Violences conjugales : au Maroc, le plus dur ne s’arrête pas toujours quand la victime demande de l’aide
Des procédures lourdes, peu de soutien émotionnel et un suivi insuffisant : une étude menée à Fès-Meknès décrit les obstacles rencontrés par des femmes victimes de violences conjugales lorsqu’elles sollicitent les services chargés de les protéger.
Pour examiner cette prise en charge, Laila Mrabti et Zouhair Belamfedel Alaoui ont recueilli les témoignages de 44 femmes et interrogé 41 professionnels de la santé, de la justice et de la police. Publiée le 29 septembre dans la revue Violence Against Women, leur recherche confronte les expériences des victimes au fonctionnement des institutions auxquelles elles s’adressent.
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Les entretiens font apparaître plusieurs difficultés qui se cumulent : l’accès aux services reste inégal, les démarches sont pesantes et l’accompagnement émotionnel limité. À ces obstacles s’ajoutent des lacunes dans le suivi et une coordination fragmentée entre les différents intervenants. Les chercheurs constatent ainsi un écart entre les protections prévues et leur application.
Ce défaut de continuité avait déjà été étudié par les mêmes auteurs. Dans une recherche publiée en mars 2025 par Santé Publique, ils avaient interrogé dix femmes et treize assistants sociaux travaillant dans les unités hospitalières de prise en charge de Fès-Meknès. L’accueil, la confidentialité et l’orientation des victimes figuraient parmi les difficultés relevées.
Un suivi qui manque après le premier contact
Cette précédente enquête décrivait notamment des espaces d’accueil partagés avec d’autres personnes, au détriment de la confidentialité. Elle soulignait aussi la difficulté des assistants sociaux à concilier les tâches administratives avec l’écoute des femmes. Après l’intervention, le maintien du contact restait insuffisant. Une participante exprimait une attente simple : « Un simple appel pour vérifier comment je vais pourrait faire toute la différence. »
L’accompagnement doit pourtant couvrir plusieurs besoins. Dans les services de police, les cellules destinées aux femmes victimes de violences, présentées en 2019, avaient précisément pour mission d’associer le traitement des plaintes au soutien psychologique, au conseil et à l’orientation. La coordination avec les autres organismes faisait également partie de leurs attributions.
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L’étude publiée fin septembre élargit l’analyse aux secteurs sanitaire, judiciaire et policier. Elle retrouve ces problèmes de suivi et de coordination dans les réponses institutionnelles examinées à Fès-Meknès, en croisant cette fois les récits de 44 femmes avec ceux des professionnels.
Les auteurs préconisent une prise en charge mieux intégrée, organisée autour des besoins des victimes. Dans leurs travaux antérieurs, ils proposaient notamment de renforcer la formation des intervenants, les liens entre services et les protocoles de suivi après le premier accueil.