Sam Touzani : Religieusement incorrect

- 11h22 - Belgique - Ecrit par :

Tout commence par une grande frayeur. Puis il y a les rires. Enfin, comme dans tout spectacle, il y a l’explosion finale. Sam Touzani, l’interprète du (anti-)héros Kamel Léon, ne se gave pas d’applaudissements qu’il interrompt pour déclarer que le théâtre, que ce spectacle n’existe pas pour dire comment il faut penser mais pour dire qu’il faut penser. Fin. Le public, nombreux (la pièce affiche complet tous les soirs), s’en va, un peu groggy, ne sachant trop quoi penser justement.

Du coup, pour se détendre, on passe par le bar, on commande une bière et on tente de se rappeler quelques bons mots cinglants et acides lancés par Kamel Léon, nom de scène d’un jeune arabo-musulman de la banlieue parisienne qui veut devenir une star du stand-up à la Jamel Debbouze. Kamel est ambitieux : il vise l’Olympia. Pour y arriver, il décide de frapper fort et se déguise en Ben Laden. Affublé d’une fausse barbe, il dispense un humour corrosif aussi efficace qu’un Boeing sur une tour. Ses premières prestations dans une petite salle sont un succès. Il rit avec talent autant de l’imam que du français moyen raciste qui a peur de lui et de tous ses frères d’origine difficile, comme dit l’auteur. Un producteur alcoolique le repère. Kamel démarre son ascension sous l’œil suspicieux de l’imam local avec qui il doit négocier pour pouvoir poursuivre sa carrière.

Yassir Benmiloud dit Y.B. est journaliste algérien à El Watan dans les années 90. Inutile de dire pourquoi il se voit contraint de s’exiler en France (en 1998). Après cinq ans de vie hexagonale, il écrit Allah Superstar en 2003, roman à l’écriture brillante, au croisement entre les attentats du 11 septembre 2001 et l’accessit de Le Pen au 2e tour des élections présidentielles françaises, en avril 2002, entre l’exclusion des jeunes beurs isolés en banlieue et l’islamisme.

Le texte, adapté pour le théâtre par Roland Mahauden, est jouissif. On rit des blagues souvent politiquement incorrect de Kamel Léon, futur king du stand-up. Les réflexions cyniques fusent à une cadence soutenue dans la première demi-heure et donne au spectacle rythme et percussion. Kamel Léon décrit sa vie, ses galères, ses espoirs, ses visions, celles d’un jeune arabo-musulman qui se moque des Français mais aussi de l’islam. « Les juifs rient de leur rabbins, les chrétiens de leur curé mais les musulmans rient généralement très peu de leur imam » nous dira Sam Touzani au cours d’un entretien avec l’acteur. « Cette histoire a le mérite de désacraliser et de remettre l’église au milieu du village, la mosquée au milieu du village. » ajoutera-t-il.

On rit mais les choses évoluent et, par le truchement de la mise en scène, une épaisseur malsaine imperceptiblement apparaît, comme une liane qui s’enroule petit à petit autour de l’arbre. On continue à rire mais il y a un comme un peu de jaune. La situation de Kamel Léon ne parvient plus à se montrer comme une simple situation comique. Non, Allah Superstar, ce n’est pas Les Bronzés ou un sitcom de banlieue. Il y a quelque chose de douloureux et de violent dans la vie de ce jeune beur que son envie de faire rire ne parvient plus à masquer, malgré lui. Alors que son humour et donc son détachement décapant le rendaient fort au début, on le voit de plus en plus comme une victime à mesure que l’on rentre dans sa vie. Et quand la fin survient, on se dit qu’on ne l’avait pas vue venir et en même temps...

Portée par un comédien engagé qui sait de quoi il parle (voir portrait), Allah Superstar est une pièce réussie car elle gagne son pari : décrisper sur des sujets délicats comme l’exclusion de l’étranger et l’islamisme pour ensuite permettre d’y penser sans clichés ni préjugés. Une œuvre du présent, essentielle et particulièrement conseillée aux jeunes, avant que les médias et leurs flots d’images brutes n’aient trop pollués leurs cerveaux de peur et de bêtise.

Allah Superstar est joué au théâtre de Poche jusqu’au 19 mars. C’est complet tous les soirs. Cependant, vu le succès rencontré par la pièce, une reprise est d’ores et déjà prévue du 9 au 24 mai.

Fabrice Cecch - Dernière Heure

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