Maroc-Algérie : ce réseau intact qui ne sert à rien
Malgré des infrastructures parfaitement opérationnelles, la ligne électrique reliant le Maroc et l’Algérie est à l’arrêt total depuis plus de quatre ans. Une enquête de la plateforme spécialisée Attaqa révèle l’ampleur du gâchis économique de ce blocage, emblématique des tensions qui paralysent l’intégration énergétique dans le monde arabe.
C’est le constat d’un immense potentiel inutilisé. Selon un rapport récent de la plateforme basée à Washington, la liaison électrique entre le Maroc et l’Algérie demeure techniquement intacte, mais politiquement débranchée. Si le réseau marocain reste officiellement « connecté » à son voisin, aucun échange d’énergie n’a été enregistré depuis la fin du mois d’octobre 2021.
Un réseau de haute technologie à l’arrêt
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L’enquête rappelle que les deux pays disposent pourtant d’une infrastructure robuste, fruit de décennies de coopération :
• Deux lignes de 225 kV : En service depuis 1988, reliant Oujda à Ghazaouet et Tlemcen.
• Une ligne de 400 kV : Opérationnelle depuis 2008 entre les stations de Bourdim et Sidi Ali Bousidi.
Ce système permettait autrefois des flux massifs : l’Algérie pouvait exporter jusqu’à 1 000 mégawatts vers l’Espagne via le transit marocain, et importer jusqu’à 700 mégawatts du Maroc en cas de pic de demande. L’arrêt de cette ligne, survenu en même temps que la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, prive aujourd’hui la région d’un levier majeur de stabilité et d’optimisation des coûts.
Le Maroc et l’Algérie, symboles d’une intégration arabe en panne
Le cas maroco-algérien n’est pas isolé, mais il est le plus frappant car il ne souffre d’aucune contrainte technique, contrairement aux réseaux syriens ou libanais dévastés par les guerres.
En Jordanie et en Syrie, les ministres de l’Énergie ont tenté une médiation en novembre 2025 pour réactiver leur propre ligne, mais ils se heurtent à des infrastructures détruites. À l’inverse, entre le Maroc et l’Algérie, les câbles sont prêts et les postes de transformation sont opérationnels.
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L’avenir de cette intégration reste incertain. Alors que l’Égypte a signé un nouvel accord le 29 décembre 2025 pour secourir le Liban en gaz, le Maghreb reste figé dans une impasse électrique où la géopolitique l’emporte sur l’efficacité énergétique et la transition vers les énergies renouvelables.