Trois cabinets, 160 000 dollars par mois : la machine d’influence du Maroc à Washington

- 09h00 - Maroc - Ecrit par : Mohamed A.

Le Maroc ne mise plus sur un seul intermédiaire pour défendre ses intérêts aux États-Unis. Trois cabinets américains travaillent désormais simultanément pour Rabat, pour une facture cumulée de 160 000 dollars par mois et des missions allant du Congrès à la communication numérique.

Brownstein Hyatt Farber Schreck, Scribe Strategies & Advisors et Qorvis Communications forment désormais le dispositif marocain à Washington. Le premier perçoit 65 000 dollars par mois, le deuxième 60 000 dollars et le troisième 35 000 dollars. Maintenu pendant douze mois, ce rythme de dépenses représente 1,92 million de dollars.

Brownstein détient le contrat le plus important. La déclaration déposée auprès du ministère américain de la Justice fait état d’un accord d’un an conclu le 13 mars 2026 avec l’ambassade du Maroc. Le cabinet doit fournir des services de relations gouvernementales et d’affaires publiques afin de renforcer les liens de Rabat avec l’administration et les élus américains.

Le dossier n’a pas été confié à un inconnu. L’équipe est notamment supervisée par Ed Royce, ancien membre du Congrès et ancien président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants. Brownstein offre ainsi au Maroc un accès direct à des responsables qui connaissent parfaitement les circuits de décision à Washington.

Les premières démarches ont commencé quelques jours seulement après la signature du contrat. Les documents publiés dans le registre américain mentionnent des échanges avec l’équipe du sénateur républicain Ted Cruz au sujet d’un texte concernant le Front Polisario. Des courriels et des appels ont été passés pour organiser une discussion et obtenir une copie du projet.

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Le deuxième pilier du dispositif est Scribe Strategies & Advisors. Son contrat avec le ministère marocain des Affaires étrangères a débuté le 28 juillet 2025 pour une première période de six mois, renouvelable automatiquement. Rabat lui a versé 75 000 dollars par mois durant les trois premiers mois, avant de ramener cette rémunération à 60 000 dollars.

Scribe est chargé de conseiller le Maroc sur ses relations avec le gouvernement américain et sur l’évolution du partenariat entre les deux pays. Ses missions comprennent l’analyse des politiques publiques, la défense des positions marocaines et la mobilisation d’interlocuteurs susceptibles de peser dans les débats.

Le Congrès, les relais d’opinion et la communication numérique

Qorvis Communications complète cette architecture sur le terrain médiatique. Entré en vigueur le 6 août 2026, son contrat prévoit une rémunération de 35 000 dollars par mois pendant six mois, avec une possibilité de prolongation. D’après O’Dwyer’s, le cabinet doit élaborer les messages de Rabat, amplifier leur diffusion numérique, mobiliser des personnalités influentes, organiser des événements et gérer les sujets sensibles.

Ce contrat, déjà détaillé par Bladi.net, donne au Maroc une capacité d’intervention qui dépasse les contacts institutionnels. Qorvis peut travailler sur la manière dont les positions marocaines sont présentées dans les médias, reprises sur les réseaux sociaux et relayées auprès des décideurs américains.

Les trois cabinets ne remplissent donc pas la même fonction. Brownstein ouvre les portes du Congrès et de l’administration fédérale. Scribe suit les dossiers politiques et construit les argumentaires. Qorvis façonne la communication publique et cherche les relais capables de les imposer dans le débat américain.

Leurs activités apparaissent dans le registre FARA, le dispositif fédéral obligeant les représentants d’intérêts étrangers à déclarer leurs contrats, leurs rémunérations et certaines de leurs démarches politiques. Ces documents permettent de mesurer concrètement les moyens engagés dans la bataille d’influence menée par le Maroc à Washington.

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Le Sahara reste au centre de cette mobilisation. Les échanges de Brownstein autour d’un texte concernant le Polisario en apportent une illustration directe, tandis que Qorvis met en avant la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine et le plan d’autonomie défendu par Rabat.

Avec 160 000 dollars dépensés chaque mois, le Maroc ne se contente plus de réagir lorsque ses dossiers arrivent devant le Congrès ou l’administration américaine. Il finance une présence permanente capable d’intervenir à chaque étape : auprès des élus, dans les cercles d’expertise et jusque dans la fabrication du récit médiatique.