Transit 2005 : Dur, dur ! le retour au pays

- 18h03 - Espagne - Ecrit par :

Il est 15h, vendredi 15 juillet, au port d’Algésiras. Il fait très chaud et de violents coups de klaxon retentissent du côté des quais d’embarquement.

Sous un soleil de plomb, alignés les uns derrières les autres, les véhicules attendent leur tour pour embarquer. L’un des deux bateaux, qui se trouvent en place, a déjà entamé l’embarquement, mais très lentement. Apparemment, la machine n’est pas encore bien huilée.
Enervés, les passagers s’impatientent. La fatigue est bien visible sur leurs visages crispés et mal rasés. Rares affichent un sourire.

Dans les voitures, femmes, enfants et personnes âgées semblent souffrir. Les bébés, effrayés par le vacarme et étouffés par la chaleur torride pleurent. Fatigue, chaleur et attente, « c’est l’enfer », souligne un passager.

Talkis walkis à la main, les responsables de l’embarquement des véhicules s’agitent dans tous les sens. Seuls les agents de la police portuaire sont impassibles. D’un regard dur, parfois agressif, ils rappellent les impatients à l’ordre.

Selon un passager, hors de lui, cela fait plus de quatre heures qu’il attend, avec sa famille, sous un soleil de plomb. En effet, les zones d’ombre au port d’Algésiras sont très rares et l’attente est de plus en plus longue. « D’autres voitures, arrivées après nous, ont déjà embarqué alors que nous sommes toujours ici. C’est le désordre », souligne-t-il.

Cependant, les responsables de la compagnie de transport ont d’autres explications. Selon eux, l’opération d’embarquement des véhicules obéit à certaines règles. Elle dépend de la hauteur et de la taille de chaque voiture. « Pour optimiser l’espace, nous avons nos techniques que les passagers ne veulent jamais admettre. C’est pour cela qu’ils se mettent en colère dès qu’une voiture passe avant la leur », explique un responsable.

Selon ce dernier, malgré les grands efforts déployés par tous les partenaires, les passagers sont toujours très impatients. « Mais, c’est compréhensible, vu l’état de fatigue et de stress dont ils souffrent », ajoute-t-il.

De leur côté, malgré la fatigue et la colère, certains passagers confirment cette situation. « Avant, le voyage était beaucoup plus pénible. Les attentes étaient encore plus longues. Une fois, nous étions obligés d’attendre plus de trois jours avant d’embarquer », raconte un MRE. Lors des dernières années, ce qui est plus difficile dans le voyage, selon les MRE, est la fatigue. Tout le reste est gérable. « En plus du bon état des routes, beaucoup d’efforts ont été également déployés aux niveaux de l’assistance aux ports, des rotations des bateaux et des facilités au niveau de la douane. Cependant, le voyage reste très pénible », témoigne un passager. « Seul notre amour pour le pays nous aide à supporter ce périple », ajoute-t-il.

Toutefois, si les premières générations des MRE sont attachées à leur pays, il est autrement pour la deuxième et la troisième. « Nos enfants nés en Europe se détachent davantage de leurs pays d’origine. Ils refusent de plus en plus de venir au Maroc », regrette un MRE.

D’autre part, les vols et les arnaques, surtout en Espagne, représentent également une source de tracas pour les MRE. Selon les statistiques du Consulat du Maroc à Algésiras, quelque 47 cas ont été enregistrés, depuis le début de l’opération, jusqu’au 14 juillet. Pour la plupart des cas, les voleurs se présentent en tant qu’agents de la police, avec gilets et badges. Ils dépouillent les victimes de leur argent en prétendant que les billets sont falsifiés. D’autres se faufilent parmi les MRE, dans les stations et les aires de repos et profitent des moments de baisse de vigilance pour commettre leurs vols.

Par ailleurs, certains MRE ont aussi une part de responsabilité dans la fatigue et le stress. C’est le cas de ce passager qui, par manque d’organisation, se présente chez les autorités avec le passeport de son frère. Un autre a été surpris de découvrir que le passeport de son épouse a expiré depuis six mois. « Ils n’ont même pas vérifié leurs documents avant d’entamer leur voyage », commente une personne de la Fondation Mohammed V.

D’autres, ne préparent pas bien leur voyage et se contentent de quelques rares pauses. Ils veulent gagner du temps et avoir un minimum de frais durant le voyage. « C’est un mauvais calcul. Moi, j’entame mes vacances dès que je sors de ma maison », indique un jeune MRE. « Je préfère dormir à l’hôtel, rouler doucement et m’arrêter quand je veux. Ceux qui font le contraire, et c’est la majorité écrasante, encourent un grand risque », ajoute-t-il.

De son côté, la Fondation Mohammed V assure un rôle important dans cette opération de transit. Au port d’Algésiras, une équipe de douze assistantes se trouve sur les lieux. L’équipe dispose d’une voiture pour les différents déplacements d’assistance. Des vacataires sont également engagés pour assurer la traduction et assister les MRE. Selon les statistiques du consulat du Maroc à Algésiras, le nombre des incidents et prestations fournies aux MRE du 15 juin au 14 juillet, s’élève à 77 laisser-passez, 47 déclarations de vol, 46 procurations, 17 déclarations de perte et 16 autres prestations différentes. Aucun accident de circulation, ni décès n’ont été enregistrés.

