Avec Trump derrière lui, le Maroc se sentirait assez fort pour défier l’Europe
Après la crise de Sebta, plusieurs analystes estiment que la proximité entre Rabat et Washington renforce l’assurance du Maroc face à l’Espagne et à une Europe dépendante de sa coopération migratoire. Aucun élément public ne démontre toutefois une coordination avec l’administration Trump.
Plus de 70 000 personnes ont récemment franchi la frontière de Sebta avant de regagner, pour la plupart, le Maroc. Rabat rejette toute implication dans ce mouvement massif, dont le déclencheur exact reste difficile à établir.
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Riccardo Fabiani, directeur du projet Afrique du Nord à l’International Crisis Group, juge néanmoins possible que les autorités marocaines aient vu les appels circuler sur les réseaux sociaux et choisi de laisser la situation évoluer. Il ne pense pas que Rabat ait nécessairement organisé l’opération.
Dans une analyse publiée par The Guardian, l’expert avance aussi une hypothèse qu’il reconnaît impossible à prouver : la proximité avec Donald Trump aurait pu influencer l’attitude marocaine, en donnant à Rabat le sentiment de disposer d’un solide soutien à Washington.
Les relations entre les deux pays se sont renforcées depuis la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara lors du premier mandat de Trump. Mohammed VI a récemment donné le nom du président américain à une autoroute d’un milliard de dollars construite dans cette région.
Washington attaque Madrid et épargne Rabat
Après les événements de Sebta, Donald Trump, son vice-président JD Vance et le département d’État ont critiqué le gouvernement espagnol, sans évoquer une éventuelle responsabilité du Maroc.
Cette réaction intervient alors que les relations entre Washington et Pedro Sánchez sont particulièrement tendues. Le Premier ministre espagnol s’est opposé à l’utilisation des bases de son pays pendant la guerre en Iran, à l’objectif américain de dépenses militaires et à la politique israélienne à Gaza.
Pour Haizam Amirah-Fernández, directeur du Centre d’études arabes contemporaines de Madrid, cette séquence illustre la capacité du Maroc à employer des tactiques « hybrides » pour défendre ses objectifs politiques. Il rapproche la crise actuelle de celle de mai 2021, lorsque plus de 8 000 personnes avaient franchi la frontière sur fond de tensions entre Rabat et Madrid.
Les analystes soulignent surtout la vulnérabilité de l’Union européenne. En confiant au Maroc une partie du contrôle de ses frontières migratoires, elle devient dépendante des décisions d’un partenaire qui poursuit également ses propres intérêts.
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Selon Riccardo Fabiani, le soutien américain contribue à renforcer la position du Maroc tandis que l’Europe serait mal préparée à une nouvelle montée des tensions. Cette lecture reste celle d’experts : aucune preuve ne permet d’affirmer que Rabat et Washington se sont entendus autour de la crise de Sebta.