Mouvements de protestation : la répression, un danger pour le Maroc

- 13h33 - Maroc - Ecrit par : L.A

Dimanche 22 mai de nombreux manifestants ont été blessés lors d’une vague de répressions violentes dans de nombreuses villes marocaines. Une répression dangereuse qui pourrait coûter cher à "l’exception marocaine" et faire monter d’un cran les protestations dans le pays.

Les manifestants, moins nombreux ce dimanche que lors des précédentes marches, ont poussé le Maroc et le Roi à engager des réformes importantes dont la révision de la constitution annoncée le 9 mars dernier.

Mais ces réformes n’ont pas réussi à calmer la rue, les demandes de changements se font de plus en plus pressantes. Réprimer ces marches, même interdites par la violence semble être la nouvelle politique des autorités marocaines. Une décision dangereuse qui ouvre la porte au durcissement des mouvements de protestations, voire un scénario semblable aux révoltes tunisienne et égyptienne !

Interrogé sur ces manifestations et sur l’intervention brutale des forces de l’ordre ces dernières semaines (cf. 15 mai, 22 mai) par Babylon&Beyond, Metsa Rahimi, spécialiste du Maghreb, estime qu’interdire les marches populaires offre justement aux protestataires une raison de plus pour descendre dans les rues.

"Les autorités n’ont pas autorisé cette marche dans la capitale ce weekend, marche qui a pourtant été autorisée dans le passé. C’est une décision qui mène à de nouvelles protestations et quand ça commence, ça ne fait qu’augmenter. On l’a vu ce weekend, les gens critiquent le makhzen et les élites et ont scandé « A bas le le régime ! Nous voulons plus de réformes, plus de liberté ». Quand la police utilise la force, le peuple s’attaque au gouvernement."

L’analyste n’est d’ailleurs pas convaincu du changement qu’apportera la réforme de la constitution. "Fin juin, le Roi est supposé annoncer les réformes prévues pour la constitution. Le Maroc a été considéré pendant des années comme l’un des pays les plus réformistes. L’Europe l’a toujours regardé avec respect, mais nombreuses sont les réformes superficielles. Beaucoup parlent de réformes constitutionnelles, mais cela changera t-il réellement la donne ?"

Interrogé sur le fait que le Maroc n’ait pas connu de protestations comme en Libye ou en Tunisie, Metsa Rahimi estime que si au Maroc tout s’est passé en douceur jusqu’à présent, c’est parce que la force n’a pas été utilisée contre les manifestants, mais cela change. "La violence continuera à monter et ce tant que le Mouvement du 20 février refuse de participer à la réforme de la constitution et préfère rester dans les rues. Le Mouvement n’est d’ailleurs plus très clair, les islamistes du mouvement Al Adl wal Ihssane se sont infiltrés dans le Mouvement, par conséquent, les revendications de ce dernier ne sont plus très claires."

"Si la police continue à user de la force et que le Mouvement continuer à opter pour la rue plutôt que de participer aux réformes, la situation pourrait s’aggraver rapidement" conclut l’analyste.

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