En cette journée du vendredi 15 juillet, les journalistes de L’Economiste ont pu suivre une opération de la Fondation. Il s’agit d’un jeune MRE qui avait perdu son passeport. La personne a été d’abord conduite (dans la voiture de la Fondation) pour faire la déclaration de perte, auprès de la police espagnole. Un vacataire de la Fondation assurait la traduction. Ensuite, le jeune a été transporté et assisté pour une prise de photos. Par la suite, le représentant du consulat du Maroc au port a pris le relais. En moins de deux heures, la victime avait son laisser-passez pour entrer au Maroc. « C’est un travail formidable que la Fondation assure. Quand j’ai découvert que j’ai perdu mon passeport, j’avais décidé de revenir en France. J’ai dit adieu les vacances.

Heureusement qu’ils étaient là ! » assure le jeune MRE. Les assistantes se sont également déplacées à l’hôpital pour s’enquérir de l’état de santé d’une personne âgée, qui a été victime, la veille, d’une intoxication alimentaire. Il voyageait seul au bord d’un autocar et avait mangé du poulet périmé. Il a été transporté à l’hôpital dans un état critique. A l’hôpital, le vieil homme, originaire du sud du Maroc, ne voulait rien savoir. Tout ce qui importe pour lui, c’est rentrer à « tamazirt » (au pays).

Les assistantes avaient contacté la famille du malade au Maroc pour la rassurer. Elles sont revenues encore une autre fois à l’hôpital, en début d’après-midi, pour prendre l’avis du médecin traitant. Cependant, pendant la nuit du 15 au 16 juillet, vers 2h45, alors que les services espagnols assuraient bel et bien leur permanence, les locaux de la Fondation et du représentant du consulat étaient bien vides, les lumières éteintes et les portes fermées. Les journalistes de L’Economiste avaient même frappé à la porte, mais en vain. Pourtant, les assistantes avaient confirmé qu’elles travaillent 24 heures sur 24. Silence radio aussi durant la nuit du 17 au 18 juillet.

Le retour est plus difficile

Selon Fouad El Aoufi, consul du Maroc à Algésiras, beaucoup d’efforts ont été déployés de part et d’autre pour faciliter l’opération. L’attente au port d’Algésiras est moins longue que par le passé. Pour preuve, L’aire de repos, située à environ 8 km de la ville et prévue en cas de blocage du port, n’a pas fonctionné depuis quatre ans. La fluidité au niveau du port est satisfaisante.

Cependant, l’opération du retour, en fin août est plus difficile que celle de l’aller. Elle connaît plusieurs problèmes, surtout ceux qui sont causés par les autocars. Parfois, certains sont bloqués par les autorités portuaires pour des motifs différents, alors que les passagers ont passé les frontières. Parmi ces motifs, l’arrestation de clandestins à bord ou des problèmes techniques « Imaginez une cinquantaine de passagers qui débarquent d’un seul coup au consulat et auxquels l’on doit trouver des solutions », souligne le consul. « Ces cas sont très fréquents en période de retour. La tâche est encore plus dure quand la compagnie de transport est fictive et que tous les numéros de téléphone qui figurent sur le billet n’existent pas », ajoute-t-il.

Par ailleurs, le consulat reçoit entre 100 à 120 personnes chaque jour, pour différentes prestations. Le nombre de ces dernières connaît une hausse sensible durant la période qui précède l’opération de transit. Les affaires les plus courants sont le prolongement et l’obtention des passeports, les états civils, les affaires sociales et notariales. L’octroi des passeports s’effectue en une journée. Voire une heure, selon le consul.

Fatigue et maux de tête

A côté des locaux de la Fondation Mohammed V et le représentant du consulat du Maroc au port d’Algésiras, se trouve la Croix rouge espagnole. Au total, quelque 155 éléments seront mobilisés lors de cette opération de transit. 36 personnes, dont cinq professionnels et 31 bénévoles, sont présents pour la période qui s’étale jusqu’au 25 juillet.

La Croix dispose de 4 ambulances, deux véhicules pour les différents déplacements et un hôpital gonflable, qui sera installé dans les prochains jours. Selon Fernando Vera, directeur provincial de la santé et secours de la Croix rouge, ce service assure les premiers soins médicaux, le transport sanitaire et la coordination entre les différents services. Il dispose également d’une crèche pour les enfants. La fatigue, les maux de tête et des yeux figurent en tête des interventions du service.

Légère hausse

Le port d’Algésiras enregistre toujours l’essentiel de l’opération de transit des MRE. Depuis le début de la compagne jusqu’au 14 juillet 2005, une légère hausse a été enregistré par rapport à la même période de l’année précédente. Au total, ce sont 322.121 passagers contre 304.084 l’année dernière qui ont transité par le port. Pour les véhicules, quelque 73.057 (68.412 en 2004) sont passés par le port.

Quant au nombre de rotations des bateaux, il s’élève cette année à 1.530 contre 1.313 pour la même période de l’année dernière.
Pour la journée du 14 juillet seulement, les passagers ont été au nombre de 17.482 (12.982 à destination de Tanger et 4.500 pour Sebta). Le nombre des véhicules s’est chiffré à 4.286 (Tanger 3.271 et Sebta 1.015). Le nombre de rotations s’est élevé à 57 (Tanger 38 et Sebta 19).

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