Tensions Maroc-Algérie : enfin une voie de dialogue ?
Le Forum maghrébin pour le dialogue, dédié à la promotion de la culture du dialogue dans la région du Maghreb, a appelé à une médiation de la Mauritanie, la Libye et la Tunisie, en vue de réconcilier le Maroc et l’Algérie, dans le respect des principes de neutralité et d’équilibre.
Rétablir le dialogue entre l’Algérie et le Maroc. C’est le souhait du Forum maghrébin pour le dialogue en appelant à cette médiation tripartite. « La réussite de cette démarche ne se limite pas à sa portée symbolique, mais représente une voie pratique pour reconstruire la confiance entre les deux pays, permettant de relancer les trajectoires de coopération interrompues depuis des années, et ouvrant la voie à l’élaboration d’une vision commune capable de renforcer la cohésion de la région et de protéger sa stabilité », indique le Forum dans un communiqué. Et d’ajouter : « En ce moment précisément, l’apaisement et le rétablissement des relations entre l’Algérie et le Maroc deviennent la pierre angulaire de la réorganisation de la maison maghrébine, et une condition nécessaire pour permettre aux peuples de la région d’aspirer à un avenir plus stable, équilibré et harmonieux. »
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Pour cette organisation, « la stabilité dans la région maghrébine constitue l’un des plus grands défis auxquels sont confrontés peuples et gouvernements à la fois, dans un contexte de persistance des tensions entre l’Algérie et le Maroc et des répercussions politiques, économiques et sécuritaires qui en découlent et affaiblissent les possibilités d’intégration commune ». Pour cette raison, le Forum estime que la médiation est devenue « une nécessité urgente et non un choix de confort, car l’avenir de la région dépend désormais directement de sa capacité à gérer ses différends internes avec un esprit collectif capable de dépasser les calculs étroits. » Dans ce sens, le Forum a insisté sur « le rôle que peuvent jouer les trois pays maghrébins : la Mauritanie, la Tunisie et la Libye, en tant que parties relativement neutres disposant de particularités qui en font un pont naturel entre l’Algérie et le Maroc ».
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« La Mauritanie occupe aujourd’hui une position centrale dans toute conception de médiation régionale, en particulier à la lumière de la stabilité politique relative dont elle jouit par rapport à un environnement régional turbulent ; malgré les défis économiques et de développement, Nouakchott maintient des relations équilibrées et calmes avec l’Algérie et le Maroc […] De même, sa position prudente et mesurée sur la question du Sahara renforce son image de partie neutre recherchant la stabilité et non l’alignement… », développe le Forum dans son communiqué, précisant que « la géographie mauritanienne constitue un facteur influent dans la compréhension de son rôle, car elle se situe à un point de rencontre entre l’Algérie, le Maroc et la région du Sahel, ce qui rend sa sécurité intérieure étroitement liée à la stabilité de ses voisins, et lui confère une motivation objective pour travailler à réduire les tensions et à rapprocher les points de vue entre les deux parties, dans le cadre d’une vision plus large visant à renforcer la stabilité de la région maghrébine ».
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Quant à la Tunisie, elle « représente un atout important dans tout effort de médiation maghrébine, malgré les circonstances politiques et économiques qu’elle traverse actuellement ; la diplomatie tunisienne conserve un long héritage de modération et de quête du consensus, un héritage qui lui confère une capacité morale à jouer le rôle de facilitateur entre des points de vue divergents », explique la note, ajoutant qu’en dépit des défis sécuritaires auxquels elle fait face, la Libye « reste une composante essentielle de l’ensemble maghrébin, et sa présence — même minimale — reflète une volonté réelle d’élaborer une approche globale qui ne se limite pas à deux parties, mais qui inclut toutes les composantes de l’espace maghrébin dans la construction d’une nouvelle démarche de dialogue. De plus, sa position géographique et l’imbrication de ses dossiers sécuritaires avec ceux des pays voisins rendent sa stabilité inséparable de celle de toute la région. »
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Le Forum maghrébin pour le dialogue estime que « la convergence des rôles de la Mauritanie, de la Tunisie et de la Libye peut constituer un véritable levier pour lancer une nouvelle dynamique axée sur la construction de la confiance entre l’Algérie et le Maroc à travers des étapes simples et progressives, sans aborder directement les dossiers complexes ; l’objectif premier n’est pas de résoudre toutes les questions, mais de créer un climat permettant de rétablir les canaux de communication et de réduire les tensions médiatiques et politiques, en prélude à un processus de dialogue plus large s’inscrivant dans une vision commune de relance du projet maghrébin ». Selon le Forum, « les expériences internationales ont montré que les médiations régionales, lorsqu’elles sont multilatérales et en phase avec les particularités de la région, sont plus acceptées et durables que les initiatives individuelles ou les pressions extérieures ».
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Pour rappel, Rabat a toujours maintenu une approche de main tendue envers l’Algérie. Cette politique d’ouverture a été exprimée à plusieurs reprises par le roi Mohammed VI. Dans son discours prononcé fin octobre, au lendemain de l’adoption de la résolution onusienne sur le Sahara validant le plan d’autonomie proposé par le Maroc depuis 2007, le monarque alaouite a appelé « son frère, Son Excellence le président Abdelmadjid Tebboune, à un dialogue fraternel et sincère entre le Maroc et l’Algérie, afin de dépasser les différends et de bâtir de nouvelles relations fondées sur la confiance, les liens de fraternité et le bon voisinage. Nous réaffirmons également notre engagement à poursuivre le travail en vue de la relance de l’Union du Maghreb arabe, sur la base du respect mutuel, de la coopération et de la complémentarité entre ses cinq États. »