Télécoms, la concurrence encore biaisée

- 23h13 - Maroc - Ecrit par : L.A

Le consommateur marocain ne profite pas encore de tous les effets de la concurrence en matière de télécommunications, alors que la libéralisation du secteur date de bientôt dix ans et que, depuis trois ans, le fixe, dernier bastion protégé, a été ouvert à la concurrence.

La raison : pour des considérations de rentabilité, les opérateurs, les deux derniers en particulier (Méditel et Wana), ont choisi d’investir certains créneaux et de retarder leur entrée dans d’autres. Le jeu de la concurrence s’en trouve faussé. Les trois opérateurs sont théoriquement présents dans les secteurs du fixe (dans ses variantes filaire et à mobilité restreinte), du mobile et de la 3G, mais, dans les faits, le secteur abrite deux duopoles, l’un dans le fixe, investi par Maroc Telecom, opérateur historique, et Wana depuis 15 mois ; l’autre dans le mobile, toujours avec l’opérateur historique, mais face à Méditel cette fois.

Pour ce qui est de l’internet, le tableau semble plus complet puisque les trois opérateurs sont aujourd’hui effectivement présents, avec des offres issues de technologies différentes (l’ADSL et la 3G).

Méditel ne veut pas encore du fixe sur le résidentiel

Pour Abdellah Zaouia, docteur en sciences de gestion et enseignant chercheur à l’Institut des postes et télécommunications (INPT), le secteur est dans « une période de concurrence limitée et régulée », même si, ajoute-t-il, « nous avons assisté à une profusion de produits et à des baisses non négligeables des prix tout comme à un élargissement tout à fait surprenant du marché ». Ce dernier compte aujourd’hui plus de 20 millions de clients dans le mobile et près de 2,7 millions d’abonnés post ou prépayés dans le fixe.

La question est maintenant de savoir si nous sommes en retard et en quoi ? Sur le plan de la libéralisation du mobile, le processus a été mené tout à fait correctement, comme d’ailleurs pour la démonopolisation du fixe qui est intervenue plus tard. Mieux encore, fait-on remarquer à l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), chacun des trois opérateurs a acquis trois licences (regroupées dans une globale) et peut donc investir dans les créneaux aussi bien du fixe que du mobile ou de la 3G.

Cette possibilité existe pourtant sur le papier seulement. En effet, les opérateurs investissent un créneau en fonction des opportunités qui s’y offrent. Par exemple, Méditel qui, théoriquement, devrait avoir investi le fixe, n’y est que pour les entreprises et non pour le résidentiel. Ainsi, selon les dernières statistiques de l’ANRT, le deuxième opérateur a convaincu 5 473 abonnés avec lesquels il réalise un chiffre d’affaires de 37 MDH.

Mais il se garde bien de lancer une offre grand public. Quoi qu’il en soit, il ne contrevient à aucune disposition de son cahier de charges puisque, si un opérateur dispose de 18 mois pour commercialiser des produits sur les licences concédées (le bilan, lui, ne peut se faire qu’au bout de 48 mois), aucune obligation ne lui est faite ni quant à la manière ni quant à la cible. Même s’il a acquis une licence qui lui permet de toucher 30 millions de consommateurs, il peut se contenter de toucher la part qu’il juge rentable s’il estime l’investissement trop lourd.

Même une fois le dégroupage entré en vigueur, le point de vue de Méditel est connu à propos du fixe. L’opérateur considère que le prix de location pour le portage et l’acheminement (100 DH par mois pour chaque ligne dégroupée) est trop élevé et ne laisse pas assez de marge. Cependant, à partir du 8 juillet prochain, les opérateurs ne pourront refuser la migration d’un client chez eux, quel que soit son coût.

Interrogés sur le problème de la concurrence, aucun des opérateurs n’a souhaité s’exprimer sur le sujet. Pour autant, le tableau n’est pas noir dans les télécommunications et d’ailleurs le Maroc n’est pas si mal noté par l’Union internationale des télécoms (UIT) puisqu’elle le classe au 78e rang, avant l’Algérie (82e), la Tunisie (83e) et l’Egypte (90e).

Chez le régulateur, on fait remarquer qu’il serait dangereux de mettre la charrue avant les bœufs, même dans un domaine où les mutations s’opèrent à la vitesse de la lumière. « Si on avait accepté, par exemple, le principe des offres double ou triple play (qui incluent la voix, les données et l’image) avant le dégroupage, l’opérateur historique n’aurait fait qu’une bouchée de ses concurrents. En effet, ils auraient été incapables de répliquer par des offres similaires puisqu’ils n’avaient pas l’infrastructure pour des offres similaires. Il est même probable qu’on serait revenu à une situation de monopole », explique-t-on.

L’agence de régulation pousse à plus de transparence

Concernant le mobile, le troisième opérateur cherche les moyens nécessaires (évalués à 5 milliards de DH) pour y faire son entrée, et tout laisse penser qu’il va le faire. Mais ce ne sera pas facile. Sur ce créneau, le taux de pénétration était de 64% à fin mars 2008. Deux questions se posent : quelle part de marché peut-il espérer ? Le délai prévu pour le retour sur investissement sera-t-il en accord avec son business-plan ? Sachant que Wana est le seul opérateur à avoir investi en si peu de temps dans le fixe à mobilité restreinte, internet et, incessamment, dans le mobile, on peut aussi s’interroger sur sa politique commerciale. Va-t-il, lui aussi, choisir un petit créneau sur le mobile au lieu de faire une offre grand public ? Rien ne l’en empêche.

Malgré toutes ces hésitations, il faut noter deux grandes décisions de l’ANRT (qui a traité 27 litiges au total depuis l’arrivée de Méditel, dont 10 par le biais de la conciliation) qui sont annonciatrices d’une nouvelle donne.

La première concerne l’offre tarifaire d’interconnexion. Cela veut dire que les opérateurs ne vont plus s’entre-facturer selon le nombre de minutes et de temps de communication, mais sur le principe de la négociation de flots illimités. Ce dispositif ne manquera pas de mettre la pression sur les opérateurs afin qu’ils baissent progressivement leurs prix et qu’ils proposent des offres plus concurrentielles.

La deuxième grande décision du régulateur est d’avoir accepté le principe de l’asymétrie du prix de terminaison d’appel. Cela veut dire que dans le prix de l’interconnexion, l’on prend en considération la taille, l’investissement de l’opérateur et l’amortissement de ses équipements.

Cela ne manquera pas de permettre à ces derniers de réduire leurs redevances et de dégager des ressources pour financer leurs investissements sur des segments où ils sont encore peu présents .

Source : La vie éco - Mohamed El Maâroufi

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