Revolut au Maroc : L’arrivée retardée qui arrange beaucoup les banques marocaines
Bank Al-Maghrib repousse le dossier Revolut, officiellement en raison de chantiers prioritaires. Ce délai offre aussi aux banques marocaines le temps d’accélérer leur offensive digitale face aux néobanques.
Revolut devra patienter avant d’espérer avancer au Maroc. Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, a expliqué avoir reçu les responsables de la fintech début juin, mais leur a clairement fait comprendre que le moment n’était pas favorable.
Sur Bladi.net : Revolut frappe à la porte, la Banque du Maroc dit non
La réponse officielle est connue : Bank Al-Maghrib a d’autres dossiers plus urgents. Le premier concerne les banques marocaines installées en Europe et leur rôle de relais dans les transferts des MRE. Le wali a également évoqué des évaluations internationales prévues en fin d’année, qui mobilisent la banque centrale.
Mais cette temporisation a un autre effet : elle donne du temps aux banques marocaines. Depuis les premières informations sur l’intérêt de Revolut pour le Maroc, le secteur bancaire traditionnel sait qu’il pourrait devoir faire face à un concurrent redoutable sur les paiements, les transferts, la banque mobile et la clientèle connectée.
Le lancement de Simple par Attijariwafa bank illustre cette accélération. Présentée comme une néobanque marocaine, l’application reprend plusieurs codes qui ont fait le succès des nouveaux acteurs financiers : ouverture de compte rapide, services accessibles depuis le mobile, carte bancaire, paiements, épargne et usages du quotidien.
Le coup de pouce de Jouhari aux banques marocaines
En s’adressant aux responsables de la fintech, Jouhari a rappelé que Revolut s’intéressait à « une catégorie d’opérations » où « les acteurs marocains sont très, très engagés ».
Cette formule en dit long sur la prudence de la banque centrale. Revolut ne viendrait pas seulement proposer une application moderne. La fintech entrerait sur un terrain déjà stratégique pour les banques marocaines, en particulier autour des flux internationaux, des paiements et de la clientèle habituée aux services numériques.
Pour les établissements marocains, le délai accordé par Bank Al-Maghrib est donc précieux. Il leur permet de renforcer leurs propres offres digitales avant qu’un acteur mondial comme Revolut ne revienne frapper à la porte. Le wali a d’ailleurs été clair avec ses interlocuteurs : il faut d’abord régler les problèmes en cours avant de reprendre la discussion.
Le calendrier est donc très favorable aux banques marocianes. En repoussant le dossier, Bank Al-Maghrib évite d’ouvrir un nouveau front alors que le secteur bancaire marocain est déjà engagé dans une course accélérée vers la banque mobile.
Sur Bladi.net : Revolut au Maroc : Jouahri remet les pendules à l’heure
Revolut n’a pas demandé d’agrément, a insisté Abdellatif Jouahri. Ses responsables ont seulement exprimé leur intérêt pour le Maroc. La porte n’est donc pas fermée. Mais d’ici à une éventuelle nouvelle rencontre, les banques marocaines auront gagné du temps pour occuper le terrain.