément, elle a du mal à gérer sa vie professionnelle" dit Nasser.

Un problème que ne connaissent pas Farida ni bon nombre de filles d’immigrés. Parce que, chez celles « qui s’en sont sorties », on observe que la vie perso a plutôt morflé au passage. « Je n’ai ni mari ni enfants, juste un mec avec qui je sors vaguement, raconte Samia. J’ai fais un choix conscient, celui de ne pas avoir le profil de l’épouse standard pour quelqu’un de ma communauté. Bien sûr, j’aurais pu épouser un garçon d’une autre origine, mais ça ne s’est pas fait. Sans doute aussi parce que je n’avais pas beaucoup de place dans ma vie pour autre chose que le boulot. Quand vous êtes une femme et une immigrée, vous devez vous battre deux fois plus que tout le monde, on ne vous pardonne rien. Alors ma vie privée en a pris un coup. »(…)
« L’intégration , ça dépend pas mal de nous aussi, assure Nouredine. Certains de mes collègues me gonflent carrément à invoquer leurs origines des que ça coince. Jai entendu un jeune Marocain s’indigner de ne pas avoir été pris à Canal + « parce qu’ils sont racistes ». Alors que c’était la grande époque où tout le monde voulait y bosser. Les Français aussi ramaient pour être embauchés ». Ca nous rappelle la fois où un mec a été engagé pour un poste qu’on convoitait. Et la petite parano féministe qui s’en est suivi…

Source : BIBA

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