Soupçonnée d’espionnage auprès du Maroc, elle est emprisonnée puis blanchie aux Pays-Bas

- 00h00 - Monde - Ecrit par : Bladi.net

Une ex-employée de l’agence antiterroriste néerlandaise, d’origine marocaine, raconte sa détention abusive pour des soupçons de fuite de secrets d’État. Blanchie après deux ans, Anissa dénonce des conditions carcérales inhumaines et les failles sécuritaires de son ancienne administration.

Arrêtée pour des soupçons de possession et de divulgation d’informations classifiées en lien avec le Maroc, Anissa a décrit un parcours carcéral marqué par l’isolement et l’humiliation. Privée de tout contact avec sa famille durant les premiers jours, elle a été transférée à la prison de Nieuwersluis où elle a subi des fouilles corporelles intégrales traumatisantes et des conditions d’hygiène dégradantes. « Ce fut un nouveau traumatisme », a-t-elle confié, relatant une perte de poids drastique et des pensées suicidaires face à un système pénitentiaire sourd à sa détresse médicale et psychologique, relate Ad.nl.

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Au cœur de l’accusation, les enquêteurs reprochaient à la fonctionnaire d’avoir imprimé et emporté des documents à son domicile. Anissa a toutefois maintenu avoir agi dans le cadre d’un accord verbal avec sa hiérarchie lors d’une reprise progressive du travail après un burn-out. Chargée de la mise en conformité RGPD des dossiers, elle assure que « mon supérieur en avait été explicitement informé » et qu’aucun protocole de sécurité spécifique ne lui avait été imposé pour le télétravail, une version contestée par ses chefs mais corroborée par l’absence de directives écrites contraires.

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La défense a mis en avant les incohérences de la NCTV (l’agence nationale de lutte contre le terrorisme), pointant un audit de fin 2024 qui révélait de graves défaillances dans la sécurisation des données au sein de l’institution. La Marocaine estime avoir servi de levier de pression dans l’enquête visant un autre suspect, Abderrahim el M, alors que le volume de preuves la concernant était minime. Après six semaines d’isolement total, elle a finalement pu livrer sa version des faits, recevant même par la suite une carte de soutien de son ancienne agence alors que l’instruction suivait son cours.

L’affaire s’est conclue par un non-lieu discret, mais non sans un dernier bras de fer juridique. Le Ministère public a tenté de conditionner l’abandon des poursuites à la renonciation de toute indemnisation, une offre rejetée par l’accusée. Face à la perspective d’un procès public où la défense menaçait d’exposer l’ensemble des dysfonctionnements internes sans filtre, la justice a finalement classé le dossier sans suite deux ans après les faits, mettant un terme à une procédure qualifiée d’abusive par la défense.